Remarques sur l’incident coréen

Fait un commentaire chez L’hérétique au sujet du récent incident en Corée

Personne hors quelqu’un au nord de la zone démilitarisée n’avait intérêt à une crise.

1) Seoul est bien embêté parce qu’il faut trouver une réponse ferme mais en même temps éviter l’escalade.

2)Les US ne veulent pas de conflits et la dernière chose qui les intéresse s’est s’engueuler avec les chinois au sujet de la CdN.

3) Les chinois sont mis dans une position embarrassante pas les nord-coréens.Tout le monde peut constater que Pékin ne contrôle pas son voisin et ça fait désordre quand on cherche à être un membre respectable de la communauté internationale.

 

Sur l’intérêt de la Corée du Nord:

1) Premier niveau: fondamentalement, Pyongyang a intérêt à avoir l’air d’être dirigé par une bande de dangereux psychopathes.Ils ont besoin de l’aide économique extérieure et cette aide ne viendra que s’ils ont quelque chose d’intéressant à vendre. Le produit phare c’est la menace du chaos. Le régime de la CdN sans arme nucléaire, sans sa rhétorique paranoïaque et sans provocations militaires est mort, personne à part les chinois ne les aidera et encore…

2) Deuxième niveau: le problème de la succession. On se sait pas grand chose mais certains observateurs pensent que l’incident pourrait être liée à la succession de Kim Jong-il. Il (ou ils) a choisi un de ses fils pour succéder mais ce n’est pas nécessairement le candidat avec le plus de légitimité.Du coup, il faut assoir sa crédibilité grâce à une provocation.On sait très peu de choses mais il est certain que les intrigues de palais doivent avoir un impacte sur la politique extérieure.

La Chine, cette nation si pacifique…

Aujourd’hui, colloque à Lille, un éminent personnage (vraiment éminent ce n’est pas une figure de style) commente le difficile problème des relations avec la Chine avec une formule choc: “La Chine est une nation pacifique depuis 6 000 ans”. Arf, vous allez dire, cela arrive toujours de temps en temps, personne n’est parfait. On en conviendra mais quelques mois plutôt un autre personnage éminent (nettement moins tout de même) sortait une formule similaire sur le pacifisme supposé de la Chine. Et ce n’est certainement pas la première fois ni hélas la dernière fois qu’on aura l’occasion d’entendre de si belles histoires sur la sagesse millénaire de la Chine et son inébranlable pacifisme (insérer une longue liste de cliché ci-après). Il n’a qu’un seul petit problème, la formule est dépourvue de sens.

L’espace culturel Chinois est très anciens c’est incontestable mais son histoire n’est certainement pas pacifique. Le premier empire chinois au sens où nous l’entendons est né dans la violence à la fin du IIIème siècle et était déjà précédé par trois siècles de guerre entre plusieurs Etats dynastiques, la dernière phase de cette époque, celle des Royaumes Combattants, fut marquée par des guerres de plus en plus violentes impliquant une mobilisation toujours plus poussée des ressources étatiques. Elle nous a donc laissé en héritage Sun Tzu, une première tentative de rationaliser la guerre, et la philosophie des légistes tel que Han Fei alliant cynisme “machiavelien” et dévotion total à l’Etat (si un spécialiste de la pensée chinoise est dans les parages il est autorisé à hurler de rage). C’est dire si la période est pacifique.

A partir de 221, commence donc l’histoire chinoise tel que nous la connaissons (on passera sur les débuts de la dynastie Qin et l’extermination de toute forme de vie intellectuelle), celle d’une succession d’empire s’étendant plus ou moins loin à l’est sur les territoires nomades. Qui dit nomade et sédentaire, dit guerre et il en fut souvent question quand l’empire chinois du jour n’avait pas explosé sous la pressions des divisions internes ou les invasions nomades ou les deux à la fois. On accélère, nous arrivons à une période plus récente. La République populaire de Chine n’hérite pas des frontières d’une Etat-nation mais d’un empire. Cet empire c’est celui de la dynastie Qing, des nomades qui donneront à leur nom à leur région d’origine: la Mandchourie. A partir de leur conquête de la Chine au XVIIème; les empereurs Qing vont donner à l’empire le plus grande étendu de son histoire. Il inclue en plus de la Chine des 18 provinces un morceau d’Asie centrale: le Xinjiang, la Mongolie (aujourd’hui divisé entre Mongolie intérieure et la Mongolie extérieur indépendante) et par des voies indirectes le Tibet (qui a un statut particulier et ambigüe).

