Le siège éjectable Afghan.

Après McKiernan, c’est autour du général McChrytsal d’être éjecté du commandement de l’ISAF. Son profil paru dans Rolling Stone faisait état de commentaire passablement désobligeant vis à vis de divers personnalités au sein du gouvernement américain. Le Vice-président Joseph Biden se voyait reproché ses sorties intempestives; Karl Heikenberry, l’ambassadeur des États-Unis à Kaboul, en prend pour son grade aussi, de même que l’envoyé spécial pour le Pakistan et l’Afghanistan, Richard Holbrooke. Par ailleurs, le président Obama quoique relativement épargné n’en sortait pas grandi. Une critique en règle et en publique de l’ensemble des décideurs civils (à l’exception d’Hillary Clinton au département d’Etat)  qu’elle soit du fait de McChrystal lui-même ou de ses conseillers pouvait difficilement passer. Car critiquer ainsi les personnes, c’est indirectement critiquer la politique du président.

Deux questions se posent, la première c’est qu’est ce que pouvait bien penser le général McCrystal en laissant passer un tel article, la deuxième c’est que penser de la situation afghane aujourd’hui.

En ce qui concerne la première. Cet incident ressemble à l’affaire Fallon, en 2008, Rolling Stone Esquire (un magazine du même style que Rolling Stone) consacrait un article à l’Amiral William Fallon alors en poste au Central Command, dans celui-ci il critiquait ouvertement la politique du président Bush vis à vis de l’Iran. Le résultat ne s’est pas fait attendre, Fallon fut contraint à la démission. Une différence, comme le rappelle Thomas Barnett est que le désaccord portait sur une question politique fondamentale, ici la politique ne semble pas directement en cause c’est surtout une critique désobligeante des différents protagonistes de la politique américaine en Afghanistan. Mais c’est finalement une différence assez secondaire, critiquer les personnes c’est critiquer la politique dans une certaine mesure. Pourquoi? Il peut s’agir d’une erreur soit des services de communication  ou de McChrystal qui aurait perdu le sens des réalités (politiques), ou est-ce une forme de suicide? L’erreur d’une manière ou d’une autre semble plus probable, comme le font remarquer bien des commentateurs, si le général voulait partir, il pouvait le faire d’une manière nettement plus grandiose. Dans le cas présent, c’est finalement une fin assez lamentable.

Sur l’Afghanistan, et bien tout cela est passablement déprimant. Tout d’abord les personnes. Les critiques de McChrystal et ses conseillers montrent en réalité la très grande fragmentation du dispositif diplomatique en Afghanistan. Si il n’y a qu’un seul chef militaire, il y en face, l’ambassadeur américain à Kaboul, l’envoyé spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan, le Haut-Représentant de l’OTAN en Afghanistan, et évidemment Washington avec le Président et son vice-président avec des idées arrêtées sur la question. Bref, cela fait beaucoup de monde et l’on ne sait pas qui dirige. L’harmonie entre ces différents personnages est complètement absente. Si au niveau militaire le commandement s’est finalement plus ou moins unifié, ce n’est pas du tout le cas au niveau diplomatique. C’est un motif récurrent des stratégies de contre-insurrection en Afghanistan, la partie civile de l’action civilo-militaire n’a tout simplement pas l’air de suivre.

En ce qui concerne le commandement, il n’y aura officiellement pas de changement de stratégie. Toutefois il est probable que le nouveau commandant, Petraeus, voudra faire sa propre revue de la situation et des changements sont donc possibles d’autant plus que la Maison Blanche sera dans une position de faiblesse face à ses demandes. Obama pourra difficilement se permettre de remplacer un troisième général, surtout Petraeus couvert de gloire après sa campagne irakienne.

Pour conclure, tout cela ne prête guère l’optimisme. L’objectif, pourtant modeste par rapport aux ambitions des premières années, de constituer une force locale capable de résister au taliban, semble bien difficile à atteindre.

La fin de l’histoire et le dernier homme, Francis Fukuyama

La fin de l’histoire et le dernier homme, paru en 1992, est l’un des livres les plus marquants des années 90. Il a certainement défini l’esprit d’une époque, celle de la démocratie triomphante et du nouvel ordre mondial, à l’heure où l’adversaire soviétique disparaissait.  La question qu’il pose est fondamentale pour l’avenir de l’ordre international.

Pourtant, c’est peut être cette valeur d’icône qui fait aujourd’hui le plus de tords à l’ouvrage de Francis Fukuyama. En effet, la fin de l’histoire est bien plus que le témoignage de l’esprit d’une époque. Écrasé par  son titre et les images associées (le maintien de la paix, le consensus de Washington, le droit international et les droits de l’homme), le livre est pourtant d’abord et avant tout une réflexion de philosophie politique.

