Lectures du jour

Si par hasard vous mettez la main sur le DSI de Novembre 2009 , ce qui est tout de même par principe fortement recommandé,  lisez l’article du capitaine de corvette Olivier Buard.  Il s’agit d’une analyse de la célèbre bataille de Qadesh qui opposa les égyptiens au hittites. Dans le genre « rien de nouveau sous le soleil », c’est un article merveilleux.  Avec pour conclusion: « les réponses aux problèmes stratégiques actuels et futurs ne sont pas à inventer, mais simplement à retrouver ». Le future est écrit dans le passé.

Autre article tout à fait intéressant sur les voies maritimes arctiques dans le numéro de novembre-décembre 2009 de Diplomatie. Il donne un aperçue plus réaliste de l’avenir du mythique passage du nord-ouest qui en fait ne sera pas si facile que ça à utiliser.

Mao, la guérilla et l’aventure américaine au Vietnam

World Affairs Journal publie un article tout à fait passionnant sur l’histoire de la doctrine de contre-insurrection aux Etats-Unis.

Et puisqu’il en est question, parlons un peu du World Affairs Journal.C’est une revue refondée en Janvier 2008 et  consacrée comme sont nom l’indique aux questions internationales qui a aujourd’hui sept numéros. Les articles sont d’excellentes qualités et valent  le temps de lecture.

En voilà des très intéressants:

Drunken Nation: Russia’s Depopulation Bomb, sur la situation démographique de la Russie et ses causes.

Cuban Days: The Inscrutable Nation, article saisissant sur Cuba.

Trapped by History: France and its jews, si, si, il arrive affectivement qu’un américain soit capable d’écrire quelque chose d’intéressant sur la France.

Not so huddled masses: Multiculturalism and Foreign Policy,  sur les communautés d’immigrants et leur influence sur la politique étrangère américaine.

Il y en a surement beaucoup d’autres qui mériteraient d’être signalé mais le temps manque explorer le reste.

Principe politique et stratégique

La force d’une coalition est toujours inférieure à la somme des forces dont elle dispose sur le papier.

Raymond Aron, Paix et Guerre entre les Nations.

La lecture du chapitre 1,  sur l’articulation de la politique et de la stratégie, devrait être obligatoire à toute personne ayant des fonctions politiques. Il n’a pas pris une ride et est d’une spectaculaire actualité. Tout est expliqué avec une clarté translucide.  C’est une  phrase choisie  au hasard mais il y en a une à chaque paragraphe qui mériterait d’être transformée en aphorisme et clouée aux murs de l’Assemblée Nationale.

La guerre économique, est-ce que ça existe?

Des gens respectables disent que non:

Econoclaste 1

Econoclaste 2

Paul Kurgman (eng )

Econoclaste 3

Econoclaste

Ce serait tout de même bien de savoir, après tout on construit des écoles entières sur cette  notion. En plus la réthorique de la guerre économique est vraiment très présente dans les millieux de la défense. Ce serait assez décevant d’apprendre que c’est une mauvaise blague.

Quelques exemples:

Mais pour pratiquer l’ouverture unilatérale, il n’y a pas besoin d’une institution internationale. Surtout d’une institution dont le fonctionnement est absurde. Par exemple, si un pays (mettons, les USA) décide de ruiner son industrie en augmentant ses droits de douane sur l’acier (par exemple, européen), les règles de l’OMC permettent à l’Europe d’à son tour, appauvrir sa population, à la même hauteur que les USA ont appauvri la leur, en adoptant à son tour des droits de douane « de représailles ». Quel est exactement l’intérêt d’avoir le droit de s’infliger des dommages parce que les autres le font? Et quel est l’intérêt de n’accepter d’accroître son bien-être (en réduisant ses barrières douanières) uniquement si les autres le font?

Si ce concept a tant de succès, c’est qu’il sert de justification à tout et n’importe quoi. Nous sommes incapables de réduire le chômage?  Mais c’est la guerre économique, mon petit monsieur. Et la guerre économique fait des victimes! (je vous jure que j’ai déjà entendu cette phrase). Nous favorisons l’émergence de monopoles nationaux qui s’engraisseront sur le dos des consommateurs pour faire du dumping à l’export? Mais c’est la guerre économique, etc.  Ce concept foireux a donc du succès en raison de son caractère justifiant : il permet de justifier la nullité des politiques, et aux adversaires de la mondialisation, il sert à dénoncer une chimère avec un vocabulaire flashy. Diriez-vous que vous êtes contre l’enrichissement des pays développés et en développement, et contre les échanges internationaux? Vous avez l’air d’un vieux c… Par contre, si vous dites que vous refusez la guerre économique qui affame les peuples, vous avez l’air tout de suite plus sexy.

