Thème AGS: Réalité et illusion du panturquisme, la Turquie et l’Asie centrale

Comprendre les relations qu’entretient aujourd’hui la Turquie avec les pays d’Asie centrale nécessite en premier lieu de connaître les données linguistiques  et historiques. Si la Turquie peut avoir une influence dans la région, c’est non seulement en raison de sa relative proximité géographique mais aussi et surtout en raison du patrimoine commun que constituent la langue et l’histoire  turque. La turcophonie est en effet un espace immense  allant de l’Europe  à la Chine, remontant au nord jusqu’au cercle arctique, peuplé d’environ 125 millions de locuteurs. Les langues turques parlées en Asie centrale et en Turquie ont d’importante ressemblances syntaxiques et phonétiques.  En plus de la langue, les peuples de cet espace ont un passé commun plus ou moins mythifié de nomade des steppes qui, au fil des siècles, se sont progressivement séparés.

Malgré cette proximité culturelle, les relations entre la Turquie et l’Asie centrale sont finalement restées assez limitées jusqu’en 1991 et la dissolution de l’URSS. En effet, à l’époque ottomane, l’essentiel de l’effort turc est dirigé vers l’ouest dans l’espace méditerranéen.  A l’est, les empires perses et russes constituent un barrage infranchissable pour  l’influence de la Sublime Porte. Lire la suite de « Thème AGS: Réalité et illusion du panturquisme, la Turquie et l’Asie centrale »

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Lectures du jour

Si par hasard vous mettez la main sur le DSI de Novembre 2009 , ce qui est tout de même par principe fortement recommandé,  lisez l’article du capitaine de corvette Olivier Buard.  Il s’agit d’une analyse de la célèbre bataille de Qadesh qui opposa les égyptiens au hittites. Dans le genre « rien de nouveau sous le soleil », c’est un article merveilleux.  Avec pour conclusion: « les réponses aux problèmes stratégiques actuels et futurs ne sont pas à inventer, mais simplement à retrouver ». Le future est écrit dans le passé.

Autre article tout à fait intéressant sur les voies maritimes arctiques dans le numéro de novembre-décembre 2009 de Diplomatie. Il donne un aperçue plus réaliste de l’avenir du mythique passage du nord-ouest qui en fait ne sera pas si facile que ça à utiliser.

Voyage virtuel

Les rochers  Liancourt sont un motif permanent de disputes entre le Japon et la Corée du Sud.  Connu sous le nom d’îles Dokdo en Corée et Takeshima au Japon, ces rochers appartiennent aujourd’hui à la Corée du Sud. Pour le Japon, ces îles ont été annexées en 1905 en même temps que la Corée et reste aujourd’hui japonaises. Comme d’habitude dans ces cas là, l’enjeu économique principal est les droits de pêche mais celui-ci est largement surpassé par l’enjeu nationaliste surtout en Corée du Sud.

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Débat AGS: La Russie, I

Le 25 avril 2005, Vladimir Poutine, alors président de la Fédération de Russie, déclarait que la chute de l’URSS était « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle ». Il n’y a pas beaucoup d’exemple plus spectaculaire de la différence de perceptions entre l’est et l’ouest de l’Europe. La Russie d’aujourd’hui n’est pas devenu une démocratie libérale contrairement aux espoirs du début des années 90. Sans doute était-ce une illusion de croire qu’il pouvait en être autrement compte tenu des facteurs à l’œuvre.

La Russie est différente, par sa masse d’abord, c’est le premier pays du monde par sa superficie avec 17 millions de kilomètres carrés, loin, très loin devant le numéro deux, le Canada et ses 9 millions de kilomètres carrés. Le tout est dispersé sur une dizaine de fuseaux horaires. Par sa population aussi, le pays le plus peuplé de l’Europe Occidentale, l’Allemagne compte 82 millions d’habitants, la Russie 142 millions.

