Débat AGS: Etats-Unis, le centre du monde?

Ce mois de juillet est consacré aux relations euro-américaines. Alors parlons des USA.

Les États-Unis semblent aujourd’hui vacillants. La crise économique, les guerres, le terrorisme ont affaibli son prestige et sa puissance. Pour certains observateurs la crise sonne le glas de la position dominante de Washington dans le système international. Ce n’est sans doute pas le cas et voici pourquoi.

Tout d’abord, intéressons nous au fondamentaux. Un  pays ce sont des hommes, celui-ci compte aujourd’hui 306 millions d’habitants dont 80% vivent dans les zones urbaines. A l’avenir, les États-Unis  devraient connaître un vieillissement significatif  ce qui aura des conséquences importantes pour les finances fédérales (ce problème est cœur des débats sur la sécurité sociale outre-Atlantique). Toutefois, celui-ci devrait être moins accentué qu’en Europe ou en Asie, et grâce à un taux de fécondité un peu près au niveau de remplacement des générations et une immigration importante  le pays devrait atteindre vers 2050 400 millions d’habitants. Les États-Unis seront donc dans les prochaines décennies un pays relativement jeune comparé à ses partenaires et rivaux( Chine, Europe, Japon, etc) et aussi un pays divers où le fond traditionnel WASP (white anglo-saxon protestant) cède progressivement la place à un patchwork de blancs, de noirs, d’hispaniques et d’asiatique. A cette égard, des États comme la Californie ou le Texas sont sans doute représentatif de cette avenir; incidemment ce sont déjà les États les plus peuplés de la fédération ce qui fait dire que le centre de gravité du pays se déplace vers le sud-ouest loin des centres de pouvoir traditionnel de la côte est.

On pourrait s’interroger sur l’avenir d’un tel patchwork ethnique. Sur ce plan, il ne semble pas y avoir d’inquiétude à avoir. Si historiquement les américaines n’ont pas toujours été favorables à l’immigration, l’identité américaine s’est accommodée de nombreuses vagues successives d’immigrés et contrairement au craintes d’auteurs comme Huntington, la vague Latino ne semble pas avoir de difficulté grave à s’intégrer dans un pays aux institutions souples. L’explosion tant attendu par certains ne semblent pas près de se produire. Le système politique américain est d’une exceptionnelle stabilité depuis la fin de la guerre de sécession en 1865.

Sur le plan économique, si la crise touche durement les États-Unis, avec une population relativement jeune et relativement bien éduqué, des infrastructures tout à fait correcte et une abondance relative de ressources naturelles font qu’il est très probable que les américains seront en très bonne place dans la liste des puissances économiques. En fait, compte tenu de ces facteurs, il  n’est pas délirant d’imaginer que le États-Unis garderons leur rôle moteur dans le système économique alors que d’autres pays comme la Chine devront faire face au vieillissement accélérée de leur population.

Les fondamentaux sont donc bon, voir même excellent. Cela ne nous dit pas pour autant quelle sera la place des USA dans le monde au XXIeme siècle. Pour comprendre il faut sans doute revenir en arrière. A partir de 1984, l’armée irakiennes frappes les installations pétrolières iraniennes dans le Golfe Persique.  L’Iran riposte et c’est le début de la guerre des tankers. Ces attaques ont naturellement des conséquences sur le prix du pétrole et menace l’approvisionnement du monde.  Finalement, les soviétiques et surtout les américains finissent par intervenir  à partir de 1987 pour protéger le trafique pétrolier contre les attaques.

Aujourd’hui l’URSS a naturellement disparu mais ce n’est pas cela qui importe. Ce qui importe c’est que pendant ces années là, une grande puissance, les États-Unis d’Amérique, fut le garant de la liberté des mers et donc de l’approvisionnement en pétrole de l’économie mondiale. Cette tendance n’a fait que s’accentuer au cours des années 90, les États-Unis sont devenus le gardien incontournable de l’ordre mondiale grâce à sa puissance sans rivale et sa présence sur toute les mers du globe. Gardiens  des mers, gardiens de la paix(comme par exemple dans le conflit du Kargil), contrepoids dans des régions où son absence laisserait un déséquilibre dangereux (Extrême-Orient). Les États-Unis se sont affirmés aux cours des dernières années du XXeme siècle comme la nation indispensable pour maintenir l’ordre à travers le monde. La regrettable aventure irakienne est la seule exception dans un dossier caractérisé par le conservatisme et un attachement profond au statu quo.

Ce rôle, Washington est-il toujours en mesure de le jouer alors que des nouvelles puissances émergent? Avec quelques aménagements, la réponse est sans doute oui.

Tout d’abord, comme il a déjà été dit, les fondamentaux de la puissance américaine sont solides. Non seulement ils sont bons mais ils paraissent même plus solides que ceux de ses “concurrents” comme la Chine( qui à partir de 2030 sera touché de plein fouet par le vieillissement de la population et fait déjà face à des problèmes environnementaux et sociaux énormes). Il en découle que les États-Unis resteront l’une des économies les plus développés et performantes au monde, capable de mobiliser de ressources considérables pour ses forces armées.

Le deuxième argument est plus géopolitique. Les États-Unis sont une masse géographique et humaine considérable. Mais les américains ont aussi la chance extra-ordinaire d’être bordés par deux océans extrêmement actifs: l’Atlantique et le Pacifique. D’un coté l’Europe, de l’autre l’Asie. A la fois relié et protégé  du monde extérieur pas ces deux océans, les États-Unis sont dans une position unique pour projeter leur considérable puissance à travers le monde. A cette égard, un pays européens ou encore la Chine est dans une position beaucoup plus complexe. La projection de puissance est un exercice bien plus délicat pour une Chine encadré par des puissances au mieux méfiantes qu’elle ne le sera jamais pour la marine américaine.

Cette même position lui permet légitimement de s’affirmer comme une puissance européenne et asiatique.  C’est en fait le troisième argument, les USA sont une grande puissance avec des intérêts globaux qui bénéficie d’une position centrale. Le premier problème des pays européens et asiatiques sont leurs encombrants voisins dans la même région.  La puissance américaine s’insert dans ces systèmes régionaux et exploite cette position à son profit, mais elle n’est pas nécessairement le moteur principal des conflits régionaux. C’est une position très pratique qui fait qu’alors que les autres puissances sont absorbés par des enjeux de sécurités régionaux, les États-Unis conservent une vision globale et la possibilité d’un engagement sélectif.

Alors, oui, les acteurs régionaux auront sans doute plus de poids et il faudra pour que la puissance américaine survive qu’elle s’adapte à la nouvelle donne et coopte les nouveaux arrivants. Mais il est assez probable que les Etats-Unis conservent une position unique dans les affaires du monde à la fois par leur puissance économique et militaire et par les avantages de la géographie. Une position unique qui bien exploitée pourra rester centrale.

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