Le siège éjectable Afghan.

Après McKiernan, c’est autour du général McChrytsal d’être éjecté du commandement de l’ISAF. Son profil paru dans Rolling Stone faisait état de commentaire passablement désobligeant vis à vis de divers personnalités au sein du gouvernement américain. Le Vice-président Joseph Biden se voyait reproché ses sorties intempestives; Karl Heikenberry, l’ambassadeur des États-Unis à Kaboul, en prend pour son grade aussi, de même que l’envoyé spécial pour le Pakistan et l’Afghanistan, Richard Holbrooke. Par ailleurs, le président Obama quoique relativement épargné n’en sortait pas grandi. Une critique en règle et en publique de l’ensemble des décideurs civils (à l’exception d’Hillary Clinton au département d’Etat)  qu’elle soit du fait de McChrystal lui-même ou de ses conseillers pouvait difficilement passer. Car critiquer ainsi les personnes, c’est indirectement critiquer la politique du président.

Deux questions se posent, la première c’est qu’est ce que pouvait bien penser le général McCrystal en laissant passer un tel article, la deuxième c’est que penser de la situation afghane aujourd’hui.

En ce qui concerne la première. Cet incident ressemble à l’affaire Fallon, en 2008, Rolling Stone Esquire (un magazine du même style que Rolling Stone) consacrait un article à l’Amiral William Fallon alors en poste au Central Command, dans celui-ci il critiquait ouvertement la politique du président Bush vis à vis de l’Iran. Le résultat ne s’est pas fait attendre, Fallon fut contraint à la démission. Une différence, comme le rappelle Thomas Barnett est que le désaccord portait sur une question politique fondamentale, ici la politique ne semble pas directement en cause c’est surtout une critique désobligeante des différents protagonistes de la politique américaine en Afghanistan. Mais c’est finalement une différence assez secondaire, critiquer les personnes c’est critiquer la politique dans une certaine mesure. Pourquoi? Il peut s’agir d’une erreur soit des services de communication  ou de McChrystal qui aurait perdu le sens des réalités (politiques), ou est-ce une forme de suicide? L’erreur d’une manière ou d’une autre semble plus probable, comme le font remarquer bien des commentateurs, si le général voulait partir, il pouvait le faire d’une manière nettement plus grandiose. Dans le cas présent, c’est finalement une fin assez lamentable.

Sur l’Afghanistan, et bien tout cela est passablement déprimant. Tout d’abord les personnes. Les critiques de McChrystal et ses conseillers montrent en réalité la très grande fragmentation du dispositif diplomatique en Afghanistan. Si il n’y a qu’un seul chef militaire, il y en face, l’ambassadeur américain à Kaboul, l’envoyé spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan, le Haut-Représentant de l’OTAN en Afghanistan, et évidemment Washington avec le Président et son vice-président avec des idées arrêtées sur la question. Bref, cela fait beaucoup de monde et l’on ne sait pas qui dirige. L’harmonie entre ces différents personnages est complètement absente. Si au niveau militaire le commandement s’est finalement plus ou moins unifié, ce n’est pas du tout le cas au niveau diplomatique. C’est un motif récurrent des stratégies de contre-insurrection en Afghanistan, la partie civile de l’action civilo-militaire n’a tout simplement pas l’air de suivre.

En ce qui concerne le commandement, il n’y aura officiellement pas de changement de stratégie. Toutefois il est probable que le nouveau commandant, Petraeus, voudra faire sa propre revue de la situation et des changements sont donc possibles d’autant plus que la Maison Blanche sera dans une position de faiblesse face à ses demandes. Obama pourra difficilement se permettre de remplacer un troisième général, surtout Petraeus couvert de gloire après sa campagne irakienne.

Pour conclure, tout cela ne prête guère l’optimisme. L’objectif, pourtant modeste par rapport aux ambitions des premières années, de constituer une force locale capable de résister au taliban, semble bien difficile à atteindre.

