Le bisounoursisme, la Chine et le Japon

Il y a quelque temps j’ai publié ici un article en anglais sur  l’avenir des relations sino-japonaises. Il n’était pas très bon, pourquoi? Entre autre parce qu’il se rend coupable du crime suprême de “bisounoursisme”.

Pour être plus précis, il avait deux défauts. Le premier c’était de considérer la question des mémoires historiques comme une question indépendante. C’est à dire que la mémoire par elle-même serait un obstacle à des relations plus pacifiques et que cette obstacle peut être lever par un travail de réconciliation historique sur le modèle franco-allemand par exemple. C’est un cas typique de bisounoursisme. Comme si l’ émergence de la question historique dans les années 80 était indépendante de l’abandon du communisme par le PCC( en pratique, pas dans les discours) et de l’affirmation de la puissance économique japonaise à la même période. On connait bien aujourd’hui le rôle légitimant du nationalisme pour le gouvernement communiste. L’histoire est aussi un instrument très intéressant pour affaiblir les prétentions du Japon à jouer un rôle régional important en l’isolant de ses voisins comme la Corée du Sud. Il ne s’agit pas ici de dire que le gouvernement japonais est peuplé de saints mais de rappeler que l’histoire n’est pas un facteur froid et objectif mais un instrument mobilisé à des fins politiques. De sorte que la question de l’histoire n’est en réalité pas nécessairement une cause de friction à part entière  mais un symptôme. Il serait naïf de croire que sous prétexte qu’un nouveau partie est au pouvoir à Tokyo et que celui-ci s’abstiendra de faire des gestes politiques trop flamboyant comme des visites au sanctuaire de Yasukuni, cette question disparaitra. Elle peut s’effacer pour un temps, puis revenir lorsque l’une des parties en aura besoin.

Le deuxième défaut était le réductionnisme économique. Il est incontestable que les liens économiques entre les deux pays sont très forts et que c’est un facteur très important. Ces liens économiques créent des groupes d’intérêts favorables à la poursuite d’un rapprochement aussi bien en Chine qu’au Japon. Mais ce n’est pas un facteur exclusif. Ils en existent d’autres qu’on ne peut pas négliger. Le problème fondamental de la sécurité ne sera pas résolu par des accords de libre échange. Aucun des deux joueurs ne peut connaître l’intention de l’autre et ne se font véritablement confiance , il est par conséquent inévitable qu’un dilemme de sécurité émerge. L’expansion de la marine chinoise pour faire face aux nouveaux impératifs de sécurité chinois inquiète au Japon, ce dernier inquiète à son tour le gouvernement chinois par sa modernisation militaire. La crise coréenne peut se voir sous ce prisme aussi: protection indispensable de sa frontière nord pour la Chine; menace pour le Japon.

L’incertitude quand à l’avenir de cette relation tient fondamentalement à la nature du régime politique chinois. Si la politique japonaise navigue depuis des décennies sous le regard des médias entre les bornes étroites posées par une opinion publique apathique mais pacifique et une alliance américaine; la politique chinoise, elle, est beaucoup moins prévisible. Elle est le fruit d’intérêts, d’objectifs, d’espoir, de rivalités et de rapports de force internes que  l’observateur extérieur ne connaît et ne comprend qu’imparfaitement. Sans compter que l’avenir du régime lui-même est en question. Est-il possible qu’un régime à la fois communiste( par son système de gouvernement et son idéologie)  et capitaliste puisse exister? Le poids de ces incertitudes rend impossible d’affirmer quelle logique, économique ou sécuritaire, triomphera. L’arrivée du DPJ au pouvoir à Tokyo ouvre un nouveau chapitre sur le plan symbolique dans une saga déjà très longue et il n’est pas encore question d’écrire “ ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s