Les frontières actuelles de la Chine sont donc le fruit d’un impérialisme qui était tout sauf non-violent. En la matière le XIXème sera particulièrement riche pour des raisons qui finalement n’ont pas énormément avoir avec les humiliations infligées par les européens. Le nombre de morts provoqués par la révolte des Taiping, qui n’a que peu de chose avoir avec les européens, écrase de très loin les chiffres des plus grands conflits européens du siècle. Reste qu’évidemment, à l’époque des impérialismes européens et japonais (de 1840 à 1945), l’empire Chinois fait figure de victime et l’étranger sera un bouc-émissaire commode pour les calamités qui tombent sur la dynastie des Qing et ses (plus ou moins loyaux) sujets.

Mais tout cela c’est de l’histoire ancienne, la Chine moderne, celle de 1949, n’est-elle pas un modèle de pacifisme et de résistance à l’impérialisme comme le disait Mao Zedong? Ne dénonce-t-elle pas inlassablement la persistance de la mentalité de guerre froide? Sans aucun doute, mais le discours semble faiblement corrélé au fait. Depuis 1949, la République Populaire de Chine a été très active sur le plan militaire. En 1950, la RPC s’engage pour des raisons défensives, empêcher que les américains s’installent à la frontière chinoise, dans la guerre de Corée déclenché par ses alliés communistes. Dix ans plus tard, en 1962, c’est une guerre à l’initiative chinoise contre l’Inde. C’est le tour du Vietnam de passer à la casserole en 1979 là encore à l’initiative chinoise. N’oublions pas les incidents militaires plus ou moins graves à la fin des années 60 à la frontière soviétique (incident de l’Oussouri).

Il ne s’agit pas de dire que la République Populaire de Chine est impérialiste ni même qu’elle représente une menace. Ce n’est pas le propos. Mais il absurde de baser une discussion sur l’avenir des relations entre l’Europe et le gouvernement de la République populaire de Chine sur une pétition de principe selon laquelle la Chine est une “grande nation pacifique”. La RPC est un État ni plus ni moins agressif que les autres qui a des intérêts et les défendra avec des forces militaires si nécessaires. Avoir des illusions là-dessus relève plus du café du commerce qu’autre chose (à moins que vous soyez un ex-maoïste de l’association des amitiés franco-chinoise dans ce cas-là c’est encore autre problème).

Le bisounoursisme, la Chine et le Japon

Il y a quelque temps j’ai publié ici un article en anglais sur  l’avenir des relations sino-japonaises. Il n’était pas très bon, pourquoi? Entre autre parce qu’il se rend coupable du crime suprême de “bisounoursisme”.

Pour être plus précis, il avait deux défauts. Le premier c’était de considérer la question des mémoires historiques comme une question indépendante. C’est à dire que la mémoire par elle-même serait un obstacle à des relations plus pacifiques et que cette obstacle peut être lever par un travail de réconciliation historique sur le modèle franco-allemand par exemple. C’est un cas typique de bisounoursisme. Comme si l’ émergence de la question historique dans les années 80 était indépendante de l’abandon du communisme par le PCC( en pratique, pas dans les discours) et de l’affirmation de la puissance économique japonaise à la même période. On connait bien aujourd’hui le rôle légitimant du nationalisme pour le gouvernement communiste. L’histoire est aussi un instrument très intéressant pour affaiblir les prétentions du Japon à jouer un rôle régional important en l’isolant de ses voisins comme la Corée du Sud. Il ne s’agit pas ici de dire que le gouvernement japonais est peuplé de saints mais de rappeler que l’histoire n’est pas un facteur froid et objectif mais un instrument mobilisé à des fins politiques. De sorte que la question de l’histoire n’est en réalité pas nécessairement une cause de friction à part entière  mais un symptôme. Il serait naïf de croire que sous prétexte qu’un nouveau partie est au pouvoir à Tokyo et que celui-ci s’abstiendra de faire des gestes politiques trop flamboyant comme des visites au sanctuaire de Yasukuni, cette question disparaitra. Elle peut s’effacer pour un temps, puis revenir lorsque l’une des parties en aura besoin.