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Débat AGS: La Russie, I

Le 25 avril 2005, Vladimir Poutine, alors président de la Fédération de Russie, déclarait que la chute de l’URSS était « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle ». Il n’y a pas beaucoup d’exemple plus spectaculaire de la différence de perceptions entre l’est et l’ouest de l’Europe. La Russie d’aujourd’hui n’est pas devenu une démocratie libérale contrairement aux espoirs du début des années 90. Sans doute était-ce une illusion de croire qu’il pouvait en être autrement compte tenu des facteurs à l’œuvre.

La Russie est différente, par sa masse d’abord, c’est le premier pays du monde par sa superficie avec 17 millions de kilomètres carrés, loin, très loin devant le numéro deux, le Canada et ses 9 millions de kilomètres carrés. Le tout est dispersé sur une dizaine de fuseaux horaires. Par sa population aussi, le pays le plus peuplé de l’Europe Occidentale, l’Allemagne compte 82 millions d’habitants, la Russie 142 millions.

Cette masse immense est sans aucun doute l’un des grands triomphes de la volonté humaine sur la réalité géographique. De Saint-Pétersbourg à Vladivostock les frontières du pays longent des espaces géographiques et culturels très diversifiés de l’Europe, Moyen-Orient, Asie centrale jusqu’à la Chine.

Pourtant, ces caractéristiques hors-normes de la Russie ne doivent pas nous cacher l’incontestable caractère européen de la Russie. En réalité la majorité de la population du pays réside à l’est de l’Oural et ses deux capitales historiques, Moscou et Saint-Pétersbourg, sont en Europe. Depuis, plus de 300 ans, la Russie est intégrée au jeux des grandes puissances européennes. Et non comme un partenaire encombrant bientôt victime des convoitises européennes à l’instar de l’empire Ottoman mais comme un joueur puissant avec qui il faut compter. La Russie des Tsars fait partie du concert des grandes puissances. Ses élites sont partie prenante des grands mouvements intellectuels qui traversent l’Europe tout au long des deux derniers siècles. Malgré les différences culturelles et historiques, il paraît difficile de nier le caractère européen de la Russie.

Européenne par la géographie et l’histoire, la Russie a pourtant pris un chemin bien différent du reste du continent. Alors que l’Union Européen et son ordre libéral s’étend presque sur toute l’Europe, la Russie suit son propre chemin, voulu comme celui d’une grand puissance avec ses impératifs et ses valeurs propres. Le langage est révélateur, aujourd’hui, il y a la « Russie » et « les européens ». Il est douteux que Napoléon ou Bismarck aient compris cette distinction.

L’éloignement se manifeste par une succession de crise qui intervienne à des intervalles de plus en plus courts:Kosovo, bouclier anti-missile, Ukraine, Estonie, Géorgie. Autant de sujets récurrents de disputes et même de conflits violents. Lorsque les chars russes entraient en Géorgie par une belle journée d’août, il fallait faire preuve d’un grand sang-froid pour ne pas trouver à cette sinistre affaire un désagréable parfum d’août 1914.

Il existe aujourd’hui deux thèses en apparence opposées pour expliquer ces divergences de plus en plus marqués et violentes. Pour les uns c’est l’Occident et les américains qui ont systématiquement violés leurs engagements en élargissant l’OTAN à l’est, portant ses frontière à 120 kilomètres de Saint-Pétersbourg, en installant des bases militaires dans des pays voisins de la Russie, en refusant de reconnaître ses intérêts spéciaux dans l’espace post-soviétique et qui tentent par tout les moyens d’affaiblir sa position. Pour d’autre, la Russie est gouverné par une élite autoritaire et corrompue obsédée par la nostalgie de l’empire soviétique, déterminée à reconstituer son ancienne puissance par tout les moyens et fondamentalement incapable d’accepter que ses anciens satellites soient autre chose que des vassaux.

