La Chine, cette nation si pacifique…

Aujourd’hui, colloque à Lille, un éminent personnage (vraiment éminent ce n’est pas une figure de style) commente le difficile problème des relations avec la Chine avec une formule choc: “La Chine est une nation pacifique depuis 6 000 ans”. Arf, vous allez dire, cela arrive toujours de temps en temps, personne n’est parfait. On en conviendra mais quelques mois plutôt un autre personnage éminent (nettement moins tout de même) sortait une formule similaire sur le pacifisme supposé de la Chine. Et ce n’est certainement pas la première fois ni hélas la dernière fois qu’on aura l’occasion d’entendre de si belles histoires sur la sagesse millénaire de la Chine et son inébranlable pacifisme (insérer une longue liste de cliché ci-après). Il n’a qu’un seul petit problème, la formule est dépourvue de sens.

L’espace culturel Chinois est très anciens c’est incontestable mais son histoire n’est certainement pas pacifique. Le premier empire chinois au sens où nous l’entendons est né dans la violence à la fin du IIIème siècle et était déjà précédé par trois siècles de guerre entre plusieurs Etats dynastiques, la dernière phase de cette époque, celle des Royaumes Combattants, fut marquée par des guerres de plus en plus violentes impliquant une mobilisation toujours plus poussée des ressources étatiques. Elle nous a donc laissé en héritage Sun Tzu, une première tentative de rationaliser la guerre, et la philosophie des légistes tel que Han Fei alliant cynisme “machiavelien” et dévotion total à l’Etat (si un spécialiste de la pensée chinoise est dans les parages il est autorisé à hurler de rage). C’est dire si la période est pacifique.

A partir de 221, commence donc l’histoire chinoise tel que nous la connaissons (on passera sur les débuts de la dynastie Qin et l’extermination de toute forme de vie intellectuelle), celle d’une succession d’empire s’étendant plus ou moins loin à l’est sur les territoires nomades. Qui dit nomade et sédentaire, dit guerre et il en fut souvent question quand l’empire chinois du jour n’avait pas explosé sous la pressions des divisions internes ou les invasions nomades ou les deux à la fois. On accélère, nous arrivons à une période plus récente. La République populaire de Chine n’hérite pas des frontières d’une Etat-nation mais d’un empire. Cet empire c’est celui de la dynastie Qing, des nomades qui donneront à leur nom à leur région d’origine: la Mandchourie. A partir de leur conquête de la Chine au XVIIème; les empereurs Qing vont donner à l’empire le plus grande étendu de son histoire. Il inclue en plus de la Chine des 18 provinces un morceau d’Asie centrale: le Xinjiang, la Mongolie (aujourd’hui divisé entre Mongolie intérieure et la Mongolie extérieur indépendante) et par des voies indirectes le Tibet (qui a un statut particulier et ambigüe).

Les frontières actuelles de la Chine sont donc le fruit d’un impérialisme qui était tout sauf non-violent. En la matière le XIXème sera particulièrement riche pour des raisons qui finalement n’ont pas énormément avoir avec les humiliations infligées par les européens. Le nombre de morts provoqués par la révolte des Taiping, qui n’a que peu de chose avoir avec les européens, écrase de très loin les chiffres des plus grands conflits européens du siècle. Reste qu’évidemment, à l’époque des impérialismes européens et japonais (de 1840 à 1945), l’empire Chinois fait figure de victime et l’étranger sera un bouc-émissaire commode pour les calamités qui tombent sur la dynastie des Qing et ses (plus ou moins loyaux) sujets.

Mais tout cela c’est de l’histoire ancienne, la Chine moderne, celle de 1949, n’est-elle pas un modèle de pacifisme et de résistance à l’impérialisme comme le disait Mao Zedong? Ne dénonce-t-elle pas inlassablement la persistance de la mentalité de guerre froide? Sans aucun doute, mais le discours semble faiblement corrélé au fait. Depuis 1949, la République Populaire de Chine a été très active sur le plan militaire. En 1950, la RPC s’engage pour des raisons défensives, empêcher que les américains s’installent à la frontière chinoise, dans la guerre de Corée déclenché par ses alliés communistes. Dix ans plus tard, en 1962, c’est une guerre à l’initiative chinoise contre l’Inde. C’est le tour du Vietnam de passer à la casserole en 1979 là encore à l’initiative chinoise. N’oublions pas les incidents militaires plus ou moins graves à la fin des années 60 à la frontière soviétique (incident de l’Oussouri).