A ce titre, il conserve encore aujourd’hui toute sa pertinence et son actualité. En effet,  le projet de Fukuyama est de démontrer que l’histoire a un sens et une fin. L’aboutissement ultime du processus historique doit être la démocratie libéral et capitaliste qui seule est capable de satisfaire les aspirations fondamentales de l’homme, c’est alors la fin de l’histoire car il ne peut plus exister de nouvelles formes politiques.

A l’appui de sa thèse, il fait remarquer qu’il n’existe aujourd’hui plus d’alternative légitime et universelle à la démocratie libérale. Il existe encore de nombreux régimes autoritaires mais aucun n’est véritablement capable d’affirmer un principe de légitimé indépendant du peuple. Presque tous les régimes autoritaires  font désormais référence à leur prétendue légitimité démocratique ou prétendent que la démocratie est l’objectif mais que dans l’immédiat des facteurs indépendants de leur volonté rendent  nécessaire le maintien de la dictature. De même, il n’existe aucune alternative valable au système capitaliste aujourd’hui et même des régimes officiellement communistes participent au système. Mais cette constatation empirique ne suffit évidemment pas. Pour démontrer que la démocratie libérale est la forme politique ultime de l’humanité, il faut montrer que la dynamique même de l’histoire humaine et du comportement humain doive nous faire aboutir à la démocratie libérale.

C’est un projet passablement ambitieux que Fukuyama tente de démontrer en deux temps. Dans une première partie il va chercher un sens à l’histoire. Deux  facteurs clefs démontrent, pour lui, que l’histoire a nécessairement un sens : la guerre et la science. Les Etats ont pendant des siècles vécus dans un état d’insécurité permanente. Pour survivre il fallait d’adapter et notamment, dès qu’une innovation  entrainait in fine un avantage militaire pour l’un, tous les autres  devaient suivre sous peine de disparition. La guerre est donc un puissant facteur d’innovation technologique et institutionnel en forçant les Etats à sans cesse trouver des nouvelles techniques et méthodes pour combattre et réunir les ressources nécessaires au combat. Or à partir du XVème siècle, l’émergence de la méthode scientifique vient changer la donne. Les innovations techniques permises par la science donnent des avantages considérables à ceux qui les trouvent et les adoptent le plus vite possible. Mais la science ne se développe pas dans un vide, elle est encastré dans une société avec un système économique et culturel particulier. Deux facteurs facilitent considérablement le développement scientifique pour Fukuyama, le premier c’est le capitalisme et le second la liberté de pensé. Le capitalisme donne un avantage car ce système offre une prime aux agents économiques capables d’innover le plus rapidement possible et le seul critère de succès est le profit. L’innovation est donc rapide et son intérêt est jugé rationnellement selon des critères objectifs. La liberté de penser est indispensable car il serait extrêmement difficile de faire des avancées significatives  si toute remise en cause du statut quo intellectuel était interdite. Donc, récapitulons, pour survivre les Etats doivent être forts, pour être fort il faut rester dans la course scientifique et technologique, or celle-ci suppose un ensemble d’attitudes et d’organisations sociales spécifiques qui font converger toute les sociétés vers un même modèle.

Fukuyama pense alors avoir démontré que l’histoire a un sens. L’humanité doit converger vers un système capitaliste avec un minimum de liberté de penser. Mais pourquoi est-ce que cela devrait-être une démocratie libérale ? Il existe de nombreux Etats autoritaires qui remportent des succès économiques extraordinaires. Les tigres asiatiques pendant leur période de forte croissance étaient tout sauf démocratique. Manifestement le capitalisme s’accommode très bien de l’autoritarisme et fonctionne peut être mieux avec car le gouvernement peut choisir la meilleur politique économique de façon rationnel sans s’encombrer d’un électorat.

C’est ici que les choses deviennent plus complexes et que la réflexion devient véritablement philosophique (aussi  le moment où il faut bien s’accrocher).Fukuyama va reprendre largement Hegel pour expliquer que la démocratie libéral est nécessaire car c’est le seul régime politique capable de satisfaire les aspirations fondamentales de l’homme. Hegel est le premier penseur de l’histoire universelle, celle-ci a un sens. Toutes les sociétés doivent converger vers un régime libéral. Elles peuvent être plus ou moins avancées sur le chemin mais il n’y a pas d’autres destinations. L’histoire humaine progresse de manière dialectique, c’est-à-dire par dépassement des contradictions. Un mode d’organisation des sociétés est affecté de contradiction qui rende sa destruction inéluctable puis il est remplacé par un nouveau régime qui dépasse la contradiction précédente mais qui est lui-même affecté d’une contradiction. La contradiction est une tension permanente entre deux tendances opposées et irréconciliables.