Le deuxième défaut était le réductionnisme économique. Il est incontestable que les liens économiques entre les deux pays sont très forts et que c’est un facteur très important. Ces liens économiques créent des groupes d’intérêts favorables à la poursuite d’un rapprochement aussi bien en Chine qu’au Japon. Mais ce n’est pas un facteur exclusif. Ils en existent d’autres qu’on ne peut pas négliger. Le problème fondamental de la sécurité ne sera pas résolu par des accords de libre échange. Aucun des deux joueurs ne peut connaître l’intention de l’autre et ne se font véritablement confiance , il est par conséquent inévitable qu’un dilemme de sécurité émerge. L’expansion de la marine chinoise pour faire face aux nouveaux impératifs de sécurité chinois inquiète au Japon, ce dernier inquiète à son tour le gouvernement chinois par sa modernisation militaire. La crise coréenne peut se voir sous ce prisme aussi: protection indispensable de sa frontière nord pour la Chine; menace pour le Japon.

L’incertitude quand à l’avenir de cette relation tient fondamentalement à la nature du régime politique chinois. Si la politique japonaise navigue depuis des décennies sous le regard des médias entre les bornes étroites posées par une opinion publique apathique mais pacifique et une alliance américaine; la politique chinoise, elle, est beaucoup moins prévisible. Elle est le fruit d’intérêts, d’objectifs, d’espoir, de rivalités et de rapports de force internes que  l’observateur extérieur ne connaît et ne comprend qu’imparfaitement. Sans compter que l’avenir du régime lui-même est en question. Est-il possible qu’un régime à la fois communiste( par son système de gouvernement et son idéologie)  et capitaliste puisse exister? Le poids de ces incertitudes rend impossible d’affirmer quelle logique, économique ou sécuritaire, triomphera. L’arrivée du DPJ au pouvoir à Tokyo ouvre un nouveau chapitre sur le plan symbolique dans une saga déjà très longue et il n’est pas encore question d’écrire “ ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”.

La Chine et le Japon

Dans le cadre de mes études j’ai eu l’occasion de revenir sur une de mes petites obsessions personnelles. L’article qui va suivre est en anglais, je m’en excuse tout d’abord auprès des non-anglophones, ensuite auprès des anglophones pour le style quelque peu maladroit. Je n’ai pas le temps de m’occuper d’une éventuelle traduction. Il est assez insatisfaisant mais  j’espère avoir l’occasion dans les prochains jours d’en rediscuter.

The relationship between Japan and China is one of the most important bilateral relations in East Asia. In importance, it probably can only be compared with the relations between these two countries and the United States.

Japan is the most advanced and richest nation in Asia. China is the most populous and the most influent with a seat on the UNSC. Both are key players in the global economic system. They are closely bound together by a complex web of economic ties. The importance of the two countries explains that much of the future of the region depends on the relations between them.

If China and Japan can cooperate and set aside the past, it is likely that the rest of the region will follow with the exception of a few trouble makers like North Korea. And the entire region will be better equipped to deal with the challenges of the future. Conversely, if they agree, the whole region will suffer, torn apart between two rivals.

Today, the future of this relationship remains fraught with uncertainties. China’s meteoritic rise on the global scene in the last 30 years has contributed to a growing sense of insecurity among Japanese leaders and their people. At the same time, the spectacular anti-Japanese demonstrations in China in 2005 shows that there is a strong distrust of Japan in China.

Why? To understand the relations between China and Japan, we need to understand the past.

A brief history of Sino-Japanese relations

Relations between the two countries are old. Exchanges between the Japanese Archipelago and mainland Asia are several thousand years old and official relations between the Chinese State and the first known Japanese state can be traced as far back as the VIIth century AD. The young Japanese state copied the Chinese institutions, imported its writing system and its ideas such as Buddhism. In those times, the Japanese political elite spoke and Japan sent embassies to China.

So Japan, much like Korea or Vietnam, was heavily influenced by Chinese Culture. However, it never was under direct control of any Chinese State and its precise standing in the Chinese tributary system is the subject of historical controversies.

Relations were not always peaceful; in fact the first known battle between Chinese and Japanese armed forces, the battle of Baekgang or Hakusukinoe, is as old as the relationship itself. The subject of the dispute was a familiar one: Korean politics. From the XIIIth century to the XVIth century, Wokou, Japanese pirates made themselves famous by ravaging the Chinese coasts.

