L’Avenir d’Israël

Parce qu’il faut bien s’occuper un peu, parlons d’un marronnier.

Israël en raison de sa situation géographique et politique est voué par nécessité à une existence relativement courte. Relativement, car évidemment toute construction humaines est vouées à disparaître. Ainsi la France, nous pouvons en être sûr disparaîtra, ses pierres seront des objets de musées, des antiquités vénérables mais rien de vivant. Que ce sort soit inévitable n’enlève pas d’intérêt à la question du quand ? Les entités politiques disparaissent plus  ou moins vites et peuvent même se réincarner à travers les siècles. L’espérance de vie de la France n’est pas nécessairement la même que celle du Koweït.

Il existe d’excellentes raisons de penser que celle de l’Etat d’Israël sera particulièrement courte comparée à d’autres expériences. L’Israël qui nous intéresse a été fondé en 1948 par des juifs d’origine européenne.  Nous ne nous intéressons pas ici à l’idée d’Israël dont la longévité dépasse très largement l’Etat lui-même, ni aux entités politiques qui se sont par le passé appelées de même, ou se sont revendiquées dans la même lignée biblique. Il n’est pas question de parler de la religion ou du peuple juif, des idées qui existaient bien avant 1948 et survivront sans doute très longtemps après la mort de leur champion étatique.

Qu’est-ce qu’Israël ? Répondre à cette question c’est réponse à la question du quand ? C’est d’abord un territoire. Entre le Sinaï au sud, et les monts du Taurus au nord, s’étend une fine bande de terres fertiles le long de la méditerranées coincé entre mer et désert.  C’est une région peuplée et civilisée (comprendre urbanisée) depuis la plus haute antiquité,  aujourd’hui recouverte par le vocable « Proche-Orient » mais quand des temps plus anciens, on a appelait tout simplement la « Syrie ». Au sud, elle s’ouvre sur le Sinaï et par là l’Egypte, au nord elle est ouverte sur la Mésopotamie et l’Anatolie. Ni le désert ni les montages n’ont été des obstacles pour les envahisseurs du nord et du sud. Le destin des entités politiques syriennes a été toujours au cours des siècles d’être dominé par des empires extérieurs.  L’histoire de cette région est donc celle des dominations successives des divers empires égyptiens, anatoliens et mésopotamiens.

C’est le grand problème des incarnations successives d’Israël à travers l’histoire, cette bande de terre fertile est non seulement riche mais cette aussi la zone naturelle d’expansion de l’Egypte et des empires du nord. Il n’est pas de plus belle illustration que la bataille de Kadesh, dans l’actuel Liban, qui opposa le pharaon Ramsès II aux Hittites d’Anatolie.  Pendant des siècles, l’Egypte à travers ses divers maîtres à tenter d’imposer sa domination  en Syrie face aux empires du nord. Jusqu’à la conquête perse au VIeme sicèle avant JC, l’histoire de la Syrie est liée aux avancés et recules de la puissance des pharaons. Au nord, Hittites, Assyriens, Néo-babyloniens et Perses sont les diverses incarnations des empires du nord ; franchissant le Taurus ou passant par les routes caravanières de Syrie ; ils dévalent la plaine  le long de la mer vers l’Egypte.

Coincé entre ces grands empires continentaux, cette région n’a que rarement eu une existence indépendante. C’est le pays des cités soumis au tribut prélevé par le conquérant du jour, l’histoire contée par la Bible n’est pas très différente de celles des cités phéniciennes sur ce plan là. Si les prédécesseurs géopolitiques d’Israël ont pu exister ce n’est jamais autrement qu’en profitant de la faiblesse provisoire des grands empires.

C’est grâce à à la faiblesse de  l’Egypte et de tous les autres grands empires  de la région après la grande crise de la fin du deuxième millénaire, qu’un Israël  peut imprimer sa marque dans l’histoire dans les premiers siècles  du premier millénaire avant JC. C’est grâce à la faiblesse de l’Egypte ptolémaïque et des séleucides que le royaume de la dynastie Hasmonéennes prospère. Enfin, 1500 ans plus tard, les Etats latins d’Orient, qui ont une fonction géopolitique identique à l’Israël antique,  vont prospérer pendant un siècle sur la faiblesse et la division des grands empires musulmans. Saladin, à partir de l’Egypte, mettra fin à cette aventure en constituant un empire capable de dominer la région.

Les circonstances des créations d’Israël sont en 1948 sont remarquablement similaire aux croisades, là encore il est question d’immigration et de colonisation européennes dans un contexte de faiblesse régionale.  Sortant à peine de la décolonisation et divisés, les arables sont incapables d’empêcher la création du nouvel Etat.

Depuis 60 ans Israël survit non pas parce qu’il est plus fort mais parce que ses voisins sont anormalement faible comparé à leurs ressources matérielles et démographiques dont ils disposent. La question est combien de temps cette situation durera ? A l’échelle humaine peut être encore longtemps, mais à l’horizon 2100, il paraît profondément douteux que l’évolution du contexte global, le déclin relatif de l’occident et la monté du reste, permette de à cette anomalie de subsister longtemps.

Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas le désert libyen qui constitue l’ère d’extension naturelle de l’Egypte mais la plaine du pays de Canaan.

 

Tsahal

Récemment lu Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne, de Pierre Razoux. C’est un livre agréable à lire et tout simplement passionnant.  Pierre Razoux chronique la naissance des forces armées israélienne du début du XXeme siècle à 2008 avec un détour par la tradition biblique.C’est une lecture hautement recommandable avec quelques informations surprenantes, saviez vous que la guerre de six jours trouve sans doute sa cause dans la volonté de Nasser de provoquer  une attaque afin d’avoir un bon prétexte pour détruire le  centre de recherche nucléaire israélien de Dimona? Qu’en 1956, pendant l’affaire de Suez, des avions français avaient été déployé en Israël pour protéger son espace aérien? Que Shimon Peres a joué un rôle clef dans la naissance du programme nucléaire israélien?

Lectures du jour

Parce que Huntington mérite mieux qu’une dizaine de lignes écrite par un étudiant semi-analphabète, voici un article très complet de Robert D Kaplan: Looking the World in the eye.

 

Et un article de Shmuel Rosner qui montre assez bien pourquoi il n’y a rien à faire d’autre que de contempler les événements de  Gaza avec un oeil bovin: Can Israel win the Gaza War?