Très bien, mais ensuite ? Quel rapport avec la démocratie libérale ? Le rapport, c’est la dialectique du maître et de l’esclave. Pour Hegel, l’axe fondamental de l’histoire, c’est la dialectique du maître et de l’esclave. Présupposons un  homme à l’état naturel, pour Hegel, celui-cie  sera animé par un désir fondamental : celui d’être reconnu. Cette reconnaissance ne peut avoir lieu que lors d’un duel à mort, une bataille de pur prestige qui n’a pas d’autres objectifs que de montrer la supériorité d’un homme sur un autre. Le vainqueur devient le maître et le vaincu l’esclave. Mais le maître n’est pas satisfait, en effet il a gagné mais du même coup il est reconnu par un inférieur, quelqu’un qui a préféré la préservation de son existence à la victoire, ce qui tout de suite perd de son intérêt. Il faut chercher une reconnaissance d’une qualité supérieur, quête illusoire car il n’existe que deux choix : la victoire ou la mort. Et l’histoire commence.

Nous sommes à un moment clef de la réflexion de Fukuyama. Il va  analyser le désire de l’homme d’être reconnu (ce désir qui pousse à risquer sa vie dans une bataille de pur prestige) et en faire un moteur de l’action humaine. Ce désir d’être reconnu, Fukuyama va l’appeler thymos (mot grec signifiant « âme »). Pour Fukuyama, les grands philosophes politiques ont tous vu à un moment ou un autre le rôle majeur du thymos dans l’action humaine. Il s’inspire d’une distinction faite par Platon entre les trois parties de l’âme : la raison, le désire et la passion. L’homme est certes guidé par la raison et son désir mais aussi par le thymos, la passion. Le désir délirant d’être reconnu, d’avoir une dignité propre. Fukuyama fait remarquer que bien souvent l’action des princes antiques (on pense à Alexandre le Grand) semblait plus guider par le thymos, le désir de grandeur et de gloire, que par des considérations bassement matérielles comme la sécurité ou l’argent (donc la raison poursuivant le désir). Le thymos est la clef de « la fin de l’histoire et le dernier homme », c’est autour de cette notion que se développe ensuite l’ouvrage.

En effet le thymos, c’est quête éperdue de la dignité qui ne peut être obtenue que grâce à la reconnaissance des autres, est la source de toute vertu. C’est grâce à lui que la religion, l’art, la science, la politique même existe. Il n’existe pas de grande œuvre ou de haut fait sans thymos. Derrière toute action noble se cache le désir de reconnaissance de notre ego. Le thymos est nécessairement relatif et il existerait deux : l’isothymia et la mégalothymia. L’isothymia est la reconnaissance du caractère égale de chacun. Mais certain individus veulent plus, c’est la mégalothymia, le désir d’être reconnu supérieur aux autres.

C’est ici que le comprend comment la démocratie libéral vient s’insérer dans le schéma de Fukuyama. En effet si le moteur de l’histoire est le désir de reconnaissance alors la question fondamentale est comment trouver un régime politique capable d’assouvir le désir thymotique de chacun. C’est celui qui proclame l’égalité de tous, l’isothymia, et met fin au pouvoir des maîtres (aristocrates et despotes) : la démocratie. La démocratie marche d’autant mieux que le capitalisme fournit aux individus possédant un thymos important, voir une mégalothymia, un exécutoire à leur désire. Ils pourront devenir grands dirigeant d’entreprise, trader,  scientifique émérite et fort riche. La liste des activités possibles et capable d’occuper un ego surdimensionné dans la sphère économique est infinie. Ainsi, les individus les plus ambitieux et donc les plus dangereux sont détournés de la politique qui peut suivre son cours tranquille car la source de prestige n’est plus dans la politique mais dans l’océan illimité de puissance et de vanité qu’est le système capitaliste.

Mais ce régime ne possèdent-il pas lui aussi des contradictions internes insurmontables? Fukuyama identifie deux sources de problèmes possibles. Il y a pour lui une critique de gauche de la démocratie et une critique de droite. La critique de gauche aujourd’hui serait essentiellement une quête sans fin de l’égalité absolue. L’isothymia ne saurait être réel que si tous les individus sont parfaitement égaux même du point de vue des avantages génétiques. La passion sans limite de l’égalité aboutirait à la destruction du système. Une deuxième critique de gauche plus problématique est aussi possible. Cette critique de gauche réclamera l’égalité totale des créatures biologiques. En effet dans une société sans Dieu ni aucune autre prétention que l’isothymia, comment justifier l’inégalité entre les hommes et les animaux ?  Mais pour Fukuyama ces critiques ne sont pas les plus dangereuses.

