Edito AGS:Naissance de la folie

MAD, mutual assured destruction ou autrement dit, destruction mutuelle assurée. Ce sigle représente à lui seul la guerre froide. L’idée selon laquelle les deux grands, les USA et l’URSS, disposaient de suffisamment d’armes nucléaires pour s’anéantir mutuellement, rendant ainsi inconcevable toute confrontation directe entre les deux puissances sur le théâtre européen.

Mais d’où viens cette expression et l’idée qu’elle recouvre? L’origine n’est pas évidente, MAD est l’un de ces termes qui apparaissent un jour, dans la seconde moitié des années 60 en l’occurrence, dans le langage courant sans qu’il soit possible d’en retrouver aisément l’origine.

Il semble que l’expression « destruction mutuelle assurée » et son acronyme, MAD, ait été inventé par un analyste, Donald Brennan, travaillant dans les années 60 au Hudson Institute fondé par Herman Kahn, le célèbre auteur de On Thermonuclear War. Brennan utilisait ce terme pour critiquer un certain courant parmi les partisans de l’arms control. Pour les partisans de ce courant, la dissuasion nucléaire devait reposer sur un nombre limité d’armes technologiquement peu évoluées des deux cotés, de sorte que la stabilité serait garantie puisque le nombre de tête n’évoluait pas et qu’aucune innovation ne venait changer la donne. La destruction mutuelle était donc assurée, par là même, la guerre nucléaire devenait très peu probable.

Savoir si oui ou non, la doctrine MAD fut la doctrine officielle du gouvernement américain fait l’objet d’un débat mais il semble bien que ce ne soit pas le cas. Même si cela n’exclue pas que la logique de la destruction mutuelle s’installe très largement dans les débats et les discours sur la stratégie nucléaire dès la fin des années 60.

Pourtant, dès son arrivé l’administration Kennedy annonça son intention d’abandonner la doctrine des représailles massives prônées par l’administration Eisenhower. Cette doctrine supposait qu’à toute attaque soviétique, les États-Unis répondraient par des frappes nucléaires. La nouvelle équipe au pouvoir désire une réponse plus flexible aux différents scénarios et entendait réaffirmer le principe de discrimination des objectifs: on vise des cibles militaires, pas des civils.

Ce débat paraît très éloigné de nos préoccupations ordinaires, même en ces lieux. Pourtant ce n’est pas le cas, comme chacun sait le président Obama a annoncé sa volonté de relancer l’effort de désarmement nucléaire. Actuellement les deux grandes puissances nucléaires possèdent encore plusieurs milliers d’engins nucléaires et des centaines de missiles. Ces chiffres étaient entre autre(car il ne faudrait pas exclure les logiques industrielles)rendu nécessaire par le besoin de survivabilité de l’instrument de dissuasion mais aussi de frapper des cibles précises (silos, bases aériennes, centres de commandement…).  Or précisément, il arrivera un moment où, dans cette effort de désarmement, le nombre d’engins deviendra si faible qu’il faudra nécessairement revenir à une logique explicitement anti-population.

Cela ne signifie pas pour autant que le désarment nucléaire n’est pas souhaitable, c’est un tout autre débat, mais l’ironie de la situation mérite d’être relever.

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Divagations sur le désarmement

Pourquoi les États acceptent le désarmement?
1) Parce que les dirigeants sont sensibles aux arguments éthiques?
2)Parce que les dirigeants s’ils ne sont pas sensibles aux arguments éthique, sont sensibles aux retombés médiatiques?
3)Parce que rationnellement, ils ont intérêt à prendre le risque de s’auto-limiter dans l’espoir de retirer un bénéfice de la conduite réciproque de leurs pairs?

Prenons un exemple au hasard, la convention d’Ottawa interdisant les mines anti-personnel. Pourquoi diable certains États ont accepté de signer la convention et pas d’autres?

Les mines anti-personnelles ont une utilité militaire certaine pour interdire l’accès à des zones ou au minimum relever le prix de l’accès à une zone(perte de temps, perte de ressources). Sur le plan tactique, elles peuvent être utiliser pour canaliser la force adverse dans certaines zones par exemple, sur le plan stratégique elles servent souvent à matérialiser une frontière. La France avait utilisé massivement les mines le long de la frontière algéro-tunisienne avec les lignes « Challe » et « Morice ».

Hélas, ce sont des machines douées d’un remarquable sens de l’équité et d’une patience à toute épreuve. Qui n’a pas vu ces images tragiques d’enfants mutilés au Cambodge ou ailleurs? C’est pourquoi un mouvement d’interdiction des mines anti-personnelles est nés où d’ailleurs les ONG jouèrent un rôle tout à fait remarquable.

Après plusieurs années d’efforts, la convention sur l’interdiction des mines antipersonnel est signé en 1997 et elle entre en vigueur en 1999. C’est ici que cela devient intéressant. A ce jour, 156 États l’ont ratifiés mais 39 ne l’ont pas fait.

Lire la liste des pays non-partie à la convention est tout à fait intéressant. Un certain nombre de pays sautent aux yeux: Chine, Inde, Pakistan, Iran, Israël, Etats-Unis, Corée du Nord et du Sud, Singapour, Russie, Arménie et Azerbaïdjan…

Oh, il y a bien quelques anomalies qu’on n’explique pas, par exemple la Mongolie ou la Micronésie. Pourquoi diable refuse t’ils de signer?

Mais sinon,  la liste des points communs sautent aux yeux. Ces Etats sont dans des situations particulieres. Ils sont souvent en conflits ou ont des rapports conflictuels avec leurs voisins. Et plus traditionnellement, leur approche de la force est résolument traditionnelle.

Chine: contentieux territoriaux avec le Vietnam et l’Inde. Grande puissance militaire.

Inde: contentieux territoriaux avec la Chine et le Pakistan.

Iran: sous la menace d’une attaque américaine. Et n’oublions pas le très désagréable souvenir de l’invasion irakienne.

Israël: Cela se passe de commentaire.

Corée du Nord et du Sud, la DMZ est l’un des endroits les plus dangereux au monde.

Arménie et Azerbaïdjan, l’un des conflits gelés du caucase.

Russie, en guerre assez fréquemment.

Singapour, petit pays dans une région armée jusqu’aux dents.

Finalement, on constate que ces pays n’avaient en fait aucun intérêt à signer cette convention. L’intérêt militaire est sans doute pour eux trop important pour qu’ils envisagent de s’en passer.

A l’inverse, la liste des pays signataires contiens des pays qui pour la plupart n’ont pas grand chose à perdre à signer un tel traité.

C’est une classification sommaire et ce n’est franchement pas rigoureux. Mais il y a tout de même une leçon évidente mais qui a tendance à être un peu oublié en ces temps « d’espoir » et de « changement ». Vous ne convaincrez pas un gouvernement à abandonner des armements  simplement en leur faisant des leçons de morales lorsque les enjeux sont réels.

Quand la France s’engage, cela ne revêt guère d’importance pour les dirigeants qui ne peuvent imaginer d’utiliser ces armes sérieusement de nos jours. Il en va tout autrement entre les deux Corée ou encore à la frontière de l’Inde et du Pakistan où les possibilités de guerre sont très réelles. C’est la situation politique qui détermine le désarmement et non le désarmement qui détermine la situation politique.