Il ne s’agit pas de dire que la République Populaire de Chine est impérialiste ni même qu’elle représente une menace. Ce n’est pas le propos. Mais il absurde de baser une discussion sur l’avenir des relations entre l’Europe et le gouvernement de la République populaire de Chine sur une pétition de principe selon laquelle la Chine est une “grande nation pacifique”. La RPC est un État ni plus ni moins agressif que les autres qui a des intérêts et les défendra avec des forces militaires si nécessaires. Avoir des illusions là-dessus relève plus du café du commerce qu’autre chose (à moins que vous soyez un ex-maoïste de l’association des amitiés franco-chinoise dans ce cas-là c’est encore autre problème).

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Le bisounoursisme, la Chine et le Japon

Il y a quelque temps j’ai publié ici un article en anglais sur  l’avenir des relations sino-japonaises. Il n’était pas très bon, pourquoi? Entre autre parce qu’il se rend coupable du crime suprême de “bisounoursisme”.

Pour être plus précis, il avait deux défauts. Le premier c’était de considérer la question des mémoires historiques comme une question indépendante. C’est à dire que la mémoire par elle-même serait un obstacle à des relations plus pacifiques et que cette obstacle peut être lever par un travail de réconciliation historique sur le modèle franco-allemand par exemple. C’est un cas typique de bisounoursisme. Comme si l’ émergence de la question historique dans les années 80 était indépendante de l’abandon du communisme par le PCC( en pratique, pas dans les discours) et de l’affirmation de la puissance économique japonaise à la même période. On connait bien aujourd’hui le rôle légitimant du nationalisme pour le gouvernement communiste. L’histoire est aussi un instrument très intéressant pour affaiblir les prétentions du Japon à jouer un rôle régional important en l’isolant de ses voisins comme la Corée du Sud. Il ne s’agit pas ici de dire que le gouvernement japonais est peuplé de saints mais de rappeler que l’histoire n’est pas un facteur froid et objectif mais un instrument mobilisé à des fins politiques. De sorte que la question de l’histoire n’est en réalité pas nécessairement une cause de friction à part entière  mais un symptôme. Il serait naïf de croire que sous prétexte qu’un nouveau partie est au pouvoir à Tokyo et que celui-ci s’abstiendra de faire des gestes politiques trop flamboyant comme des visites au sanctuaire de Yasukuni, cette question disparaitra. Elle peut s’effacer pour un temps, puis revenir lorsque l’une des parties en aura besoin.

Le deuxième défaut était le réductionnisme économique. Il est incontestable que les liens économiques entre les deux pays sont très forts et que c’est un facteur très important. Ces liens économiques créent des groupes d’intérêts favorables à la poursuite d’un rapprochement aussi bien en Chine qu’au Japon. Mais ce n’est pas un facteur exclusif. Ils en existent d’autres qu’on ne peut pas négliger. Le problème fondamental de la sécurité ne sera pas résolu par des accords de libre échange. Aucun des deux joueurs ne peut connaître l’intention de l’autre et ne se font véritablement confiance , il est par conséquent inévitable qu’un dilemme de sécurité émerge. L’expansion de la marine chinoise pour faire face aux nouveaux impératifs de sécurité chinois inquiète au Japon, ce dernier inquiète à son tour le gouvernement chinois par sa modernisation militaire. La crise coréenne peut se voir sous ce prisme aussi: protection indispensable de sa frontière nord pour la Chine; menace pour le Japon.

L’incertitude quand à l’avenir de cette relation tient fondamentalement à la nature du régime politique chinois. Si la politique japonaise navigue depuis des décennies sous le regard des médias entre les bornes étroites posées par une opinion publique apathique mais pacifique et une alliance américaine; la politique chinoise, elle, est beaucoup moins prévisible. Elle est le fruit d’intérêts, d’objectifs, d’espoir, de rivalités et de rapports de force internes que  l’observateur extérieur ne connaît et ne comprend qu’imparfaitement. Sans compter que l’avenir du régime lui-même est en question. Est-il possible qu’un régime à la fois communiste( par son système de gouvernement et son idéologie)  et capitaliste puisse exister? Le poids de ces incertitudes rend impossible d’affirmer quelle logique, économique ou sécuritaire, triomphera. L’arrivée du DPJ au pouvoir à Tokyo ouvre un nouveau chapitre sur le plan symbolique dans une saga déjà très longue et il n’est pas encore question d’écrire “ ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”.

La Chine et le Japon

Dans le cadre de mes études j’ai eu l’occasion de revenir sur une de mes petites obsessions personnelles. L’article qui va suivre est en anglais, je m’en excuse tout d’abord auprès des non-anglophones, ensuite auprès des anglophones pour le style quelque peu maladroit. Je n’ai pas le temps de m’occuper d’une éventuelle traduction. Il est assez insatisfaisant mais  j’espère avoir l’occasion dans les prochains jours d’en rediscuter.

