Avec des si…une discussion sur la guerre du pacifique

Il est commun de dire aujourd’hui que la décision japonaise d’attaquer les Etats-Unis en 1941 fut une folie. Face à la puissance industrielle de ces derniers, le Japon n’avais pas la moindre chance de réussir. De sorte que le 7 0écembre 1941, l’issue du conflit ne fait pas de doute. Cela prendra plus ou moins longtemps et ce sera plus ou moins difficile mais la fin est inéluctable. La décision d’entrer en guerre et en plus d’attaquer Pearl Harbour fut une erreur dramatique.

Pourtant cette vision des choses néglige un  certain nombre d’éléments. Lorsque l’élite politique du Japon s’engage dans la guerre ce n’est pas sur un coup de tête mais avec la conviction qu’elle a un couteau sous la gorge. Pour le comprendre il faut revenir en arrière à la fin du XIXème siècle. Le programme de modernisation de l’ère Meiji se résume à une formule choc “ nation riche, armée forte”, il n’a qu’un seul objectif: assurer la protection du Japon. Si le gouvernement Japonais s’engage sur la voie de l’impérialisme avec l’annexion de Taïwan puis de la Corée, c’est parce que celui-ci est perçue comme le passage obligé vers la sécurité et le respect des puissances “blanches”. A partir de là, le Japon avait devant lui deux chemins idéologiques. Soit il reniait son existence asiatique pour intégrer pleinement le club des grandes puissances européennes, soit au contraire il se faisait le champion de l’Asie face à l’oppression des blancs. Pendant plusieurs décennies la politique japonaise a oscillé entre ces deux directions, et dans une certaine mesure certain éléments de ce débat sont toujours présent aujourd’hui dans le débat autour de la politique étrangères du Japon. Au final, les deux options justifiaient la politique colonial du Japon.

Cette politique impérialiste avait des modalités particulières mais au final n’avait rien d’original. Le discours allemands sur la “sonderweg” et demande insistante d’”une place au soleil” ressemble beaucoup aux discours japonais avec à la racine le même sentiment s’insécurité politique et économique. Cette quête devait amener le Japon en Chine. Suite à la guerre russo-japonaise en 1905 Japon prend la place de la Russie en Mandchourie. Tokyo acquiert alors le joyau le plus précieux de son empire colonial. La politique chinoise du gouvernement japonais va désormais être guidée par une obsession: assurer le contrôle définitif de cette région et ces précieuses ressources naturelles. Mais il y a un problème, depuis la fin de la première guerre mondiale, la politique des grandes puissances coloniales est en train de changer. L’heure n’est plus à l’exploitation de la Chine et les ambitions japonaises en Mandchourie ne sont pas vues avec sympathie. En 1931 a lieu le célèbre incident de Moukden puis en 1932 est crée le Mandchoukouo, état fantoche qui sert de paravent à la domination japonaise sur le nord de la Chine. Le problème évidemment est que le nouveau gouvernement de la Chine réunifié de Tchang Kaï-check n’était absolument pas disposé à abandonner une si grande et précieuse partie du territoire chinois. Quand aux grandes puissances, elles n’étaient pas tellement mieux disposées vis à vis des ambitions japonaises. Pour régler ce problème insoluble, Tokyo eu une réponse assez classique: l’escalade. En 1937, c’est la guerre, l’armée japonaise envahie la Chine. Mais comme il arrive bien souvent, la guerre ne produit pas le résultat politique espéré et les forces japonaises se retrouvent entrainées toujours plus loin vers le sud pour tenter de briser la volonté chinoise et la couper de ses soutiens extérieurs.

La seconde guerre mondiale et l’effondrement des puissances coloniales d’Europe continentale offrent deux opportunités. La première est analogue à celle qui s’est offerte au Japon pendant la première guerre mondiale, choisir entre les Alliés ou l’Allemagne et s’emparer des colonies de l’adversaire pendant qu’il est occupé à l’ouest. Cette politique avait offert sur un plateau le pacifique centrale au Japon pendant grande guerre. La deuxième c’est de continuer l’isolement des armées chinoises en prenant le contrôle de l’Indochine à la faveur de l’affaiblissement français. Le problème dans les deux cas était l’hostilité des Etats-Unis. C’était hostilité avait été constante durant les années 30 et les actions japonaises au début des années 40 alors la faire monter d’un cran.