Non, la plus grande menace pour la démocratie libérale c’est le nihilisme. En effet, le modèle parfait du citoyen de la démocratie libéral moderne voit son désir de reconnaissance satisfait. Il n’est alors que désir et raison et l’ensemble de son existence est guidé par la satisfaction de petits plaisirs rendant son existence plus confortable. En bref, il est le dernier homme de Nietzsche : entièrement préoccupé par son bien être personnel, indifférent au sort de ses concitoyens, ayant abandonné toute forme d’idéologie ou d’engagement fort. Le risque est alors que dans une société vide de sens,  des individus animés par un puissant désir de reconnaissance ne porte la logique jusqu’au bout. Et considère qu’une telle existence est dénuée de valeur…

Ce résumé rapide et simplifié suffit à convaincre que les questions fondamentales soulevées par Francis Fukuyama n’ont en rien perdu de leur pertinence aujourd’hui. Chacun choisira d’y répondre comme il l’entend.

Le budget de la défense et l’opinion

Secret Défense vient de trouver un sondage tout à fait intéressant sur « Les Français et la dette publique ».  Résultat: 45% des français estiment donc que s’il doit y avoir une réduction des dépenses publiques, le budget du ministère de la Défense doit baisser. Là où ça devient  plus intéressant c’est que 51% des hommes sont en faveur d’une réduction du budget de la défense en cas de restriction budgétaire contre 41% de femmes. En ce qui concerne l’age des personnes interrogés, il ne semble pas y avoir de clivage particulier ( des variations que quelques points mais rien de significatif).  Plus embêtant est la proportion des cadres supérieurs et professions libérales en faveur d’une réduction du budget de la défense (57%), elle est significativement plus élevée que la moyenne. On retrouve aussi le clivage droite/gauche avec 63% des sympathisants de gauche en faveur d’une réduction contre contre 34% à droite, pour les non-alignés c’est 42%.

Ces chiffres sont assez inquiétants et en même temps peu surprenants. Inquiétant parce qu’il montre que les soutiens dans l’opinion pour les armées sont finalement faibles. « Ne pas baisser la garde » est un discours qui ne marche que dans les milieux les plus politisés sur la droite de l’échiquier politique, une base singulièrement limitée. En dehors du clivage politique aucun autre groupe ne se distingue dans les réponses à l’exception des cadres supérieures, ce qui vue le poids particulier de ce groupe (les personnes ayant un rôle décisionnel significatif sont des cadres supérieures)  n’est franchement pas rassurant.

Peu surprenant finalement. Des sondages ont par le passé montré des résultats plus favorables, c’est qu’il y a une grande différence entre demander si quelqu’un veut un déjeuner gratuit (faut-il augmenter l’effort de défense?) et demander s’il faut sacrifier l’entrée, le plat principal ou le dessert (si on doit réduire le budget, où couper?). Entre l’enseignement ou la protection sociale et l’armée, le choix est vite fait dans un monde sans menace évidente et où l’armée est principalement engagée dans des conflits dont l’importance est contestée même au plus haut niveau.  En même temps, l’opinion conserve sa sympathie pour les soldats français mais ça, c’est sans douleur pour le porte-feuille.

De tout cela, on peut conclure qu’il faudra beaucoup de volonté politique pour que l’effort actuel se poursuive tout au long de la prochaine décennie et ce n’est pas vraiment une situation idéale. En un certain sens, les armées ont de la chance. Un bon nombre de programmes d’équipement majeurs tel que le renouvellement de la force de dissuasion nucléaire sont aujourd’hui pratiquement achevés. A ce niveau là, nous sommes un peu près tranquille jusqu’à l’horizon 2050. Malheureusement, il  reste plusieurs programmes clefs dont l’avenir risque d’être très incertain. Quel avenir par exemple pour le programme Barracuda, officiellement il devra remplacer les 6 SNA actuels mais vue son étalement ( premier exemplaire en 2016) , il ne serait pas surprenant que le nombre soit  réduit. Il subsiste encore des incertitudes sur le nombre final de frégates ou de rafales. Bref, en matière d’équipement il y a de quoi faire pas mal de dégâts. Mais une armée ce n’est pas que des équipements, ceux sont aussi des hommes qu’il faut former, les budgets dans ce domaine sont déjà contraint et manifestement ça ne va pas s’arranger. Enfin, c’est toute un infrastructure industriel qu’il faut faire survivre tant bien que mal si nous voulons conserver à l’avenir une certaine autonomie en matière d’armement (les déboires anglais avec le F-35 doivent nous servir d’avertissement dans ce domaine). Le grand drame de la défense est que les conséquences des choix fait dans les décennies 2000 et 2010 se feront sentir au-delà de 2050, dans un monde dont nous ne savons rien, alors que son budget doit se justifier au quotidien.