The relationship between Japan and China is one of the most important bilateral relations in East Asia. In importance, it probably can only be compared with the relations between these two countries and the United States.

Japan is the most advanced and richest nation in Asia. China is the most populous and the most influent with a seat on the UNSC. Both are key players in the global economic system. They are closely bound together by a complex web of economic ties. The importance of the two countries explains that much of the future of the region depends on the relations between them.

If China and Japan can cooperate and set aside the past, it is likely that the rest of the region will follow with the exception of a few trouble makers like North Korea. And the entire region will be better equipped to deal with the challenges of the future. Conversely, if they agree, the whole region will suffer, torn apart between two rivals.

Today, the future of this relationship remains fraught with uncertainties. China’s meteoritic rise on the global scene in the last 30 years has contributed to a growing sense of insecurity among Japanese leaders and their people. At the same time, the spectacular anti-Japanese demonstrations in China in 2005 shows that there is a strong distrust of Japan in China.

Why? To understand the relations between China and Japan, we need to understand the past.

A brief history of Sino-Japanese relations

Relations between the two countries are old. Exchanges between the Japanese Archipelago and mainland Asia are several thousand years old and official relations between the Chinese State and the first known Japanese state can be traced as far back as the VIIth century AD. The young Japanese state copied the Chinese institutions, imported its writing system and its ideas such as Buddhism. In those times, the Japanese political elite spoke and Japan sent embassies to China.

So Japan, much like Korea or Vietnam, was heavily influenced by Chinese Culture. However, it never was under direct control of any Chinese State and its precise standing in the Chinese tributary system is the subject of historical controversies.

Relations were not always peaceful; in fact the first known battle between Chinese and Japanese armed forces, the battle of Baekgang or Hakusukinoe, is as old as the relationship itself. The subject of the dispute was a familiar one: Korean politics. From the XIIIth century to the XVIth century, Wokou, Japanese pirates made themselves famous by ravaging the Chinese coasts.

Japan and China may be old neighbors but their relations never reached the importance they have today. The current situation, where the two countries consider themselves as equal, is a heritage of the XIXth century.

While China failed to adapt to the changing context with the industrial revolution and the rise of the western colonial powers, Japan took the path of accelerated development with a program famously summarized in four words: “rich nation, strong army”.

Japanese ambitions and China’s weakness set the two countries on a colliding course. Korea, an old Chinese protectorate became the subject of the first modern conflict between them. Korea had long been a crossroads between the Chinese world, the Japanese Islands and Siberia. In a way, it was only natural that it would be the first subject of conflict between the two neighbors.

Chinese defeat and the following treaty of Shimonoseki in 1895, by which Japan acquired Taiwan, symbolized the new power balance. Japan was the new regional leader, the model to follow. In 1900, the Japanese participation to the international coalition that suppressed the Boxer uprising, symbolized Japan’s integration in the western world. At the same time, many Chinese students studied in Japanese universities. Sun Yat-sen founded his party, the Tongmenghui, in Tokyo in 1905.

Still, despite these more peaceful exchanges, relations in the early XXthe century were disastrous. In 1931, the Japanese invasion began with the creation of a puppet-State, the Mandchoukouo. In 1937, Japan launched a complete invasion of China. These events made a lasting impact on the relationship between the two countries. After 1949, Japan followed Washington’s policy of non-recognition of Beijing’s authorities.

With Japan defeated and under American surveillance and China at last reunited and at peace, the cold war was the beginning of a new era of equal relations between the two sides.

Informal contacts began between the two governments in the 1950s but due to the constraints of the Cold War, they had to remain discreet. The result was an unofficial bilateral trade agreement signed in 1962.

However, not much progress could be made until the US changed their policy toward the People’s Republic of China, which in turn would have allowed Japan to follow a more conciliatory policy toward Beijing.

The change came in the early 1970s. In 1972, President Nixon visited China and diplomatic relations were finally established in 1979. The new US policy allowed China and Japan to follow a different course, liberated from the constraints of anti-communism.

In September 1972, Japanese prime minister, Kakuei Tanaka, visited Beijing and was received by Mao Zedong. Relations were normalized. Then, in 1978, a peace treaty was finally signed. A wave of Japanese investments and loans followed.