Ce sont évidemment des caricatures et il existe des myriades d’analyses plus nuancées mais il s’agit là des deux grands pôles entre lesquels se répartissent les différentes versions des faits. Les deux versions ont évidemment des éléments de vérités mais se contenter d’une seule ne donne qu’une image très partielle de la situation.

Il incontestable que les élites dirigeantes, les fameux siloviki, c’est à dire les membres des « organes de sécurité » et plus particulièrement l’ex-KGB aujourd’hui FSB n’ont qu’une appréciation très modérée de la démocratie. Il coule de source que la chute de l’URSS ne peut pas être vue par eux comme un événement positif. On comprend donc que l’entreprise de restauration de la Russie passe pour eux par la restauration sinon de l’empire au moins d’une zone d’influence exclusive dans l’espace post-soviétique. Dans ce contexte il est difficile d’imaginer comment les hommes du Kremlin pourraient voir positivement le développement de l’influence occidentale dans cette espace. Espace qui est d’ailleurs dans bien des cas profondément lié à l’histoire de la Russie. Les pays baltes ont été intégrés à l’empire au XVIIIeme siècle, il n’est pas nécessaire d’insister sur le cas de l’Ukraine. Leur vision de l’histoire et de la puissance russe s’accommode très mal avec l’influence croissante de l’Occident dans ces régions. On imagine sans peine l’effet que doit produire sur ces élites l’idée d’une Ukraine ou d’une Géorgie membre de l’OTAN. L’affaire du bouclier anti-missile fait ressortir douloureusement la perte du glacis protecteur offert par le pacte Varsovie. Et s’y ajoute probablement la crainte de voir le précieux héritage nucléaire de la Russie devenir obsolète devant les avancés(peu importe la réalité technique, nous sommes dans le domaine du fantasme) en matière de défense ABM.

A l’inverse, il est difficile de nier la dimension idéologique de l’expansion indéfinie de l’OTAN et l’UE à l’est. Cette dimension est évidente dans les discours. Comment l’occident pourrait-elle avoir des intentions hostiles? Ne sommes nous pas du coté du bien, de la prospérité, de la démocratie? Comment ceux qui s’opposent à nous pourraient-ils être de bonne fois? Dans l’élargissement à l’est des piliers du monde atlantique, l’OTAN et l’UE, géopolitique et idéologie sont mélangées au point qu’il est bien difficile de faire la distinction.

Dans ces conditions, les frictions entre ces deux volontés antagonistes paraissent difficilement évitables. Mais sont-elles inévitables? Les relations entre la Russie et l’espace atlantique sont elle voués alterner entre phase de crise et brève accalmie. Ou existe il un moyen d’organiser une coexistence pacifique et même une coopération? A quel prix? Pourquoi?Ce sont ces questions qui vont nous occuper en ce mois de mai.

Billet publié simultanément sur Alliance Géostratégique.

Bruno Tertrais sur la France et l’OTAN

Article dans le monde:  La France dans l’OTAN: le mauvais procès.

En revanche, l’argument qui consiste à suggérer que nous nous rangerions de ce fait sous la bannière américaine, et que nous perdrions à la fois notre liberté de manoeuvre diplomatique et notre image de puissance indépendante, n’est pas fondé. Dire que nous ne serions plus en mesure de nous opposer à la politique américaine, ou aux requêtes de participation aux aventures extérieures de Washington, n’a pas de sens. Les décisions au sein de l’Alliance se prennent par consensus, et nos alliés européens tiennent tout autant que nous au maintien de cette règle. Et chaque pays membre reste maître de sa contribution militaire aux opérations communes.

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Entendre que nous prenons le risque, en réintégrant l’Alliance atlantique, de donner le sentiment de nous barricader dans un « camp occidental » laisse perplexe. Ceux qui avancent cet argument devraient aller jusqu’au bout de leur logique, et proposer de quitter l’OTAN ! Mais, surtout, cet argument ne tient pas compte d’une réalité politique : au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, ce n’est pas le statut exact de la France dans l’organisation atlantique qui compte, mais sa politique vis-à-vis des Etats-Unis et sa participation effective aux opérations communes. Quiconque a évoqué le sujet avec des responsables de mouvements islamistes afghans ou pakistanais sait que les subtilités institutionnelles de l’OTAN leur échappent. Ce qui compte pour eux est de savoir ce que fait la France en Afghanistan et si elle est, ou non, une alliée des Etats-Unis.