Japan and China may be old neighbors but their relations never reached the importance they have today. The current situation, where the two countries consider themselves as equal, is a heritage of the XIXth century.

While China failed to adapt to the changing context with the industrial revolution and the rise of the western colonial powers, Japan took the path of accelerated development with a program famously summarized in four words: “rich nation, strong army”.

Japanese ambitions and China’s weakness set the two countries on a colliding course. Korea, an old Chinese protectorate became the subject of the first modern conflict between them. Korea had long been a crossroads between the Chinese world, the Japanese Islands and Siberia. In a way, it was only natural that it would be the first subject of conflict between the two neighbors.

Chinese defeat and the following treaty of Shimonoseki in 1895, by which Japan acquired Taiwan, symbolized the new power balance. Japan was the new regional leader, the model to follow. In 1900, the Japanese participation to the international coalition that suppressed the Boxer uprising, symbolized Japan’s integration in the western world. At the same time, many Chinese students studied in Japanese universities. Sun Yat-sen founded his party, the Tongmenghui, in Tokyo in 1905.

Still, despite these more peaceful exchanges, relations in the early XXthe century were disastrous. In 1931, the Japanese invasion began with the creation of a puppet-State, the Mandchoukouo. In 1937, Japan launched a complete invasion of China. These events made a lasting impact on the relationship between the two countries. After 1949, Japan followed Washington’s policy of non-recognition of Beijing’s authorities.

With Japan defeated and under American surveillance and China at last reunited and at peace, the cold war was the beginning of a new era of equal relations between the two sides.

Informal contacts began between the two governments in the 1950s but due to the constraints of the Cold War, they had to remain discreet. The result was an unofficial bilateral trade agreement signed in 1962.

However, not much progress could be made until the US changed their policy toward the People’s Republic of China, which in turn would have allowed Japan to follow a more conciliatory policy toward Beijing.

The change came in the early 1970s. In 1972, President Nixon visited China and diplomatic relations were finally established in 1979. The new US policy allowed China and Japan to follow a different course, liberated from the constraints of anti-communism.

In September 1972, Japanese prime minister, Kakuei Tanaka, visited Beijing and was received by Mao Zedong. Relations were normalized. Then, in 1978, a peace treaty was finally signed. A wave of Japanese investments and loans followed.

But even in the early 1980s, history was a controversial subject and the apparent difficulties of the Japanese to face their war-time past were a source of anger for the PRC government. China was very interested in Japanese economic aid and investment but at the same time it remained suspicious of Japan and its perceived arms build-up.

Today

The economic relations are as important as ever, in 2006, Japan was the third most important destination for Chinese exports and the first source of imports. For Japan, it was the third destination for exports and the first source of imports. Japan is also the first source of foreign direct investments for China. And China’s robust growth in the 1990s and 00s is often thought to be behind the Japanese economic rebound in the early 00s.

Despite this, there are still today a number of problems. The most obvious is the number of historical controversies. Japanese Prime Minister Jun’ichirō Koizumi liked to visit the Yasukuni Shrine where the spirits of Japanese soldiers, among whom war-criminals, are honored.  There are also controversies over text-books. These events have raised doubt over the sincerity of Japan’s apology.

There is also a territorial dispute over the delimitations of the two countries respective EEZ. The center of this problem is the Diaoyutai or Senkaku Islands.  They are uninhabited and are formally under the control of the Japanese government. The Chinese government claims that the islands are Chinese. The islands in themselves are useless but there is natural gas in the area.

Another problem is Taiwan. Japan enjoys good relations with Taiwan. The Chinese government is very susceptible to anything that might appear as a challenge to the “one-china” principle. The issue is aggravated by the US-Japan alliance, since 1979 and the Taiwan relations Act, the United States protects Taiwan.  In 2005, the US and Japan made a joint communiqué encouraging “the peaceful resolution of issues concerning the Taiwan Strait through dialogue.” It was interpreted by Beijing as interference in China’s internal affairs. The perimeter of the US-Japan alliance is the important issue in this context. In 1996, Japan and US adopted “new guidelines” that detail cooperation regarding the defense of Japan and “situations in areas surrounding Japan”.   Whether or not this sentence includes Taiwan is a source of uncertainty in the region.