But even in the early 1980s, history was a controversial subject and the apparent difficulties of the Japanese to face their war-time past were a source of anger for the PRC government. China was very interested in Japanese economic aid and investment but at the same time it remained suspicious of Japan and its perceived arms build-up.

Today

The economic relations are as important as ever, in 2006, Japan was the third most important destination for Chinese exports and the first source of imports. For Japan, it was the third destination for exports and the first source of imports. Japan is also the first source of foreign direct investments for China. And China’s robust growth in the 1990s and 00s is often thought to be behind the Japanese economic rebound in the early 00s.

Despite this, there are still today a number of problems. The most obvious is the number of historical controversies. Japanese Prime Minister Jun’ichirō Koizumi liked to visit the Yasukuni Shrine where the spirits of Japanese soldiers, among whom war-criminals, are honored.  There are also controversies over text-books. These events have raised doubt over the sincerity of Japan’s apology.

There is also a territorial dispute over the delimitations of the two countries respective EEZ. The center of this problem is the Diaoyutai or Senkaku Islands.  They are uninhabited and are formally under the control of the Japanese government. The Chinese government claims that the islands are Chinese. The islands in themselves are useless but there is natural gas in the area.

Another problem is Taiwan. Japan enjoys good relations with Taiwan. The Chinese government is very susceptible to anything that might appear as a challenge to the “one-china” principle. The issue is aggravated by the US-Japan alliance, since 1979 and the Taiwan relations Act, the United States protects Taiwan.  In 2005, the US and Japan made a joint communiqué encouraging “the peaceful resolution of issues concerning the Taiwan Strait through dialogue.” It was interpreted by Beijing as interference in China’s internal affairs. The perimeter of the US-Japan alliance is the important issue in this context. In 1996, Japan and US adopted “new guidelines” that detail cooperation regarding the defense of Japan and “situations in areas surrounding Japan”.   Whether or not this sentence includes Taiwan is a source of uncertainty in the region.

These three problems should be understood in the larger context of the changing balance of power in East Asia. China is on the rise while Japan is weakened by an economic depression and a demographic decline.  It is not a very promising context for peaceful relations. Yet the two countries are more interdependent than ever.  Will the future be dominated by cooperation in a “win-win” game or by competition in a “zero-sum” game?

Recently, the DPJ was elected; the new government promised a more Asian centric policy and intends to avoid any sign of historical revisionism. If this trend goes on, and if China is open to it, a more peaceful era might open for the East Asian region.

GE, la 8ème merveille du monde: la preuve par Taïwan

De temps en temps il est bon d’aller faire une petite visite sur IMINT&Analysis, cela donne de jolies surprises.

taiwan SAM

Les fusées rouges sont des missiles balistiques chinois,  les cercles blancs sont des batteries SAM chinoises (S-300 PMU). Les cercles de couleurs c’est Taïwan.

teipei 2

Une vue un peu plus rapprochée de la capital, Taipei.

Le sac de noeuds coréen.

2453906323_09330e08b4La Corée du Nord fait à nouveau parler d’elle et ce n’est pas la peine d’expliquer pourquoi .

Il y a quelque chose de paradoxal dans la situation actuelle qui rend l’affaire assez intéressante.  Il est établit que si la République Démocratique Populaire de Corée (DPRK) se lançait dans une action militaire, le régime de Pyongyang serait anéanti.

Aujourd’hui les observateurs suivent la Corée du nord comme un vieillard à l’agonie perpétuellement au bord du gouffre mais que les perfusions de toute sorte maintiennent tant bien que mal vivant. Chaque année, le sujet reviens sur le tapis lors du grand dîner de famille: mais quand va-t’il mourir?

Donc nous avons affaire à un régime mourant  et pourtant ceux qui ont le plus peurs ne sont sans doute pas les maîtres de Pyongyang mais le monde extérieur. C’est qu’en réalité, la possibilité d’une mort imminente est la plus grande menace que puisse brandir le régime.

Même si l’on exclu l’éclatement d’une guerre qui, soyons en sur, serait proprement apocalyptique; la triste réalité est que personne, vraiment personne (si ce n’est le malheureux peuple de la Corée du nord et encore…) n’a intérêt à voir le pays s’effondrer.

Ce qui maintient en vie la Corée du nord, c’est la menace de sa propre mort.

Le consensus de 1992

L’une des expressions les plus fréquemment employé par la Chine populaire au sujet de la question taïwanaise est « consensus de 1992 ». C’est , lorsque le sujet est abordé dans un contexte officiel, le leitmotiv quasi-obsessionnel.

Mais qu’est le contenu de ce fameux consensus? Pour le comprendre il conviens de revenir dans le contexte de l’époque.