Cette masse immense est sans aucun doute l’un des grands triomphes de la volonté humaine sur la réalité géographique. De Saint-Pétersbourg à Vladivostock les frontières du pays longent des espaces géographiques et culturels très diversifiés de l’Europe, Moyen-Orient, Asie centrale jusqu’à la Chine.

Pourtant, ces caractéristiques hors-normes de la Russie ne doivent pas nous cacher l’incontestable caractère européen de la Russie. En réalité la majorité de la population du pays réside à l’est de l’Oural et ses deux capitales historiques, Moscou et Saint-Pétersbourg, sont en Europe. Depuis, plus de 300 ans, la Russie est intégrée au jeux des grandes puissances européennes. Et non comme un partenaire encombrant bientôt victime des convoitises européennes à l’instar de l’empire Ottoman mais comme un joueur puissant avec qui il faut compter. La Russie des Tsars fait partie du concert des grandes puissances. Ses élites sont partie prenante des grands mouvements intellectuels qui traversent l’Europe tout au long des deux derniers siècles. Malgré les différences culturelles et historiques, il paraît difficile de nier le caractère européen de la Russie.

Européenne par la géographie et l’histoire, la Russie a pourtant pris un chemin bien différent du reste du continent. Alors que l’Union Européen et son ordre libéral s’étend presque sur toute l’Europe, la Russie suit son propre chemin, voulu comme celui d’une grand puissance avec ses impératifs et ses valeurs propres. Le langage est révélateur, aujourd’hui, il y a la « Russie » et « les européens ». Il est douteux que Napoléon ou Bismarck aient compris cette distinction.

L’éloignement se manifeste par une succession de crise qui intervienne à des intervalles de plus en plus courts:Kosovo, bouclier anti-missile, Ukraine, Estonie, Géorgie. Autant de sujets récurrents de disputes et même de conflits violents. Lorsque les chars russes entraient en Géorgie par une belle journée d’août, il fallait faire preuve d’un grand sang-froid pour ne pas trouver à cette sinistre affaire un désagréable parfum d’août 1914.

Il existe aujourd’hui deux thèses en apparence opposées pour expliquer ces divergences de plus en plus marqués et violentes. Pour les uns c’est l’Occident et les américains qui ont systématiquement violés leurs engagements en élargissant l’OTAN à l’est, portant ses frontière à 120 kilomètres de Saint-Pétersbourg, en installant des bases militaires dans des pays voisins de la Russie, en refusant de reconnaître ses intérêts spéciaux dans l’espace post-soviétique et qui tentent par tout les moyens d’affaiblir sa position. Pour d’autre, la Russie est gouverné par une élite autoritaire et corrompue obsédée par la nostalgie de l’empire soviétique, déterminée à reconstituer son ancienne puissance par tout les moyens et fondamentalement incapable d’accepter que ses anciens satellites soient autre chose que des vassaux.

Ce sont évidemment des caricatures et il existe des myriades d’analyses plus nuancées mais il s’agit là des deux grands pôles entre lesquels se répartissent les différentes versions des faits. Les deux versions ont évidemment des éléments de vérités mais se contenter d’une seule ne donne qu’une image très partielle de la situation.

Il incontestable que les élites dirigeantes, les fameux siloviki, c’est à dire les membres des « organes de sécurité » et plus particulièrement l’ex-KGB aujourd’hui FSB n’ont qu’une appréciation très modérée de la démocratie. Il coule de source que la chute de l’URSS ne peut pas être vue par eux comme un événement positif. On comprend donc que l’entreprise de restauration de la Russie passe pour eux par la restauration sinon de l’empire au moins d’une zone d’influence exclusive dans l’espace post-soviétique. Dans ce contexte il est difficile d’imaginer comment les hommes du Kremlin pourraient voir positivement le développement de l’influence occidentale dans cette espace. Espace qui est d’ailleurs dans bien des cas profondément lié à l’histoire de la Russie. Les pays baltes ont été intégrés à l’empire au XVIIIeme siècle, il n’est pas nécessaire d’insister sur le cas de l’Ukraine. Leur vision de l’histoire et de la puissance russe s’accommode très mal avec l’influence croissante de l’Occident dans ces régions. On imagine sans peine l’effet que doit produire sur ces élites l’idée d’une Ukraine ou d’une Géorgie membre de l’OTAN. L’affaire du bouclier anti-missile fait ressortir douloureusement la perte du glacis protecteur offert par le pacte Varsovie. Et s’y ajoute probablement la crainte de voir le précieux héritage nucléaire de la Russie devenir obsolète devant les avancés(peu importe la réalité technique, nous sommes dans le domaine du fantasme) en matière de défense ABM.

