La mort, le soldat et la nation

Ce blog n’est pas tenu par un militaire, ni même par quelqu’un ayant une relation particulièrement proche de militaires. Par conséquent ce n’est sans doute pas le meilleur endroit pour évoquer un sujet délicat comme la mort d’un soldat au combat. Ces limitations admises par avance, le sujet sera tout de même abordé.

Il y a quelques semaines, Jean-Dominique Merchets sur son blog Secret-Défense, faisait une comparaison de la mortalité par profession. Il en ressortait par exemple que les pompiers mourraient plus souvent en service que les militaires.On aurait pu en rester là mais un article du Times (via Kings of War) du 12 décembre viens à point pour tirer de cet état de fait ce qui semble être une conclusion logique:

Every death, of course, as the Prime Minister likes to remind Parliament at Prime Minister’s Questions each Wednesday, is a personal tragedy. And it is true that in the first nine years of this century we have lost many hundreds of service personnel, killed in action.

We have also lost a comparable number of employees in the farming and construction industries — about 90 last year, also killed, if you will, in action. But we do not define these trades in terms of death or sacrifice; we do not count the coffins; they do not come to one place. Viewed over the last half century and in coolly statistical terms, a young person’s decision to sign up for the Armed Forces has not invited a greater career risk of death or serious injury than the decision to sign up for a career in railway lineside track maintenance.

Pour Matthew Parris, il faut admettre que militaire est carrière respectable mais que la mort en service d’un soldat volontaire n’est pas plus grave, n’a pas plus de force que celle d’un pompier (qui, c’est incontestable, fait un travail dangereux sans avoir droit à des funérailles nationales) . Ce serait une vision pragmatique des choses, l’armée est un outil parmi d’autre de la politique étrangère d’un Etat  et par conséquent la sacralisation de la mort du soldat serait un obstacle à la conduite pragmatique de la politique étrangère surtout quand cette politique s’est enfermé dans des dilemme peu satisfaisant.

Cela paraît pourtant une vision très limité de ce qu’est un militaire. Car la mort d’un soldat, pour dire brutalement les choses, is not a bug, it’s a feature. C’est à dire, que la mort dans une opération militaire n’est pas un regrettable accident qu’on aurait pu éviter, c’est un résultat attendu. Et c’est sans doute ce qui fait le caractère tout à fait spécial et unique de cette fonction. Mourir n’est pas l’exception, c’est la norme. Bien évidemment le nombre de mort au combat parmi l’ensemble des militaires français reste aujourd’hui très faible mais ce n’est pas au niveau quantitatif que ce situe l’enjeu mais au niveau symbolique.

Car c’est une chose de dire qu’il existe une probabilité de pertes humaines, dire que les pertes humaines relèvent de la certitude, qu’elles sont consubstantielles à l’activité militaire elle-même, en est une autre. C’est une première caractéristique qui distingue la mort d’un soldat, de celle d’un employé des postes. La deuxième est bien évidemment que le militaire agit et meurt en tant que représentant et instrument du gouvernement français.

La première caractéristique entraîne la nécessité de trouver un ensemble de mécanismes qui permette de justifier la mort au-près de la population évidemment mais surtout au-près du soldat lui-même. Les récits militaires sont plein de ces hauts faits d’armes quasi, et parfois même complètement suicidaire, accomplis par des militaires au combats. Ils sont à la fois les témoins et l’instrument du sacrifice. La mort du soldat ne peut pas être une mort normal, elle ne peut pas l’être quand elle résulte d’une volonté délibéré des dirigeants politiques et non d’un accident.

Il n’est pas possible de prétendre qu’un soldat n’est pas différent d’un autre fonctionnaire lorsque celui-ci tue au nom du gouvernement et meurt au nom du gouvernement sur l’ordre tout à fait conscient et délibéré du gouvernement. Nous ne pouvons pas ignorer en tant que citoyens que la guerre que nos avons choisis par  l’intermédiaire de nos élues, implique la mort d’un ou de plusieurs soldats. Nous en sommes responsables.

Un commentaire sur « La mort, le soldat et la nation »

  1. Bien vu, vous avez mis le doigt dans votre dernier paragraphe sur deux aspects importants, l’équilibre sacrificiel nécessaire au guerrier, et le sens de la violence légitime que le politique a pour fonction première de reconnaître et canaliser.

    Le guerrier (ici on considèrera que le soldat est sa forme moderne) tue et meurt! Il ne peut tuer qu’au risque de sa mort… même symboliquement lorsque le risque de se faire tuer et le fait de tuer ne sont pas « équitablement » répartis entre les membres de ses grandes organisations complexes que sont les armées modernes.
    Mais ce mythe sacrificiel n’a de sens qu’à un niveau « politique » (au sens de Carl Schmitt bien sûr!)

    Cordialement et bonne fêtes de fin d’année.

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