These three problems should be understood in the larger context of the changing balance of power in East Asia. China is on the rise while Japan is weakened by an economic depression and a demographic decline.  It is not a very promising context for peaceful relations. Yet the two countries are more interdependent than ever.  Will the future be dominated by cooperation in a “win-win” game or by competition in a “zero-sum” game?

Recently, the DPJ was elected; the new government promised a more Asian centric policy and intends to avoid any sign of historical revisionism. If this trend goes on, and if China is open to it, a more peaceful era might open for the East Asian region.

Débat AGS: Etats-Unis, le centre du monde?

Ce mois de juillet est consacré aux relations euro-américaines. Alors parlons des USA.

Les États-Unis semblent aujourd’hui vacillants. La crise économique, les guerres, le terrorisme ont affaibli son prestige et sa puissance. Pour certains observateurs la crise sonne le glas de la position dominante de Washington dans le système international. Ce n’est sans doute pas le cas et voici pourquoi.

Tout d’abord, intéressons nous au fondamentaux. Un  pays ce sont des hommes, celui-ci compte aujourd’hui 306 millions d’habitants dont 80% vivent dans les zones urbaines. A l’avenir, les États-Unis  devraient connaître un vieillissement significatif  ce qui aura des conséquences importantes pour les finances fédérales (ce problème est cœur des débats sur la sécurité sociale outre-Atlantique). Toutefois, celui-ci devrait être moins accentué qu’en Europe ou en Asie, et grâce à un taux de fécondité un peu près au niveau de remplacement des générations et une immigration importante  le pays devrait atteindre vers 2050 400 millions d’habitants. Les États-Unis seront donc dans les prochaines décennies un pays relativement jeune comparé à ses partenaires et rivaux( Chine, Europe, Japon, etc) et aussi un pays divers où le fond traditionnel WASP (white anglo-saxon protestant) cède progressivement la place à un patchwork de blancs, de noirs, d’hispaniques et d’asiatique. A cette égard, des États comme la Californie ou le Texas sont sans doute représentatif de cette avenir; incidemment ce sont déjà les États les plus peuplés de la fédération ce qui fait dire que le centre de gravité du pays se déplace vers le sud-ouest loin des centres de pouvoir traditionnel de la côte est.

On pourrait s’interroger sur l’avenir d’un tel patchwork ethnique. Sur ce plan, il ne semble pas y avoir d’inquiétude à avoir. Si historiquement les américaines n’ont pas toujours été favorables à l’immigration, l’identité américaine s’est accommodée de nombreuses vagues successives d’immigrés et contrairement au craintes d’auteurs comme Huntington, la vague Latino ne semble pas avoir de difficulté grave à s’intégrer dans un pays aux institutions souples. L’explosion tant attendu par certains ne semblent pas près de se produire. Le système politique américain est d’une exceptionnelle stabilité depuis la fin de la guerre de sécession en 1865.

Sur le plan économique, si la crise touche durement les États-Unis, avec une population relativement jeune et relativement bien éduqué, des infrastructures tout à fait correcte et une abondance relative de ressources naturelles font qu’il est très probable que les américains seront en très bonne place dans la liste des puissances économiques. En fait, compte tenu de ces facteurs, il  n’est pas délirant d’imaginer que le États-Unis garderons leur rôle moteur dans le système économique alors que d’autres pays comme la Chine devront faire face au vieillissement accélérée de leur population.

Les fondamentaux sont donc bon, voir même excellent. Cela ne nous dit pas pour autant quelle sera la place des USA dans le monde au XXIeme siècle. Pour comprendre il faut sans doute revenir en arrière. A partir de 1984, l’armée irakiennes frappes les installations pétrolières iraniennes dans le Golfe Persique.  L’Iran riposte et c’est le début de la guerre des tankers. Ces attaques ont naturellement des conséquences sur le prix du pétrole et menace l’approvisionnement du monde.  Finalement, les soviétiques et surtout les américains finissent par intervenir  à partir de 1987 pour protéger le trafique pétrolier contre les attaques.