A l’inverse, il est difficile de nier la dimension idéologique de l’expansion indéfinie de l’OTAN et l’UE à l’est. Cette dimension est évidente dans les discours. Comment l’occident pourrait-elle avoir des intentions hostiles? Ne sommes nous pas du coté du bien, de la prospérité, de la démocratie? Comment ceux qui s’opposent à nous pourraient-ils être de bonne fois? Dans l’élargissement à l’est des piliers du monde atlantique, l’OTAN et l’UE, géopolitique et idéologie sont mélangées au point qu’il est bien difficile de faire la distinction.

Dans ces conditions, les frictions entre ces deux volontés antagonistes paraissent difficilement évitables. Mais sont-elles inévitables? Les relations entre la Russie et l’espace atlantique sont elle voués alterner entre phase de crise et brève accalmie. Ou existe il un moyen d’organiser une coexistence pacifique et même une coopération? A quel prix? Pourquoi?Ce sont ces questions qui vont nous occuper en ce mois de mai.

Billet publié simultanément sur Alliance Géostratégique.

L’Occident?

Voilà ce qui arrive quand il est tard et que le cerveau commence à divaguer.

La question de l’Occident, de son existence, de sa définition, de son impact géopolitique est un problème qui reviens fréquemment dans le débat politique contemporain. Elle n’est pas près de disparaître tant elle touche au cœur de ce qui fait notre identité et notre vision du monde. Parlez de l’Occident, c’est parler de nous mêmes et notre rapport au monde extérieur. Yves Cadiou, résident quasi-permanent du blog Théâtre des opérations (pour notre plus grand bonheur) est revenu sur le problème récemment.  Sa conclusion, le terme est dépourvue de signification et s’il désigne un réalité alors il faut lui trouver une nouvelle étiquette.

Alors que veut-on dire par Occident?  Bien des choses, quand on sait que certains observateurs incluent dans la catégorie  » Occident » des pays comme le Japon, on comprend beaucoup de question se pose. Pour certains, l’Occident ce sont des valeurs et des principes qui régissent une entité politique (démocratie, économie de marché, etc), ainsi on peut inclure le Japon et l’Australie sans grande difficulté dans cette catégorie. Le premier malgré son histoire et culture très différente du lieu de naissance du concept « Occident », le second malgré son éloignement géographie du lieu en question.  C’est une définition très large du concept qui n’est alors qu’un mot-valise pour signifier « démocratie », » économie de marché », « habeas corpus ». Une telle définition semble au fond assez proche d’une vision américaine, plutôt néoconservatrice, d’un OTAN global réunissant tout les démocraties du mondes en lutte contre la tyranie. Et on voit que définition du concept et jugement normatif sont fortement lié. En effet la le concept « Occident » suppose une solidarité entre les membres de la catégorie. Et selon que vous élargissiez plus ou moins le cercle de solidarité ou que vous niez son existence(donc niez l’existence de l’occident), vous aurez une vision de l’action politique internationale différente. C’est ce qui fait le poids politique et idéologique du terme, car si nous sommes membre de « Occident », alors nous partageons une même identité, nous sommes frères et donc nécessairement solidaire. Dans le discours  politique contemporain, plus qu’une réalité objective, l’ « Occident »  est un programme politique. Mais un programme dont le contenu varie selon la définition du terme que vous choisissez.

