Reflexions rapides sur le nucléaire…

L’abolition des armes nucléaires est à la mode outre-Atlantique, il y a déjà eu l’appel de Kissinger maintenant il y a les déclarations du président Obama.

Tout cela laisse passablement perplexe, car qui peut prendre réellement au sérieux la perspective d’un désarmement nucléaire complet?

Prenez deux joueurs A et B. Le Joueur A dispose de forces conventionnelles très importantes capable d’intervenir à très longue distance.  Sa superiorité est telle que ses armées classiques à elles-seules constituent une force de dissuasion. Vous reconnaissez facilement les États-Unis. Maintenant le Joueur B,  c’est une puissance régionale avec une armée certes respectables mais rigoureusement incapable de résister à une attaque conventionnelle du joueur A.

Pour ce prémunir du risque posée par le joueur A quelle est la stratégie la plus rationnelle pour le joueur B? Elle n’est certainement pas de tenter de rattraper A et d’opposer soldats contre soldats,  avions contre avions et navires contre navires. Il faut chercher une rupture qualitative, elle peut aller dans deux directions. Soit par le bas en se préparant à un conflit irrégulier mais c’est une solution extra-ordinairement coûteuse et risqué. L’alternative est de tenter de développer des armes d’une puissance telle que les calculs conventionnels ne sont plus valables. Ce sont les armes bactériologiques et surtout nucléaires.  Une seul arme nucléaire sera capable d’anéantir le corps expéditionnaire de A. Certes le joueur A peut menacer de riposter avec ses propres engins nucléaires mais si B possède des missiles intercontinentaux il peut espérer dissuader A de choisir l’escalade. En fait,  B peut tout simplement dissuader A d’intervenir tout court.

La logique est imparable. On ne voit pas au nom de quoi des puissances moyennes comme le Pakistan, l’Iran ou encore la Russie pourraient avoir intérêt à un tel désarmement.  L’intérêt pour les USA en revanche est évident car leur superiorité conventionnelle suffit à elle seule à établir une dissuasion crédible. On comprend l’intérêt que suscite la proposition de l’autre coté du lac. Mais la simple logique montre que s’est voué à rester un rêve.

Dissuasion nucléaire et bouclier

Via Défense ouverte, pour le compte du Centre d’Analyse et de Prévisions du Ministère des affaires étrangère Bruno Tertrais a publié une analyse des principes de la dissuasion nucléaire, au programme: la dissuasion est-elle un principe universel. Le texte vaut la lecture, c’est un très bon tour d’horizon de la question.

Ce qui retiens l’attention ici c’est la fin:

Il reste, enfin, pour compléter la dissuasion par menace de représailles, l’aptitude à la préemption et la capacité de défense antimissile.

Si l’objectif de la dissuasion nucléaire est de préserver la stabilité ou en tout cas d’éviter une guerre, la préemption et les défenses antimissiles paraissent au contraire comme hautement déstabilisantes.

La préemption suppose d’agir avant que l’agression se matérialise avec tout les problème que cette notion comporte(fiabilité du renseignement, analyse exact de la situation ,etc).

La défense anti-missile donne à son bénéficiaire un sentiment de sécurité qui peut l’inciter à adopter des comportements imprudents.La dissémination de système ABM offrant une protection partielle n’est donc pas nécessairement une bonne chose.

Et comme le dit, Stent, du très bon la plume et le sabre (non ceci n’est pas une très forte incitation à lire son blog) dans les commentaires:

Le développement de défenses ABM est effectivement à l’opposé de la logique de dissuasion. Il s’agit d’une volonté d’échapper à la dialectique nucléaire, qu’il s’agisse d’une dissuasion faible au fort, MAD ou de type riposte graduée. Le développement de moyens ABM est une quête de l’invulnérabilité, et ne relève pas de la dissuasion, qui est une quête de l’équilibre. La possession de moyens ABM en soit n’est pas un problème, mais à la seule condition que le pays possédant ces ABM ne dispose pas de l’arme nucléaire. Il s’agit alors d’une logique défensive. Dans le cas américain, le problème résidera, si le programme en cours est poursuivi, dans la possession conjointe d’un arsenal nucléaire et d’ABM, ce qui permettrait la préemption nucléaire.


Les forces nucléaires indiennes

famille AgniVia FAS strategic security blog, le Bulletin of  the Atomic Scientists publie une estimation de l’état des forces nucléaires indiennes. Depuis 10 ans, l’Inde s’est engagé dans un long et complexe processus  de développement d’une triade nucléaire complète.Malgré ces efforts, la dissuasion repose encore aujourd’hui essentiellement sur la puissance aérienne. Les missiles à courte et moyenne portée Agni I et II qui sont sensés former la composante terrestre ont des problèmes de fiabilité malgré leur entrée en service opérationnel, plusieurs années de maturation seront donc nécessaire pour qu’ils deviennent pleinement opérationnel.

Parallèlement, le développement des missiles ballistiques continuent avec Agni III et IV qui selon les autorités indiennes devraient former le gros des forces nucléaires d’ici 2020.

Enfin, l’Inde poursuit le devellopement de SLBM et de missile de croisière mais les avancés restent encore limitées.