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Enfin, dire que notre voix porterait moins parce que nous serions intégrés revient à commettre un contresens. Au sein de l’Alliance atlantique, elle porterait au contraire davantage. Nous y serions en meilleure position pour défendre nos intérêts nationaux. Et l’entrée en nombre d’officiers français au sein des commandements de l’OTAN garantirait une meilleure prise en compte de nos conceptions en matière de défense et de sécurité. Au moment où l’Alliance s’apprête à mettre en chantier un nouveau concept stratégique, un poids accru de la France dans ses travaux serait un atout non négligeable.


Le débat AGS: L’OTAN

AfghanistanPendant un mois, l’Alliance Géostratégique va débattre autour de l’OTAN à l’occasion du sommet de Strasbourg-Kehl. L’éditorial pose déjà un ensemble de thèmes. C’est sans doute la question afghane qui va prendre le devant de la scène, l’administration Obama envoie déjà 17 000 hommes supplémentaires et semble tout à fait déterminé. Les discussions vont donc tourner autour de l’effort européens. Il est sans doute assez inutile de se faire des illusions sur la stratégie, celle-ci sera largement déterminée par la volonté américaine. Il peut difficilement en être autrement vue la disproportion des moyens et des motivations entre les deux rives de l’Atlantique.

Quelle pourrait être cette stratégie. Il n’y a pas de boule de cristal mais si l’on suit les discussions sur la question et les dernières modes, on peut sans doute se faire une idée.

Celle-ci tournera autour d’une accélération de l’effort de formations de l’armée afghane et surtout de la police afghane qui de l’avis général est dans un état désastreux. La question de la formation de la police n’avait semble t’il pas été pris assez aux sérieux. Or en étant en permanence présente au sein des communautés locales, celle-ci peut jouer un rôle clef.

Deuxième point, une réorganisation de l’aide au développement. Celle-ci sera sans doute organisé de manière plus systématique à travers le pays et à un niveau plus locale. Sur le plan national, un effort sera porté sur les infrastructures, notamment voir surtout les routes. Routes qui ont un triple avantage: fournir du travail à la main d’œuvre locale, faciliter les échanges commerciaux et bien évidemment faciliter les mouvements de troupes.

Troisième point, la lutte contre l’opium. Partie très délicate mais il semble y avoir un consensus pour dire qu’aucun progrès n’est possible tant que l’opium aura une telle importance dans l’économie locale. Elle finance en partie des groupes anti-gouvernementaux, fait passer des populations entière dans l’illégalité et la corruption induite sape l’autorité centrale. En bref, l’opium subverti l’État afghan.

Quatrième point, la poursuite des opérations aériennes de l’autre coté de la ligne Durand.

La grande inconnue est-ce qui sera fait de l’actuel président Karzai qui a été assez décevant. Son gouvernement a été marqué par une corruption au plus haut niveau(le frère du président lui-même étant impliqué) et il est de moins en moins coopératif. Par contraste, l’étoile montante est le jeune ministre de l’intérieur Mohammad Hanif Atmar. La prudence est de mise car le spectre de Diêm n’est pas loin…

Le grand problème est ce qui sera demandé des européens. Peut-être qu’à l’instar du Japon, il leur sera surtout demandé de fournir une aide civile et la formation de la police rentrerait très bien dans le champ de compétence européen. Cela aurais l’avantage d’éviter bien des remous transatlantiques sachant que toute façon les troupes européennes obtenues auraient des règles d’engagements limitant considérablement leur efficacité dans la plupart des cas.

Il y aura au cours de ce mois de débat, d’autres occasions d’en parler. Rendez-vous à une prochaine fois sur AGS.