Voilà donc une première définition  possible.  Elle n’est pas fausse, en fait elle ne peut pas être fausse. Certains acteurs ont effectivement adopté cette définition. Mais à un niveau plus profond, elle renvoie à une autre définition de l’Occident. Car la démocratie, les droits de l’homme et le marché ne sont pas nés dans le vide. Ces objets sont le produits d’une histoire. C’est cette histoire qu’il conviens de faire pour saisir une autre dimension de « l’Occident ».

Au commencement était la Grèce. C’est là que l’idée de démocratie est né, le peuple de la cité décidait lui même de son destin. Le grecque s’est défini par rappor à l’Asie. Les auteurs antiques distinguait  volontiers les grecques farouchement indépendants des barbares orientaux. L’Asie est la terre du despotisme, de la luxure et de la folie. Pour les Anciens, le monde est hellénistique est au contraire le monde des valeurs viriles, de la liberté et aussi de la Raison. C’est chez les grecques que l’arme suprême des idéaux démocratiques est nés, la Raison. Alors l’Occident c’est les grecques? Non, il manque quelque chose.

La deuxième grande étape, c’est Rome et son empire. C’est là qu’est né le droit, condition indispensable pour avoir l’idée même de droit de l’homme. C’est par Rome que se transmet le vocabulaire politique qui va structurer jusqu’à aujourd’hui la pensée européenne. Mais l’antiquité gréco-romaine, est ce l’occident? Non, non pas encore.

Il faut un dernier élément, c’est le Christianisme. Il ne s’agit pas ici de faire l’histoire des interactions fort compliqués entre le christianisme et la pensée politique jusqu’à nos jours. On va s’en servir d’une autre  manière. En effet, à partir de la naissance du Christianisme va se définir un nouvel espace: la chrétienté. Au sein de la chrétienté, tous auront la conscience d’appartenir à un même groupe, une même communauté. Il n’y a pas de barbare entre chrétiens. Cette communauté s’étend sur un espace fluctuant: l’Europe. C’est au sein de cette chrétienté que part des chemins compliqués et obscures (n’excluant pas des passages par l’Islam) l’héritage greco-romain va faire son chemin et imprimer sa marque.

Et c’est alors que viens la grande rupture. Ou commence t’elle? Allez savoir, mais elle est là au XVIeme siècle. Ce que nous connaissons sous le nom d’Occident est né. La science et la pensé politique évolue, des idées nouvelles apparaissent, des nouvelles manières d’échanger et de produire. Les horizons s’élargissent et la chrétienté deviens Europe et étend son influence et ses idée sur le globe. Sa culture posera les pieds en Amérique, en Océanie, en Afrique et ailleurs. Alors, l’Occident, c’est ça? Une culture faite de divers strates historiques? En tout cas, c’est aussi comme cela qu’on peut le comprendre. Alors l’Occident s’étend sur les deux rives de l’Atlantique et dans quelques zones périphériques(Australie). En gros nous affaires un groupe  partageant un ensemble de codes culturels et se reconnaissant dans une histoire commune. C’est aussi un programme politique mais réduis à l’espace Atlantique et ses préoccupations.

Quelque chose fait tiquer. A partir du XVIeme siècle commence ce que les historiens appellent par convention « les temps modernes ». Moderne…C’est là qu’on découvre un problème.  Car dans ce récit, l’Occident est inséparable de la modernité. Comme l’aventure d’Atatürk le montre, on a souvent confondu les deux. La modernité passe par l’occidentalisation. On a bien du mal à faire la différence entre ce qui relève de l’inévitable sous-produit d’une transformation socioale(la modernité) et la part de culture (la contingence). Certains pensent que le Japon est la preuve qu’occidentalisation et modernisation  ne sont pas la même chose. Mais d’autres diraient qu’au contraire, le Japon s’est occidentalisé.  Et c’est alors que nous revenons sur notre première défintion. Est occidental ce qui est démocratique, capitaliste et individualiste (respect des droits de l’homme), c’est à dire moderne.