Profitons-en pour rappeler que le budget de l’État est un divisé en une trentaine de missions divisées en programme. La mission défense est dans sont ensemble menée par le ministère de la défense. Les crédits affectés à cette missions s’élèvent à 37 milliards d’euros dans la loi de finance 2010, le tout répartie entre 4 programmes. Pour les plus courageux, allez voir par là pour en savoir plus. C’est l’un des postes budgétaires les plus importants dans un budget qui s’élève à environ 350 milliards d’euros.

Avec des si…une discussion sur la guerre du pacifique

Il est commun de dire aujourd’hui que la décision japonaise d’attaquer les Etats-Unis en 1941 fut une folie. Face à la puissance industrielle de ces derniers, le Japon n’avais pas la moindre chance de réussir. De sorte que le 7 0écembre 1941, l’issue du conflit ne fait pas de doute. Cela prendra plus ou moins longtemps et ce sera plus ou moins difficile mais la fin est inéluctable. La décision d’entrer en guerre et en plus d’attaquer Pearl Harbour fut une erreur dramatique.

Pourtant cette vision des choses néglige un  certain nombre d’éléments. Lorsque l’élite politique du Japon s’engage dans la guerre ce n’est pas sur un coup de tête mais avec la conviction qu’elle a un couteau sous la gorge. Pour le comprendre il faut revenir en arrière à la fin du XIXème siècle. Le programme de modernisation de l’ère Meiji se résume à une formule choc “ nation riche, armée forte”, il n’a qu’un seul objectif: assurer la protection du Japon. Si le gouvernement Japonais s’engage sur la voie de l’impérialisme avec l’annexion de Taïwan puis de la Corée, c’est parce que celui-ci est perçue comme le passage obligé vers la sécurité et le respect des puissances “blanches”. A partir de là, le Japon avait devant lui deux chemins idéologiques. Soit il reniait son existence asiatique pour intégrer pleinement le club des grandes puissances européennes, soit au contraire il se faisait le champion de l’Asie face à l’oppression des blancs. Pendant plusieurs décennies la politique japonaise a oscillé entre ces deux directions, et dans une certaine mesure certain éléments de ce débat sont toujours présent aujourd’hui dans le débat autour de la politique étrangères du Japon. Au final, les deux options justifiaient la politique colonial du Japon.

Cette politique impérialiste avait des modalités particulières mais au final n’avait rien d’original. Le discours allemands sur la “sonderweg” et demande insistante d’”une place au soleil” ressemble beaucoup aux discours japonais avec à la racine le même sentiment s’insécurité politique et économique. Cette quête devait amener le Japon en Chine. Suite à la guerre russo-japonaise en 1905 Japon prend la place de la Russie en Mandchourie. Tokyo acquiert alors le joyau le plus précieux de son empire colonial. La politique chinoise du gouvernement japonais va désormais être guidée par une obsession: assurer le contrôle définitif de cette région et ces précieuses ressources naturelles. Mais il y a un problème, depuis la fin de la première guerre mondiale, la politique des grandes puissances coloniales est en train de changer. L’heure n’est plus à l’exploitation de la Chine et les ambitions japonaises en Mandchourie ne sont pas vues avec sympathie. En 1931 a lieu le célèbre incident de Moukden puis en 1932 est crée le Mandchoukouo, état fantoche qui sert de paravent à la domination japonaise sur le nord de la Chine. Le problème évidemment est que le nouveau gouvernement de la Chine réunifié de Tchang Kaï-check n’était absolument pas disposé à abandonner une si grande et précieuse partie du territoire chinois. Quand aux grandes puissances, elles n’étaient pas tellement mieux disposées vis à vis des ambitions japonaises. Pour régler ce problème insoluble, Tokyo eu une réponse assez classique: l’escalade. En 1937, c’est la guerre, l’armée japonaise envahie la Chine. Mais comme il arrive bien souvent, la guerre ne produit pas le résultat politique espéré et les forces japonaises se retrouvent entrainées toujours plus loin vers le sud pour tenter de briser la volonté chinoise et la couper de ses soutiens extérieurs.

La seconde guerre mondiale et l’effondrement des puissances coloniales d’Europe continentale offrent deux opportunités. La première est analogue à celle qui s’est offerte au Japon pendant la première guerre mondiale, choisir entre les Alliés ou l’Allemagne et s’emparer des colonies de l’adversaire pendant qu’il est occupé à l’ouest. Cette politique avait offert sur un plateau le pacifique centrale au Japon pendant grande guerre. La deuxième c’est de continuer l’isolement des armées chinoises en prenant le contrôle de l’Indochine à la faveur de l’affaiblissement français. Le problème dans les deux cas était l’hostilité des Etats-Unis. C’était hostilité avait été constante durant les années 30 et les actions japonaises au début des années 40 alors la faire monter d’un cran.