Pourquoi faut-il réussir en Afghanistan?

Via The Stupidest Man on Earth, une proposition de réponse:

  • L’échec aurait un impact grave sur l’avenir de l’OTAN
  • Les talibans prennent le pouvoir
  • Coup d’État militaire au Pakistan
  • Al Qaeda récupère ses bases logistiques et frappe les États-Unis et l’Europe
  • On reviens donc à la case départ circa septembre 2001

Il y en à d’autre sur le blog en question mais c’est les plus intéressant.  Il y en a qui relève de la certitude,  les conséquences pour Al Qaeda. Actuellement contraint de se cacher au Pakistan, l’organisation ne dispose que de capacité limité de contact à l’extérieur. Il en serait tout autrement si elle était parfaitement libre d’agir en Afghanistan comme avant 2001. Ses membres auraient beaucoup plus de temps et une très grande liberté de mouvement pour organiser les bases et planifier des opérations de grandes ampleurs. Sans compter l’effet moral de l’échec de l’OTAN. La menace terroriste représenté par Al Qaeda serait sans aucun doute durablement relancée.

Plus compliqué, un éventuel coup d’État militaire en Afghanistan. Vue l’histoire du pays c’est tout à fait possible mais à vrai dire ce n’est pas forcement si négatif que cela. Le gouvernement civil ne semble pas plus capable de contrôler la situation que son prédécesseur militaire. Beaucoup plus grave serait une poursuite du processus de désintégration qui a toute les chances de se poursuivre que le maître d’Islamabad  soit en uniforme ou non.

La grande question est l’impact sur l’OTAN. Ce sera clairement l’échec d’une certaine vision américaine de l’alliance mais ensuite?Sans voir l’OTAN disparaître, il est probable que la tendance des pays d’Europe centrale et orientale (République Tchèque, Pologne, baltes) à chercher un lien de sécurité direct avec les Etats-Unis soit renforcé. A terme on peut se demander si on ne va pas vers une confrontation entre  un bloc central pro-américain et une triade Berlin-Paris-Rome pro-russe. Quoiqu’il en soit l’Afghanistan ne devrait pas créer de nouvelle tendance mais plutôt renforcer celle déjà à l’oeuvre.

Le Prince et l’Empire

l'empireLa plume et le sabre publie un nouvel article qui, conforme aux habitudes, ne manque pas d’être provoquant et d’inciter à la réflexion.

Il est soutenu que l’arrivée à la maison blanche de Barack Obama, loin d’être un évènement positif, sonne le glas de l’idée d’une Europe (des nations?) forte et indépendante. A cet égard, la présidence Bush aurait représenté une occasion unique de distendre le lien transatlantique.  Bush parti et remplacé par une administration sympathique, maîtrisant le jeu « multilatéral » avec un aspect lissé, très « européen », la fenêtre de tire se refermera inexorablement.

Est-ce vraiment le cas? Il ne fait aucun doute qu’ Obama aura des exigences importantes au sujet de l’Afghanistan.Sur ce sujet, il risque fort de s’opposer à une Allemagne récalcitrante accompagnée sans doute d »autres alliés. Un orage violent n’est donc pas exclure, d’autant plus que cette fois-ci les deux rives de l’Atlantique se ressemblent. Déceptions, malentendus et ressentiments de part et d’autre pourraient faire un cocktail détonnant.

Mais peu importe, l’hypothèse est plausible et il est donc inutile de sortir les boules de cristal, qui vivra verra. Ce qui est interessant, c’est la suite car c’est là que ce situe le problème fondamental.

US empirePour l’auteur, l’Europe a fait le choix de la vassalité après la guerre froide. L’UE,  loin d’être le vecteur d’un renouveau, est en fait un « cheval de Troie » au service de la puissance américaine. L’UE et l’OTAN font partie d’un même paquet et la politique actuelle de la France en est la preuve.  C’est un résultat visiblement regrettable de son point de vue( pourquoi? ).

