Le consensus de 1992

L’une des expressions les plus fréquemment employé par la Chine populaire au sujet de la question taïwanaise est « consensus de 1992 ». C’est , lorsque le sujet est abordé dans un contexte officiel, le leitmotiv quasi-obsessionnel.

Mais qu’est le contenu de ce fameux consensus? Pour le comprendre il conviens de revenir dans le contexte de l’époque.

Le début des années 90 est partout dans le monde une période de changement majeur.  Taïwan ne fait pas exception, depuis les années 80 un processus de démocratisation a été enclenché. En 1991, la république de Chine annonçait la fin « de la période de mobilisation nationale pour la suppression de la rébellion communiste » abandonnant ainsi toute velléité de reconquête du continent.

1991 sera aussi l’année où Taïwan est admis à l’APEC, forum qui admet des « économies » sous le nom de « Taipei chinois » et non des États, contournant ainsi l’épineux problème de la nature juridique de la RdC. Pékin est dans de bonnes dispositions et se déclare près à faire preuve de flexibilité.

L’objectif de la RdC est alors de régler des problèmes pratiques tel que les liaisons aériennes  avec le continent ou en encore les télécommunications.  C’est pour régler ces problèmes qu’est prévue pour avril 1993 une conférence à Singapour. Or dans la phases préparatoires, en novembre 1992, va avoir lieu une séries d’échanges de courriers visant à définir les rapports politiques entre les deux entités. C’est là qu’apparaît ce qui sera rétrospectivement appelé le consensus de 1992.

L’organisme de la RPC en charge des affaires taïwanaises, l’ARATS ,  déclare:

Les deux rives du détroit maintiennent le principe d’une seul Chine et s’efforcent de travailler à la réunification du pays, mais au cours des entretiens courant entre les deux rives, il ne sera pas touché au sens politique « d’une seule Chine ».

Son homologue Taïwanais, la SEF, prend  la position suivante:

Pendant que les deux rives du détroit uniront leurs efforts pour travailler à la réunification du pays, bien que les parties maintiennent également le principe d’une seule Chine, chacune d’entre elles a sa propre interprétation de la signification d' »une seule Chine ».

La République populaire de Chine et certains éléments du KMT l’interprétèrent  comme une reconnaissance explicite de l’unicité de la Chine  préalable à toute discussions. Cette position fut nié aussi bien par Lee Teng-hui que par son successeur  Chen Shui-bian. Pour eux, ce consensus signifiait simplement que les problèmes politique tel que la définition de la Chine étaient écartés dans le cadre des négociations techniques .

En 2008, le candidat du KMT, Ma Ying-jeou, est élu président mais ce dernier reste dans l’ambiguité et parle dans son premier discour du « consensus de 1992 » tout en restant sur la position traditionnelle « une Chine, diverses interpretations ».

Source:  La Chine en quête de ses frontières

Source complémentaire: Chine-Taïwan: la guerre est-elle concevable?

La Chine est-elle un problème?

Via China Beat, discours de Roy Stapleton , ambassadeur à Pékin de 1990 à 1995:

La phrase du jour:

It would require ineptitude on a massive scale…for this situation to degenerate in a military conflict.

Cela nécessiterait une incompétence sur une échelle massive…pour que cette situation[ le triangle République de Chine/USA/République populaire de Chine] dégénère en conflit militaire.

Hélas, l’histoire n’est pas avare de  ce genre de conditions. L’argument développé est connu et ancien, il avait déjà été formulé par Benjamin Constant et d’autres au XIXeme siècle: le commerce adoucit les mœurs. La suite a montré ce que cette argument valait. Les économies européennes du début du XXeme siècle était en proportion bien plus dépendantes du commerce mondial qu’aujourd’hui, la guerre a tout de même eu lieu.

La conduite des Etat ne se résumera jamais à la poursuite des seuls intérêts économiques. Ils ne sont qu’une variable parmis d’autres compris dans le tryptique connu depuis plus de 2000 ans: la peur, l’honneur et les intérêts.

Taiwan, la périphérie de l’empire

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Note:L’utilisation des termes Taïwan ou République de Chine ne signifie en aucun cas que l’auteur prend position sur la nature politique et culturelle de l’entité en question.

Depuis le 4 juillet, il existe une liaison aérienne direct entre la Chine et Taïwan. Auparavant tout vol d’origine chinoise vers Taiwan devait faire escale(largement symbolique, un simple touch down) soit à Hong-Kong soit à Macao.  C’est l’un de multiples indicateurs d’un réchauffement des relations entre les deux rives du détroit séparées par les glaces de la confrontation est-ouest depuis 1949.

Pourtant bien des incertitudes subsistent, avant de revenir à aujourd’hui passons par l’histoire.

Que Taïwan aujourd’hui ne soit toujours pas sous le contrôle du gouvernement de Pékin peut paraître une étrange anomalie qui avec la conversion au capitalisme du continent ne devrait plus avoir lieu d’être. Un bref regard vers le passé montre qu’en réalité ces périodes d’éloignement sont loin d’être une exception.