Parce que le Japon se trouvait embourbé depuis 3 ans en Chine, l’invasion de l’Indochine était très tentante. Par ailleurs, au cours des années 30, la scène politique japonaise était de plus en plus radicale. Le Japon avait fait son choix, le club “blanc” avait montré aux cours des 20 années qui avaient suivies la Grande Guerre qu’il ne voulait pas du Japon, du moins c’était ainsi qu’on l’interprétait. L’alternative était tracée. Puisque la grande lutte raciale entre les peuples blancs et asiatiques était inévitable, le Japon devait naturellement en prendre la tête et constituer un  grand bloc économique et politique asiatique dans les territoires libérés de la domination coloniale blanche.

Lorsqu’ après l’invasion de l’Indochine les Etats-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne imposèrent un embargo sur les matières premières, le Japon était au pied du mur. C’était 30 ans de politique chinoise qu’il l’avait amené à cet instant.  Accepter de reculer n’était pas une option acceptable, pas dans un monde où l’impérialisme et le contrôle des ressources étaient sensés assurer la survie du Japon. Bien des choix possibles auraient pu être fait mais dans une certaine mesure c’est le grand programme de l’ère Meiji: ‘”nation riche, armée puissante” qui avait amené le Japon en Indochine et aux portes du pétrole indonésien.  Autant dire que faire machine arrière relevait de l’impossible.

Alors il ne restait plus qu’à jouer un coup de dés. Les japonais étaient tout à fait conscients de leur infériorité. C’est bien pour cela que la marine impériale avait constamment mis l’accent sur la qualité des hommes et du matériel. L’Amiral Isoroku Yamamoto, commandant en chef de la flotte combinée, avait prévenue à l’avance. Il ne pouvait garantir qu’un an et pas au-delà. A partir de là, le calcul est simple à comprendre. Il faut frapper vite et très fort en privant les américains des moyens d’intervenir et en s’emparant le plus vite possible des objectifs. Le problème était que la stratégie globale reposait sur deux piliers: le premier était que les forces japonaises auraient de la chance, beaucoup de chance; le deuxième était que le gouvernement américain serait suffisamment malléable pour accepter une défaite.

Et la chance, les japonais en eurent beaucoup. En quelques mois ils s’assurent le contrôle de l’Asie du sud-est et frappe un grand coup à Pearl Harbour qui se déroula dans des conditions inespérés.

Mais ils n’en ont pas eu assez. Oui, l’aéronavale japonaise a porté un coup très dur sans aucune perte significative à Pearl Harbour. Mais derrière les chiffres et la surprise, l’opération est en réalité un échec. Les porte-avions n’ont pas été détruit, pas plus que les dépôts de carburant de sorte que la flotte peut toujours opérer à partir d’Hawaï. Même en ce qui concerne les grandes unités cuirassés, la situation n’était pas si dramatique car plusieurs d’entre eux purent être récupérées. Toutes les opérations ne pouvaient pas se dérouler aussi merveilleusement bien que l’attaque de Pearl Harbour. A chaque bataille, il fallait non seulement gagner mais obtenir des résultats décisifs. Le plan japonais en réalité commença à dérailler avant le célèbre tournant de Midway. En mai 42, la bataille de la mer de Corail fut le premier grand échec stratégique. Non seulement les japonais perdaient un porte-avions pour des gains insuffisants (un porte-avions américains) mais en plus l’objectif stratégique qu’était la prise de Port Moresby n’est pas atteint. L’isolement de l’Australie n’est pas réussi. La deuxième étape est évidemment Midway qui se passe de commentaire. La flotte japonaise est anéantie. Encore une fois la même logique est à l’œuvre, les américains peuvent se permettre de perdre. Pas les japonais qui auront beaucoup plus de mal à remplacer leurs pertes en pilotes et en navires. Le coup de grâce est donné avec l’échec de Guadalcanal. Là encore, il s’agit d’isoler l’Australie, pont d’envol d’une éventuelle reconquête américaine. C’est un échec avec là encore de pertes importantes pour les japonais.

Le grand problème militaire était que pour le pari japonais réussisse tout devait se dérouler comme prévue sans le moindre accros. Or dès le premier jour de la guerre ce ne fut pas le cas. Chaque échec, chaque navire ou pilotes perdus avaient une valeur bien plus lourde pour les forces japonaises que les forces américaines.