Viens alors  l’idée de balancer le concept par dessus bord. Il n’y  a pas d’occident, pas de solidarité atlantique (en tout cas justifié par une communauté de civilisation) mais une avant garde de la modernité que le reste du monde doit rejoindre. Le Japon, l’Europe et les Etats-Unis participent à cet avenir universel et ils ont même le devoir de faciliter sa progression. Et l’on en viens à l’impérialisme des droits de l’homme, mais ça c’est encore une autre histoire…

Un basculement géopolitique vers l’Asie? Tentative de réponse à Olivier Kempf

Sur EGEA, Olivier Kempf pose la question, malgré la crise y aura t’il un basculement géopolitique des affaires du monde vers l’Asie?

Ma réponse, que j’avais prévue de poster sur EGEA mais qui est devenue trop longue:

Si par Asie on veut dire extrême-orient et sous-continent indien, il n’y a pas de boule de cristal mais je pense honnêtement que oui. Souvenez vous de la crise asiatique, je lit encore des articles datant des années 98/2000 sur l’effet de la crise, à l’époque on s’était réellement inquiété pour l’avenir politique et économique de la région. C’était un véritable désastre. Finalement les années 2000 seront des années de croissance économique exceptionnelle et on verra le sacre de la Chine comme puissance mondiale.

Tout aujourd’hui peut tourner à la catastrophe évidemment mais ce n’est pas nécessairement le scénario le plus probable. Il est raisonnable de supposer que les économies asiatiques s’en remettront avec sans doute bien des difficultés et quelques moments acrobatiques. L’Asie a compris que le capitalisme était la voie du développement, il peut être libéral, étatisé, qu’importe. L’ère des grandes expériences façon grand bond en avant est terminé.
Il y a certes le très épineux problème du vieillissement mais il affecte les grands pays du continent de manière très inégale. Et les masses démographiques sont d’une telle ampleur qu’au fond, je ne suis pas certain que soit fondamental pour nous. 200 millions de chinois dans la classe moyenne c’est déjà plus de 3 fois la France et près de la moitié de l’UE.

Mais le poid économique suffit-il? Non évidemment, le Japon et l’UE en sont la preuve. Il faut d’autres éléments pour être le pivot des affaires du monde.

Deuxième élément, une volonté politique de se servir de ces nouvelles ressources pour acquérir une puissance globale. C’est tout à fait clair dans le cas de l’Inde et de la Chine. Ce sont des acteurs qu’on peut difficilement ignorer désormais. Et pour divers raisons, entre autre le prestige et l’influence, les puissances régionales de moindre importance suivent le mouvement. Par exemple, la Corée du Sud envoie un navire au large de la Somalie, de même que Taïwan. Autant de choses inimaginables il y a 20 ans…

Troisième élément, des tensions régionales significatives. Les triangle Inde/Chine/Pakistan, ou Chine/Japon/USA sont marqué par des relations ambiguës, la frontière entre hostilité et coopération est flou. Si la Chine est isolé, alors elle ne pourra jamais devenir la grande puissance rivale des USA à l’échelle globale. Si au contraire, elle réussie à prendre l’ascendant sur ces voisins, en attirant la Corée du Sud et l’Asean dans son orbite par exemple, peut être irons nous vers un système bipolaire.

Pour allez droit au but, l’avenir de l’Asie déterminera l’avenir du système international. Les relations entre les différents acteurs et bien entendu, leur relation avec les USA, sont la clef. Il n’y a personne d’autre, la Russie est hors circuit, l’Europe aussi, l’Amérique latine est encore loin, l’Afrique n’en parlons pas. Quand bien même les relations OTAN/Russie se mettraient à geler, jamais cette relation ne parviendra à elle seul à structurer l’ensemble du système comme à l’époque de la guerre froide. La Russie n’est plus assez puissante pour cela.

Mais en Asie tout est désormais possible. Et c’est en ce sens à mon avis qu’il y a basculement vers l’Asie. L’avenir ne se joue plus dans les pleines d’Europe centrale, ni même au moyen-orient, mais là bas…

La géopolitique, c’est quoi?