La solution passerait donc par la réhabilitation de la puissance au niveau national, car lui seul permet l’adhésion des peuples,  couplée à une action intergouvernementale vigoureuse pour restaurer l’autonomie de l’Europe et défendre ses intérêts très différents des USA. Hasard curieux, c’est au même moment que il est question  du nouveau style intergouvernemental de la diplomatie française.

Tout cela mérite effectivement réflexion. Il y a plusieurs points intéressants . Le premier, la source de tout les maux sans doute, est l’affirmation que les intérêts divergent profondément entre les deux rives de l’Atlantique. C’est le point majeur, celui qui sous-tend l’ensemble car le débat serait difficile à comprendre  autrement. En quoi nos intérêts sont-ils divergents?

Vis à vis de la Russie, difficile à voir. Il y a débat sur l’attitude à avoir, pas véritablement sur le fond des choses. Nul n’a intérêt à voir une Russie puissante réaffirmant avec force ses droits sur son « étranger proche ». Des cyniques diront peut être que peu importe l’opinion des polonais pourvu que la France y trouve son compte, il s’agit probablement d’une vision à courte vue.

Vis à vis de du monde arabo-musulman, là encore difficile à voir. Il y a hélas des divergences d’appréciations mais fondamentalement le problème est commun. L’Europe et les États-Unis, comme le  reste du monde, ont intérêts à voir le terrorisme maîtrisé et l’approvisionnement en pétrole sécurisé.

En extrême-orient? C’est un problème essentiellement américain. Voilà bien longtemps que les européens ont perdu toute influence significative sur la région. Sauf cas extrême, l’Europe n’a rien à y faire.

Alors en quoi sont-ils divergents? Et si ces intérêts ne sont pas fondamentalement divergeant, pourquoi s’inquiéter de la prééminence de l’OTAN? Ce point mériterais donc plus de réflexion. Mais admettons, cela n’a pas beaucoup d’importance. Contentons nous de postuler qu’une Europe est nécessaire.

Visiblement, c’est l’option intergouvernemental qui est favorisé. Il est compréhensible d’écarter l’option communautaire ( autrement dit fédéral). En effet, il est sans doute impossible de mettre d’accord la totalité des États membres sur un sujet d’importance en politique extérieur. Et si c’est possible, les temps de réaction sont beaucoup trop long, sans parler des compromis bancales qui semblent parfois pire que le mal. Mais sacrifier le niveau communautaire semble lourd de conséquences. En effet, les nations sont naturellement porté à l’égoïsme à court-terme. L’actualité économique ne fait que le confirmer mais c’est encore une autre affaire. La structure communautaire présente l’avantage d’emprisonner la volonté des États, de sorte que les comportements les plus opportunistes sont théoriquement freinés. Nul frein de cette sorte dans un système intergouvernemental. Il est possible de rétorquer que la politique extérieur est rétif à toute « communautarisation ». Il est très raisonnable d’être enclin à penser cela. Mais dans ce cas là, un appel à une coopération intergouvernementale a encore moins de chance de succès. Cela vaut quelque soit la taille du groupe, les coalitions changeant de toute façons selon les sujets.

Il conviens alors de se débarrasser d’un mot qui a tendance à embrouiller la question: « l’Europe ».  Puisque  l’espoir fédéral est abandonné et que l’Europe des nations(c’est à dire la coopération intergouvernementale) est un oxymore, il faut parler de la France. C’est de l’indépendance de la France, de son avenir et de ses intérêts et uniquement d’elle.  Il ne faut pas se cacher derrière  l’Europe et parler des intérêts nationaux. Il s’agit de remettre la question sur la table:  quel est le meilleur moyen de garantir les intérêts de la France? L’UE est elle une fin ou un moyen?

Voilà les réflexions qu’inspire le dernier article sur le blog La Plume et le Sabre. Le propos manque de cohérence et n’est guère approfondie mais cela devra suffir pour l’instant.