Le début des années 90 est partout dans le monde une période de changement majeur.  Taïwan ne fait pas exception, depuis les années 80 un processus de démocratisation a été enclenché. En 1991, la république de Chine annonçait la fin « de la période de mobilisation nationale pour la suppression de la rébellion communiste » abandonnant ainsi toute velléité de reconquête du continent.

1991 sera aussi l’année où Taïwan est admis à l’APEC, forum qui admet des « économies » sous le nom de « Taipei chinois » et non des États, contournant ainsi l’épineux problème de la nature juridique de la RdC. Pékin est dans de bonnes dispositions et se déclare près à faire preuve de flexibilité.

L’objectif de la RdC est alors de régler des problèmes pratiques tel que les liaisons aériennes  avec le continent ou en encore les télécommunications.  C’est pour régler ces problèmes qu’est prévue pour avril 1993 une conférence à Singapour. Or dans la phases préparatoires, en novembre 1992, va avoir lieu une séries d’échanges de courriers visant à définir les rapports politiques entre les deux entités. C’est là qu’apparaît ce qui sera rétrospectivement appelé le consensus de 1992.

L’organisme de la RPC en charge des affaires taïwanaises, l’ARATS ,  déclare:

Les deux rives du détroit maintiennent le principe d’une seul Chine et s’efforcent de travailler à la réunification du pays, mais au cours des entretiens courant entre les deux rives, il ne sera pas touché au sens politique « d’une seule Chine ».

Son homologue Taïwanais, la SEF, prend  la position suivante:

Pendant que les deux rives du détroit uniront leurs efforts pour travailler à la réunification du pays, bien que les parties maintiennent également le principe d’une seule Chine, chacune d’entre elles a sa propre interprétation de la signification d' »une seule Chine ».

La République populaire de Chine et certains éléments du KMT l’interprétèrent  comme une reconnaissance explicite de l’unicité de la Chine  préalable à toute discussions. Cette position fut nié aussi bien par Lee Teng-hui que par son successeur  Chen Shui-bian. Pour eux, ce consensus signifiait simplement que les problèmes politique tel que la définition de la Chine étaient écartés dans le cadre des négociations techniques .

En 2008, le candidat du KMT, Ma Ying-jeou, est élu président mais ce dernier reste dans l’ambiguité et parle dans son premier discour du « consensus de 1992 » tout en restant sur la position traditionnelle « une Chine, diverses interpretations ».

Source:  La Chine en quête de ses frontières

Source complémentaire: Chine-Taïwan: la guerre est-elle concevable?

Livre blanc sur la défense nationale chinoise 2008

Le dernier livre blanc sur la défense nationale  a été présenté le 20 janvier. C’est un exercice qui a lieu régulièrement depuis 2000.

Quelques points notés au fil d’une rapide lecture:

  • L’insistance sur la modernisation et surtout l’informatisation de l’armée populaire de libération. L’usage du terme RMA est très fréquent surtout adjoint à l’expression « avec des caractéristiques chinoises ».
  • L’impératif d’un équilibre entre développement économique et modernisation militaire est affirmé. Il est considéré que la modernisation et le développement des armées doivent profiter au développement national.
  • « Les opérations autres que la guerre » sont régulièrement mentionnées.De même que les opérations de contre-terrorisme et de maintiens de la paix( ce qui est cohérent avec le nouvel intérêt chinois dans ce domaine).
  • Le contrôle politique du parti sur les forces armées paraît être un thème suffisamment important pour être mentionné au début du chapitre sur l’éducation et l’entrainement. A ce sujet, il est révélateur que revienne constamment l’expression « développement scientifique », doctrine promu depuis plusieurs années par le président Hu Jintao.
  • Un chapitre entier est consacré à la nécessité pour l’armée populaire de libération d’opérer dans le respect de la loi. Cette emphase est sans doute en rapport avec les efforts pour construire un Etat de droit. Cela paraît curieux dans la mesure où le legislateur est une entité distincte du parti, l’assemblé populaire nationale.
  • La Chine compte sur les coopérations internationales  avec des pays avancés ou moins avancés pour le développement des technologies militaires.
  • Un chapitre est consacré à la coopération régionale et aux structures multilatérales notamment l’OCS et le Forum régional de l’ASEAN. Pas un mot en revanche de l’APEC où les Etats-Unis sont présent.
  • Le gouvernement chinois affirme vouloir maintenir un espace démilitarisé.

Ce livre blanc semble donc confirmer à nouveau l’évolution de la Chine vers une grande puissance avec une vision et une action globale.

Analyse complémentaire: Stratfor