Aujourd’hui l’URSS a naturellement disparu mais ce n’est pas cela qui importe. Ce qui importe c’est que pendant ces années là, une grande puissance, les États-Unis d’Amérique, fut le garant de la liberté des mers et donc de l’approvisionnement en pétrole de l’économie mondiale. Cette tendance n’a fait que s’accentuer au cours des années 90, les États-Unis sont devenus le gardien incontournable de l’ordre mondiale grâce à sa puissance sans rivale et sa présence sur toute les mers du globe. Gardiens  des mers, gardiens de la paix(comme par exemple dans le conflit du Kargil), contrepoids dans des régions où son absence laisserait un déséquilibre dangereux (Extrême-Orient). Les États-Unis se sont affirmés aux cours des dernières années du XXeme siècle comme la nation indispensable pour maintenir l’ordre à travers le monde. La regrettable aventure irakienne est la seule exception dans un dossier caractérisé par le conservatisme et un attachement profond au statu quo.

Ce rôle, Washington est-il toujours en mesure de le jouer alors que des nouvelles puissances émergent? Avec quelques aménagements, la réponse est sans doute oui.

Tout d’abord, comme il a déjà été dit, les fondamentaux de la puissance américaine sont solides. Non seulement ils sont bons mais ils paraissent même plus solides que ceux de ses “concurrents” comme la Chine( qui à partir de 2030 sera touché de plein fouet par le vieillissement de la population et fait déjà face à des problèmes environnementaux et sociaux énormes). Il en découle que les États-Unis resteront l’une des économies les plus développés et performantes au monde, capable de mobiliser de ressources considérables pour ses forces armées.

Le deuxième argument est plus géopolitique. Les États-Unis sont une masse géographique et humaine considérable. Mais les américains ont aussi la chance extra-ordinaire d’être bordés par deux océans extrêmement actifs: l’Atlantique et le Pacifique. D’un coté l’Europe, de l’autre l’Asie. A la fois relié et protégé  du monde extérieur pas ces deux océans, les États-Unis sont dans une position unique pour projeter leur considérable puissance à travers le monde. A cette égard, un pays européens ou encore la Chine est dans une position beaucoup plus complexe. La projection de puissance est un exercice bien plus délicat pour une Chine encadré par des puissances au mieux méfiantes qu’elle ne le sera jamais pour la marine américaine.

Cette même position lui permet légitimement de s’affirmer comme une puissance européenne et asiatique.  C’est en fait le troisième argument, les USA sont une grande puissance avec des intérêts globaux qui bénéficie d’une position centrale. Le premier problème des pays européens et asiatiques sont leurs encombrants voisins dans la même région.  La puissance américaine s’insert dans ces systèmes régionaux et exploite cette position à son profit, mais elle n’est pas nécessairement le moteur principal des conflits régionaux. C’est une position très pratique qui fait qu’alors que les autres puissances sont absorbés par des enjeux de sécurités régionaux, les États-Unis conservent une vision globale et la possibilité d’un engagement sélectif.

Alors, oui, les acteurs régionaux auront sans doute plus de poids et il faudra pour que la puissance américaine survive qu’elle s’adapte à la nouvelle donne et coopte les nouveaux arrivants. Mais il est assez probable que les Etats-Unis conservent une position unique dans les affaires du monde à la fois par leur puissance économique et militaire et par les avantages de la géographie. Une position unique qui bien exploitée pourra rester centrale.

Un basculement géopolitique vers l’Asie? Tentative de réponse à Olivier Kempf

Sur EGEA, Olivier Kempf pose la question, malgré la crise y aura t’il un basculement géopolitique des affaires du monde vers l’Asie?

Ma réponse, que j’avais prévue de poster sur EGEA mais qui est devenue trop longue:

Si par Asie on veut dire extrême-orient et sous-continent indien, il n’y a pas de boule de cristal mais je pense honnêtement que oui. Souvenez vous de la crise asiatique, je lit encore des articles datant des années 98/2000 sur l’effet de la crise, à l’époque on s’était réellement inquiété pour l’avenir politique et économique de la région. C’était un véritable désastre. Finalement les années 2000 seront des années de croissance économique exceptionnelle et on verra le sacre de la Chine comme puissance mondiale.