C’est une question qui mérite d’être posée, dans les médias le termes de « géopoliticiens » est fréquemment utilisé pour parler d’experts dont le domaine semble être les relations internationales, les problèmes de défense, ou l’étude d’une région particulière. De nombreux ouvrages de  « géopolitique » sont publiés. Si on lit toute ces productions, il apparaît rapidement qu’il est question de relations internationales, de stratégie ou plus généralement de politique de défense et une catégorie mixte qu’on appellera études régionales(par exemple: un expert du proche-orient, un livre sur l’Amérique Latine).

Exemple assez typique, les ouvrages du type « géopolitique de XX »(parfois un continent…), certes ces livres comprennent des cartes mais ils ne font pas de géopolitique.  Ce sont des ouvrages de géographies, d’économie, éventuellement d’histoire et même d’ethnographie et ils rendent des grands services mais leur titre pose problème.

Au fond, géopolitique semble désigner aujourd’hui tout ce qui a vaguement trait aux affaires étrangères.

Or il semble qu’à l’origine, « géopolitique » désigne tout autre choses. Si l’on prend un perspective historique, le terme apparaît au début du XXeme siècle sous la plume du suédois Rudolf Kjellen, ce dernier était très inspiré par un allemand, Friedrich Ratzel, auteur de Politische Geographie (géographie politique) publié en 1897 et aussi inventeur du concept de Lebensraum, l’espace vital.

Ainsi est né la géopolitique, un enfant hybride né de l’union entre la géographie et une science politique encore balbutiante. Il faut penser l’État et son devenir en l’étudiant avec la géographie.

Avec les anglo-saxons, McKinder et Spykman, on  passe à l’échelle globale et c’est désormais l’ensemble des relations internationales et la conduite des États qu’il faut penser à travers le prisme de la géographie.

Qui contrôle le rimland contrôle l’Eurasie.

Qui contrôle l’Eurasie contrôle le destin du monde.

Dans tout ces cas, de Ratzel à Spykman, les constats et les jugements normatifs se mélangent. Il s’agit tout à la fois d’étudier et de donner à sa patrie une stratégie. Mais quoiqu’il en soit les principaux éléments sont posés, il s’agit d’étudier des faits politiques et de les mettre en relations avec la géographie. La géopolitique par définition comporte une part de déterminisme géographique.

C’est pour cela que la fortune du terme géopolitique est problématique. Car en aucun cas la géopolitique ne se confond avec les relations internationales(branche des sciences politiques) ou à la diplomatie. Ce blog lui même participe à cette coupable confusion en multipliant les articles tagés ou catégorisés « géopolitique » par paresse et manque de rigueur, d’où la création du catégorie « relations internationales ».

Plus ou moins qu’une discipline, la géopolitique est une approche.  Elle part du postulat que la géographie est déterminante dans l’évolution du phénomène politique étudié. Il peut s’agir des relations internationales prises dans leur ensemble ou d’un État en particulier. Ainsi la thèse de Spykman sur le rimland conduit nécessairement à considérer que ces espaces intermédiaires entre le cœur eurasien et les îles périphériques constituent le cœur des relations internationales autour duquel l’ensemble du système va s’ordonner. Cette thèse permet donc d’expliquer (ou de justifier? C’est l’ambiguité…) l’intérêt constant des États-Unis pour l’Europe et l’Asie de l’est.Il s’agit donc d’un outil d’analyse des relations internationales mais il est loin d’être le seul, on peut aussi utiliser la culture, l’économie, le poids de l’histoire….

Il ne s’agit pas simplement de sémantique, laisser les termes dériver c’est prendre le risque de faire fausse route, d’embourber la pensée dans un marais. Il existe sans doute d’autres manières plus intelligente d’aborder le problème, cet article se veut donc d’abord et avant tout un appel à contribution. Qu’est ce que la géopolitique?