« Nos » soldats ou leurs « civils »

Un article interessant sur le problème de non-combattant. La question est claire faut-il accorder une priorité plus grande à nos soldats plutôt qu’à la protection des non-combattants? La réponse est intéressante et assez « rigoriste ».

Whatever Israel deems acceptable as « collateral damage » when its own captured citizens are at risk—that should be the moral limit in the other cases too. If, as an Israeli, you think that a military operation will cause excessive harm to Israeli civilians, you should have equal concern for the excessive harm done to other civilians, whether they are welcome guests, unwelcome guests, or enemy noncombatants. The rules of engagement for Israeli soldiers are the same in all the cases, no matter how they feel toward the different groups. And if they observe those rules, and take the morally necessary risks, responsibility for the deaths of Hezbollah’s human shields—in all the cases—falls only on Hezbollah.

[…]

There is nothing unusual in this demand, and nothing unique to Israel. When soldiers in Afghanistan, or Sri Lanka, or Gaza take fire from the rooftop of a building, they should not pull back and call for artillery or air strikes that may destroy most or all of the people in or near the building; they should try to get close enough to the building to find out who is inside or to aim directly at the fighters on the roof. Without a willingness to fight in that way, Israel’s condemnation of terrorism and of the use of human shields by its enemies rings hollow; no one will believe it.

Les non-combattant ont donc autant de valeur quelques soit leur nationalité et éviter ces morts justifient que les soldats prennent des risques supplémentaires.  Position éthique qui a le mérite de la cohérence mais qui laisse tout de même assez songeur. En réalité un commandant militaire a t’il jamais réellement au sérieux l’idée que ses soldats(citoyen du pays qu’il doit défendre) doivent prendre plus de risque que nécessaire pour éviter la mort de non-combattants? Il y a lieu d’avoir des doutes là dessus, l’actualité afghane où les bombardements aériens restent fréquents malgré les risques connus et avérés. L’affaire est d’autant plus intéressante qu’en Afghanistan, il y a une certaine part d’irrationalité dans cette méthode puisque ces bombardements sont perçues très négativement par la population locale et mettent donc en péril le succès même de l’opération.

Aussi louable et cohérente que soit la position des auteurs, il est donc douteux qu’elle soit réaliste.



Lecture du jour…

Ce n’est pas très orthodoxe mais ce commentaire trouvé sur secret-défense méritais d’être mis en évidence. Il montre tout les difficultés que l’amateur écrivant en ces lieux , navigant à l’aveuglette dans la stratosphères de la stratégie, ne soupçonne  pas ou trop peu.  Que l’auteur du commentaire  pardonne  ce procédé si par hasard(fort improbable)  il est parmi les lecteurs de ce blog.

Un souvenir. Au début des années quatre-vingt, l’escorteur d’escadre sur lequel j’étais embarqué, a connu une avarie de chaufferie qui rendait le navire indisponible et dont on ne trouvait pas la cause. Les machines de ces navires étaient pourtant simples et robustes. Elles avaient été construites en un grand nombre d’exemplaire, on en avait une très bon retour d’expérience, et pourtant on ne trouvait rien. Les mécaniciens et ingénieurs du bord comme ceux de l’arsenal se montraient impuissants. La situation était délicate car les bâtiments de cette classe étaient progressivement retirés du service. Le désarmement du nôtre était programmé pour plus tard, mais il était à peu près certain que si on ne trouvait pas rapidement la cause de l’avarie, nous serions tous débarqués avant la fin de l’année.
En « vieux moustachu », comme on dit, qu’il était, l’ingénieur-mécanicien de l’état-major de l’escadre, le « chef » des « chefs », comme on disait aussi, ayant lui-même été « chef » (comprendre chef mécanicien) ou servi sur la plupart des bâtiments de l’escadre, s’attaqua, résolument,et méthodiquement, au problème.
Il partit du principe que cette avarie, pour rare, voire exceptionnelle, qu’elle était, n’était certainement pas la première sur ce type de chaufferie. Il entreprit un travail acharné d’épluchage de tous les comptes-rendus d’avarie sur ce type de chaufferie depuis qu’elles existaient. La conjonction le la compétence, de l’expérience et du travail de vrai professionnel finit par porter ses fruits : la cause de l’avarie fut trouvée, celle-ci rapidement réparée, et après des mois d’immobilisation pénible, le navire repris du service. Quelques semaines plus tard, il participait à l’escorte des navires chargés de réfugiés palestiniens qui quittaient le Liban.
Tout ça pour dire que les savoir-faire en matière de construction navale et d’entretien des navires constituent une de nos plus précieuses richesses, non chiffrable, qu’il est incontestablement du niveau de la responsabilité de l’Etat de veiller à leur conservation, et que je ne suis pas certain que la mercantilisation à tout vat des arsenaux aille dans le sens de la nécessaire pérennité du patrimoine, à tous points de vue, que ceux-ci ont su conserver jusqu’à ce jour.

Armurier