Tout aujourd’hui peut tourner à la catastrophe évidemment mais ce n’est pas nécessairement le scénario le plus probable. Il est raisonnable de supposer que les économies asiatiques s’en remettront avec sans doute bien des difficultés et quelques moments acrobatiques. L’Asie a compris que le capitalisme était la voie du développement, il peut être libéral, étatisé, qu’importe. L’ère des grandes expériences façon grand bond en avant est terminé.
Il y a certes le très épineux problème du vieillissement mais il affecte les grands pays du continent de manière très inégale. Et les masses démographiques sont d’une telle ampleur qu’au fond, je ne suis pas certain que soit fondamental pour nous. 200 millions de chinois dans la classe moyenne c’est déjà plus de 3 fois la France et près de la moitié de l’UE.

Mais le poid économique suffit-il? Non évidemment, le Japon et l’UE en sont la preuve. Il faut d’autres éléments pour être le pivot des affaires du monde.

Deuxième élément, une volonté politique de se servir de ces nouvelles ressources pour acquérir une puissance globale. C’est tout à fait clair dans le cas de l’Inde et de la Chine. Ce sont des acteurs qu’on peut difficilement ignorer désormais. Et pour divers raisons, entre autre le prestige et l’influence, les puissances régionales de moindre importance suivent le mouvement. Par exemple, la Corée du Sud envoie un navire au large de la Somalie, de même que Taïwan. Autant de choses inimaginables il y a 20 ans…

Troisième élément, des tensions régionales significatives. Les triangle Inde/Chine/Pakistan, ou Chine/Japon/USA sont marqué par des relations ambiguës, la frontière entre hostilité et coopération est flou. Si la Chine est isolé, alors elle ne pourra jamais devenir la grande puissance rivale des USA à l’échelle globale. Si au contraire, elle réussie à prendre l’ascendant sur ces voisins, en attirant la Corée du Sud et l’Asean dans son orbite par exemple, peut être irons nous vers un système bipolaire.

Pour allez droit au but, l’avenir de l’Asie déterminera l’avenir du système international. Les relations entre les différents acteurs et bien entendu, leur relation avec les USA, sont la clef. Il n’y a personne d’autre, la Russie est hors circuit, l’Europe aussi, l’Amérique latine est encore loin, l’Afrique n’en parlons pas. Quand bien même les relations OTAN/Russie se mettraient à geler, jamais cette relation ne parviendra à elle seul à structurer l’ensemble du système comme à l’époque de la guerre froide. La Russie n’est plus assez puissante pour cela.

Mais en Asie tout est désormais possible. Et c’est en ce sens à mon avis qu’il y a basculement vers l’Asie. L’avenir ne se joue plus dans les pleines d’Europe centrale, ni même au moyen-orient, mais là bas…

Les discussions militaires sino-américaines

Le 28 février s’est achevé deux jours d’échange sur les problèmes militaires entre américains et chinois. Ces discussions avait été suspendu après l’autorisation de vente d’avions de combat F-16 à Taïwan par l’administration Bush.

C’est une bonne nouvelle du point de vue américain. Washington critique fréquemment le manque de transparence des autorités chinoises sur les question militaire, à titre d’exemple on considère en général que le budget officiellement  affecté à la défense  ne rend pas compte de l’ensemble des dépenses dans ce secteur.

Cette transparence est jugé particulièrement importante par le Pentagone car elle permet de réduire les risques d’incident et  d’éviter les dérapages imprévues en cas de crises, les deux joueurs connaissant mieux leurs intentions respectives. Signe des temps, le 5 novembre 2007 avait été décidé la mise en place d’un « téléphone rouge ».

Ces discussions s’inscrivent dans un cadre général d’engagement dont l’objectif est de pacifier et réguler les relations entre Pékin et Washington. L’objectif étant  de progressivement transformer la Chine en responsible stakeholder (actionnaire responsable) dans les affaires du monde en l’enserrant  dans un réseau toujours plus étroit de coopérations (économique, stratégique, etc).

Toutefois, l’origine de cette interruption montre que les résultats de cette politique resteront sans doute limités dans l’immédiat. Les autorités chinoises ont déclarés que les relations restaient dans une « période difficile ». Ce type d’incident se reproduira sans doute à l’avenir tant que la question taïwanaise ne sera pas résolu. L’interruption de ces échanges constituant une manière efficace de marquer le mécontentement de Pékin.

De même qu’à l’époque de la guerre froide, communication ne signifiera pas nécessairement coopération.

Informations complémentaires: New York Times

China Defense Blog