L’armée russe, I

L’armée russe ou « l’armée soviétique de Russie »* ?

L’armée russe constitue aujourd’hui une force considérable avec plus d’1 millions d’hommes, 2700 avions, 190 navires et la charge de près de 3000 têtes nucléaires. C’est l’un des instruments les plus visibles  de la politique russe aussi bien à l’intérieur avec l’exemple de la guerre en Tchétchénie qu’à l’extérieur avec la guerre de Géorgie en 2008. Lorsque le gouvernement russe a voulu au cours des années 2000 signifier son retour sur la scène internationale avec une décennie d’effacement relatif, il a fait par l’intermédiaire de ses forces armées. Des bombardiers intercontinentaux ont recommencé leurs patrouilles et des navires  croisent dans les mers d’Amérique du Sud et de l’Océan Indien. Sur le plan interne, le début des années 2000 et l’arrivée de Vladimir Poutine semble pour beaucoup marquer l’avènement des Siloviki au pouvoir, les membres des structures de forces : FSB, ministère de l’intérieur et armée.

Ces développements posent la question de la place de l’armée dans le système politique et la société russe et son avenir. Derrière les gestes symboliques, quelle est la réalité ?

L’héritage soviétique.

Avec l’effondrement de l’URSS, l’ancienne République socialiste de Russie (RSFSR) aujourd’hui devenu la Fédération de Russie a hérité non-seulement des attributs diplomaties de russe comme le siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU  mais aussi une bonne partie du considérable appareil militaire soviétique. Ainsi dans le domaine militaire peut être plus qu’ailleurs, l’héritage soviétique domine à tous les niveaux.  La structure reste encore aujourd’hui la même, celle d’une armée de masse au sens du sociologue Karl Haltiner. C’est-à-dire basé sur un système de conscription dont l’armée tirait plus de 50% de ses effectifs avec un niveau technologique global relativement bas. Les matériels utilisés n’ont pratiquement pas changé, le nombre d’engins neufs reçus par les forces est extrêmement faible.  Enfin, l’héritage soviétique est encore présent dans les mentalités,  le corps des officiers n’a que peu été renouvelé et la «  mentalité de guerre froide » reste présente.

C’est un héritage peut  être vu comme une force, la nouvelle Russie hérite d’un potentiel militaire sans commune mesure avec ce qu’elle serait capable de financer aujourd’hui. Mais c’est une source de problème considérable. La découverte en février 2010 par des habitants de 200 chars abandonnés dans la forêt pas loin de Yekaterinburg est une illustration de ces difficultés. La fédération hérite en 1991 de  2,8 millions d’hommes, de la flotte sauf celle de la mer noire qui doit être partagée avec l’Ukraine, de toutes les troupes stationnées à l’étranger notamment les forces stationnées en Allemagne de l’Est et enfin de l’immense arsenal nucléaire soviétique. Toutefois l’accumulation des chiffres masquent le fait que le nouvel Etat russe n’hérite pas du matériel le plus moderne en raison du rôle de zone de réserve que jouait la RSFSR. Au total, 70% du matériel le plus moderne aurait été perdu ainsi. Les autres Républiques ont, à l’exception de l’Ukraine, demandé le départ des forces soviétiques qui sont pour l’essentiel identifié à Moscou c’est-à-dire à la Russie. Car, bien qu’officiellement soviétique, l’appareil militaire est dans une large part identifié aux russes. De sorte qu’au début des années 90, contrairement aux Etats baltes ou à l’Ukraine, le gouvernement russe n’a pas à construire un appareil militaire n’y s’assurer de sa loyauté à l’Etat. Son problème principal est d’abord de gérer le surdimensionnement de l’appareil militaire par rapport aux ressources de la Russie  et de s’assurer de sa loyauté au nouveau régime mais pas à l’Etat lui-même. Les deux questions vont se trouver liés dans les années 90.

De l’armée soviétique à l’armée russe

Au cours des années 90, la crise financière et la désagrégation des institutions vont considérablement dégrader l’état de l’armée. Pendant cette période, plusieurs tentatives de réforme vont tenter d’adapter l’armée au nouveau contexte. Ces efforts vont pour la plus part échouer mais les forces militaires ne connaîtront tout de même d’importantes mutations.

L’évènement le plus marquant est l’appauvrissement de l’armée russe alors même que l’Etat lui consacre une part considérable de ses ressources en 1992 avec 4.7% du PIB. Sur le plan matériel tout d’abord puisque presque rien de neuf ne sera reçu au cours des années, les hommes étant réduits à gérer difficilement des stocks considérables mais vieillissants. Les sous-marins de la flotte du nord sont un exemple dramatique et spectaculaire de cette dégradation,  beaucoup d’entre eux pourrissent au port avec des effets désastreux pour l’environnement. Plus grave encore, c’est l’appauvrissement des hommes. Ici comme ailleurs, la crise et la désorganisation qui s’ensuit touche durement et la corruption se développe. Le transfert des forces stationnées en Allemagne de l’Est sera pas exemple l’occasion de trafiques douteux organisés par des officiers. Pendant la première guerre de Tchétchénie le phénomène continue de se développer. Les rebelles sont armés en partie grâce à la complicité d’officiers russes corrompus. Dans les affaires les plus graves, on a même vus des officiers vendre leurs propres soldats comme otage. En 1996 et 1997 la situation financière est tellement grave que le versement de la solde pour les soldats a plusieurs mois de retard. Cette situation de pauvreté est durable : en 2002 46% des familles du personnelle du ministère de la Défense vivent sous le seuil de la pauvreté. Ces difficultés n’est pas propre à l’armée mais à l’image de la société russe qui a durement subi la transition. Et logiquement, cet état de fait a un effet négatif sur le moral des troupes. Pour faire face à la crise financière, les forces ont cherché des arrangements au niveau régional. Les commandants ont cherché des soutiens financiers auprès des gouverneurs en échange de service. C’est une résurgence d’une pratique ancienne, le shefstvo, qui remonte au début de l’époque soviétique. Cette pratique continue aujourd’hui mais sous le contrôle de Moscou. La Tchétchénie peut être vue comme l’aboutissement extrême de  la tendance à la régionalisation, une dissolution du pouvoir central, et la généralisation de la corruption.

Face à ces difficultés, le pouvoir est conscient que des réformes sont nécessaires et plusieurs tentatives seront faites dans les années 90. Certaines  aboutiront ainsi le PVO-Strany, la défense anti-aérienne du territoire russe, est fusionnée avec l’armée de l’air en 1997, de même la carte administrative militaire est révisé, les effectifs ont connu une baisse de 2,4 millions d’hommes, 580 unités ont été dissoutes. Mais l’Etat-major général conservateur est hostile et reste attaché au modèle d’une guerre de masse sur le front ouest. Face à cette opposition, Eltsine n’osera pas pousser très loin car il a besoin des forces armées. Celles-ci ne constituent pas un instrument aveugle du pouvoir politique mais ont leur place et leurs intérêts dans le système politique.

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