L’inclusion de Taïwan dans le monde chinoise est un évènement relativement récent. Originairement peuplé de populations aborigènes( peuples de l’Océanie), les premières vagues d’immigrations chinoises dates du XIeme siècle avec les Hakkas.  A cette époque, il n’existe aucune autorité impériale sur ce territoire difficile d’accès à cause des eaux turbulentes du détroits. Tant et si bien, qu’au XVIeme siècle les colonisateurs européens s’installent, portugais d’abord puis surtout hollandais pendant une cinquantaine d’années. Cette à cette époque qu’interviens la seconde vague d’immigration chinoise. Pour exploiter leur colonie, les hollandais fond venir du Fujian des travailleur chinois, ils deviendront les minanais. C’est ce dialecte qui prédomine aujourd’hui à Taïwan.

C’est seulement en 1662 que Taïwan fait son entrée dans l’orbite de l’empire mais d’une manière indirecte. Un général chinois connu sous le nom de Koxinga chasse les hollandais et s’installe. Il prétend à partir de Taïwan restaurer la dynastie Ming tombée sous les coups des mandchous. Il est finalement battu par les armées de la nouvelle dynastie mandchou, les  Qing, en 1683. Pékin administre alors directement l’île en tant que préfecture de la province du Fujian.Taïwan ne deviens une province qu’en 1885. Pour bien peu de temps.

En effet, à la suite de la première guerre sino-japonaise, le traité de Shimonoseki signé en 1895 cède Taïwan au Japon. Période ambivalente pour les taïwanais, c’est pendant celle-ci que démarre  le développement économique(chemins de fer, embryon d’industrie, etc) de l’île mais aussi une tentative d’acculturation par l’intermédiaire de l’éducation. La colonisation japonaise va  marqué profondément le pays pendant les 60 années suivantes.

Finalement, le Japon abandonne Taïwan et la suite est connue. Le KMT prend le contrôle à Taïwan et écrase les oppositions locales à l’occasion des massacres du 28 février 1947(wikipedia, neutralité disputée). Puis  défait par les communistes s’installent et 2 millions de réfugiés passent le détroit.  C’est le début de près d’un demi-siècle de domination du parti unique, le KMT. Chiang Kai-shek gouvernera  le pays en maintenant l’espoir de la reconquête, et la République de Chine subi progressivement un isolement diplomatique.

A partir des années 80 commencent un phase de libéralisation marqué à l’instar de la Corée du Sud par d’important mouvement de contestation et de revendications des droits de l’homme, à partir duquel émerge le parti d’opposition DPP, qui aboutisse durant les années 90 à une démocratisation complète.

Taiwan a donc une place particulière dans l’univers chinois, à la croisé des mondes: Chine,  Japon,  Occident…

La réunification est possible mais d’autre voies sont ouvertes selon les évolutions de ou des  identités des habitants. D’où l’importance des mouvements politiques actuelles. Comme un autre jeune démocratie asiatique, la Corée du sud, Taïwan est le théâtre de mouvements politiques  spectaculaires(manifestation à répétition, choc avec les forces de l’ordre, etc). Mais au-delà de ce qui semble être la marque d’une culture politique, il indéniable qu’il existe un conflit profond. Aujourd’hui, deux partis politiques s’affrontent:

  • Le DPP issu des mouvements pro-démocratiques des années 70/80 avec une perspective indépendantiste(pour ne pas dire nationaliste), ses partisans sont les verts.
  • Le KMT, l’ancien parti unique aujourd’hui converti à démocratie avec une perspective chinoise, ce sont les bleus.

Si le KMT  a une une certaine réputation de corruption dans les années de développement économique, il semblerait aujourd’hui que le DPP n’aie plus grand chose à lui envier dans ce domaine.

Quoiqu’il en soit le pouvoir semble aujourd’hui voué à aller et venir entre ces deux partis dominants éventuellement accompagnés d’autres petits partis. L’électorat est en général divisé de manière un peu près égale aux élections présidentielles comme dans beaucoup de pays démocratiques.

C’est aujourd’hui le KMT qui domine largement avec à la fois une très large majorité au yuan législatif et un président de la république affilié au KMT, Ma Ying-yeou. Une explication pour cette large domination est la lassitude de l’électorat après 8 années de domination du DPP. Ce dernier avec son président Chen Shui-bian ne s’est pas montré capable d’améliorer une situation économique dégradée depuis plusieurs années. Les promesses nationalistes ont manifestement échoué à mobiliser l’électorat plus pragmatique.

En revanche, les promesses du KMT d’une pacification des relations avec la Chine et donc d’un resserrement des liens économiques avec le continent, déjà important avec  plus de 100 milliards de dollars d’investissements taïwanais, a plus séduit.

Malheureusement la lune de miel risque d’être de courte durée. En effet les enquêtes de corruption sur le DPP se sont brusquement accélérées avec l’incarcération de l’ancien président et une intervention très visible du KMT dans le processus judiciaire (remplacement de juge…).  D’autant plus que les investigation sur les affaires du KMT n’ont pas particulièrement accéléré. Il y a donc un risque que le KMT subisse un retour de bâton.(article asia times)

Ce n’est pas d’ailleurs le seul sujet de polémique, la manière peu transparente avec laquelle est gérés les négociations avec le Chine Populaire avivant les craintes de l’opposition verte.

Les citoyens sont donc divisés sur l’avenir de la République de Chine les seuls points de consensus semblent être le maintiens du statu quo et la préservation des institutions démocratiques.