Pourtant, et si le pari avait réussi ? Et si tout avait marché comme prévue. Et si à Pearl Harbour les porte-avions de l’US Navy avaient été détruit (peut être avec des pertes japonaises) ? Et si les dépôts de carburant avaient brûlé contraignant la flotte à opérer depuis San Francisco ? Si Port Moresby avait été pris ? Et si enfin, Midway au lieu d’être un désastre c’était solder par un succès ouvrant la porte d’Hawaï (ce qui était possible aussi)? Et si après Midway, les japonais avaient tout de même réussie à l’emporter à Guadalcanal et dans les îles Salomon ?

C’est là qu’entre en scène le deuxième pilier de la stratégie japonaise. Il fallait Washington puisse accepter l’échec. Et pourquoi pas ? Si tout par un caprice divin s’était déroulé comme prévue, qu’aurait bien pu faire le gouvernement américain. L’Australie isolé par la barrière des îles du pacifique sud, l’US Navy repoussé à San Francisco avec plusieurs porte-avions perdus, Hawaï menacé ? La guerre aurait sans doute continué mais son issue aurait sans doute été bien différente. Il aurait fallu affecter des moyens considérables au théâtre pacifique, subir des pertes encore plus lourdes, se battre encore plus longtemps. Et finalement peut être accepter un compromis.

La décision d’entrer en guerre était un pari très risqué mais les dirigeants japonais, mis au pied du mur, ont considéré qu’ils n’avaient pas d’autres choix que de le prendre. Il est tentant de dire qu’il s’agissait d’une folie, pourtant un examen de la première année de la guerre du pacifique montre l’énorme rôle de la chance. La victoire et la défaite se sont souvent jouées à très peu de chose. L’histoire est pleine de ces miracles qui n’auraient jamais du avoir lieu.

Le PCC et la démocratie

Le 10 décembre était publié la Charte 08 signée par 303 intellectuels et militants des droits de l’homme chinois. Cette charte appelle au lancement de réformes démocratiques en République Populaire de Chine.

La réponse du pouvoir est d’une clarté rare qui mérite d’être saluée:

« Build a line of defence to resist Western two-party and multi-party systems, bicameral legislature, the separation of powers and other kinds of erroneous ideological interferences, » said Jia, who is also head of the Chinese People’s Political Consultative Conference (CPPCC), a largely toothless parliamentary advisory body.

« Consciously abide by the Party’s political discipline and resolutely safeguard the Party’s centralised unity, » ( source reuters )

Jia Quinglin, membre du bureau permanent du parti et président de Conférence consultative politique du peuple chinois,  numéro quatre du régime.

Source complémentaire: RConversation

Taiwan, la périphérie de l’empire

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Note:L’utilisation des termes Taïwan ou République de Chine ne signifie en aucun cas que l’auteur prend position sur la nature politique et culturelle de l’entité en question.

Depuis le 4 juillet, il existe une liaison aérienne direct entre la Chine et Taïwan. Auparavant tout vol d’origine chinoise vers Taiwan devait faire escale(largement symbolique, un simple touch down) soit à Hong-Kong soit à Macao.  C’est l’un de multiples indicateurs d’un réchauffement des relations entre les deux rives du détroit séparées par les glaces de la confrontation est-ouest depuis 1949.

Pourtant bien des incertitudes subsistent, avant de revenir à aujourd’hui passons par l’histoire.

Que Taïwan aujourd’hui ne soit toujours pas sous le contrôle du gouvernement de Pékin peut paraître une étrange anomalie qui avec la conversion au capitalisme du continent ne devrait plus avoir lieu d’être. Un bref regard vers le passé montre qu’en réalité ces périodes d’éloignement sont loin d’être une exception.

L’inclusion de Taïwan dans le monde chinoise est un évènement relativement récent. Originairement peuplé de populations aborigènes( peuples de l’Océanie), les premières vagues d’immigrations chinoises dates du XIeme siècle avec les Hakkas.  A cette époque, il n’existe aucune autorité impériale sur ce territoire difficile d’accès à cause des eaux turbulentes du détroits. Tant et si bien, qu’au XVIeme siècle les colonisateurs européens s’installent, portugais d’abord puis surtout hollandais pendant une cinquantaine d’années. Cette à cette époque qu’interviens la seconde vague d’immigration chinoise. Pour exploiter leur colonie, les hollandais fond venir du Fujian des travailleur chinois, ils deviendront les minanais. C’est ce dialecte qui prédomine aujourd’hui à Taïwan.

C’est seulement en 1662 que Taïwan fait son entrée dans l’orbite de l’empire mais d’une manière indirecte. Un général chinois connu sous le nom de Koxinga chasse les hollandais et s’installe. Il prétend à partir de Taïwan restaurer la dynastie Ming tombée sous les coups des mandchous. Il est finalement battu par les armées de la nouvelle dynastie mandchou, les  Qing, en 1683. Pékin administre alors directement l’île en tant que préfecture de la province du Fujian.Taïwan ne deviens une province qu’en 1885. Pour bien peu de temps.

En effet, à la suite de la première guerre sino-japonaise, le traité de Shimonoseki signé en 1895 cède Taïwan au Japon. Période ambivalente pour les taïwanais, c’est pendant celle-ci que démarre  le développement économique(chemins de fer, embryon d’industrie, etc) de l’île mais aussi une tentative d’acculturation par l’intermédiaire de l’éducation. La colonisation japonaise va  marqué profondément le pays pendant les 60 années suivantes.

Finalement, le Japon abandonne Taïwan et la suite est connue. Le KMT prend le contrôle à Taïwan et écrase les oppositions locales à l’occasion des massacres du 28 février 1947(wikipedia, neutralité disputée). Puis  défait par les communistes s’installent et 2 millions de réfugiés passent le détroit.  C’est le début de près d’un demi-siècle de domination du parti unique, le KMT. Chiang Kai-shek gouvernera  le pays en maintenant l’espoir de la reconquête, et la République de Chine subi progressivement un isolement diplomatique.

A partir des années 80 commencent un phase de libéralisation marqué à l’instar de la Corée du Sud par d’important mouvement de contestation et de revendications des droits de l’homme, à partir duquel émerge le parti d’opposition DPP, qui aboutisse durant les années 90 à une démocratisation complète.

Taiwan a donc une place particulière dans l’univers chinois, à la croisé des mondes: Chine,  Japon,  Occident…

La réunification est possible mais d’autre voies sont ouvertes selon les évolutions de ou des  identités des habitants. D’où l’importance des mouvements politiques actuelles. Comme un autre jeune démocratie asiatique, la Corée du sud, Taïwan est le théâtre de mouvements politiques  spectaculaires(manifestation à répétition, choc avec les forces de l’ordre, etc). Mais au-delà de ce qui semble être la marque d’une culture politique, il indéniable qu’il existe un conflit profond. Aujourd’hui, deux partis politiques s’affrontent:

  • Le DPP issu des mouvements pro-démocratiques des années 70/80 avec une perspective indépendantiste(pour ne pas dire nationaliste), ses partisans sont les verts.
  • Le KMT, l’ancien parti unique aujourd’hui converti à démocratie avec une perspective chinoise, ce sont les bleus.

Si le KMT  a une une certaine réputation de corruption dans les années de développement économique, il semblerait aujourd’hui que le DPP n’aie plus grand chose à lui envier dans ce domaine.

Quoiqu’il en soit le pouvoir semble aujourd’hui voué à aller et venir entre ces deux partis dominants éventuellement accompagnés d’autres petits partis. L’électorat est en général divisé de manière un peu près égale aux élections présidentielles comme dans beaucoup de pays démocratiques.

C’est aujourd’hui le KMT qui domine largement avec à la fois une très large majorité au yuan législatif et un président de la république affilié au KMT, Ma Ying-yeou. Une explication pour cette large domination est la lassitude de l’électorat après 8 années de domination du DPP. Ce dernier avec son président Chen Shui-bian ne s’est pas montré capable d’améliorer une situation économique dégradée depuis plusieurs années. Les promesses nationalistes ont manifestement échoué à mobiliser l’électorat plus pragmatique.

En revanche, les promesses du KMT d’une pacification des relations avec la Chine et donc d’un resserrement des liens économiques avec le continent, déjà important avec  plus de 100 milliards de dollars d’investissements taïwanais, a plus séduit.

Malheureusement la lune de miel risque d’être de courte durée. En effet les enquêtes de corruption sur le DPP se sont brusquement accélérées avec l’incarcération de l’ancien président et une intervention très visible du KMT dans le processus judiciaire (remplacement de juge…).  D’autant plus que les investigation sur les affaires du KMT n’ont pas particulièrement accéléré. Il y a donc un risque que le KMT subisse un retour de bâton.(article asia times)

Ce n’est pas d’ailleurs le seul sujet de polémique, la manière peu transparente avec laquelle est gérés les négociations avec le Chine Populaire avivant les craintes de l’opposition verte.

Les citoyens sont donc divisés sur l’avenir de la République de Chine les seuls points de consensus semblent être le maintiens du statu quo et la préservation des institutions démocratiques.

En attendant la chute…

aso-460_995994cTobias Harris, d’Observing Japan, publie sur Néojaponisme un excellent article sur la situation politique au Japon.

Depuis, 1993, année où pour la première fois de son histoire il perdit le pouvoir, l’agonie du partie libéral démocrate qui domine depuis 1955 se poursuit.

Rarement les premiers ministres se sont succédés avec autant de rapidité, jamais les enjeux n’ont été aussi important et la classe politique si manifestement impuissante.