Parce que le Japon se trouvait embourbé depuis 3 ans en Chine, l’invasion de l’Indochine était très tentante. Par ailleurs, au cours des années 30, la scène politique japonaise était de plus en plus radicale. Le Japon avait fait son choix, le club “blanc” avait montré aux cours des 20 années qui avaient suivies la Grande Guerre qu’il ne voulait pas du Japon, du moins c’était ainsi qu’on l’interprétait. L’alternative était tracée. Puisque la grande lutte raciale entre les peuples blancs et asiatiques était inévitable, le Japon devait naturellement en prendre la tête et constituer un  grand bloc économique et politique asiatique dans les territoires libérés de la domination coloniale blanche.

Lorsqu’ après l’invasion de l’Indochine les Etats-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne imposèrent un embargo sur les matières premières, le Japon était au pied du mur. C’était 30 ans de politique chinoise qu’il l’avait amené à cet instant.  Accepter de reculer n’était pas une option acceptable, pas dans un monde où l’impérialisme et le contrôle des ressources étaient sensés assurer la survie du Japon. Bien des choix possibles auraient pu être fait mais dans une certaine mesure c’est le grand programme de l’ère Meiji: ‘”nation riche, armée puissante” qui avait amené le Japon en Indochine et aux portes du pétrole indonésien.  Autant dire que faire machine arrière relevait de l’impossible.

Alors il ne restait plus qu’à jouer un coup de dés. Les japonais étaient tout à fait conscients de leur infériorité. C’est bien pour cela que la marine impériale avait constamment mis l’accent sur la qualité des hommes et du matériel. L’Amiral Isoroku Yamamoto, commandant en chef de la flotte combinée, avait prévenue à l’avance. Il ne pouvait garantir qu’un an et pas au-delà. A partir de là, le calcul est simple à comprendre. Il faut frapper vite et très fort en privant les américains des moyens d’intervenir et en s’emparant le plus vite possible des objectifs. Le problème était que la stratégie globale reposait sur deux piliers: le premier était que les forces japonaises auraient de la chance, beaucoup de chance; le deuxième était que le gouvernement américain serait suffisamment malléable pour accepter une défaite.

Et la chance, les japonais en eurent beaucoup. En quelques mois ils s’assurent le contrôle de l’Asie du sud-est et frappe un grand coup à Pearl Harbour qui se déroula dans des conditions inespérés.

Mais ils n’en ont pas eu assez. Oui, l’aéronavale japonaise a porté un coup très dur sans aucune perte significative à Pearl Harbour. Mais derrière les chiffres et la surprise, l’opération est en réalité un échec. Les porte-avions n’ont pas été détruit, pas plus que les dépôts de carburant de sorte que la flotte peut toujours opérer à partir d’Hawaï. Même en ce qui concerne les grandes unités cuirassés, la situation n’était pas si dramatique car plusieurs d’entre eux purent être récupérées. Toutes les opérations ne pouvaient pas se dérouler aussi merveilleusement bien que l’attaque de Pearl Harbour. A chaque bataille, il fallait non seulement gagner mais obtenir des résultats décisifs. Le plan japonais en réalité commença à dérailler avant le célèbre tournant de Midway. En mai 42, la bataille de la mer de Corail fut le premier grand échec stratégique. Non seulement les japonais perdaient un porte-avions pour des gains insuffisants (un porte-avions américains) mais en plus l’objectif stratégique qu’était la prise de Port Moresby n’est pas atteint. L’isolement de l’Australie n’est pas réussi. La deuxième étape est évidemment Midway qui se passe de commentaire. La flotte japonaise est anéantie. Encore une fois la même logique est à l’œuvre, les américains peuvent se permettre de perdre. Pas les japonais qui auront beaucoup plus de mal à remplacer leurs pertes en pilotes et en navires. Le coup de grâce est donné avec l’échec de Guadalcanal. Là encore, il s’agit d’isoler l’Australie, pont d’envol d’une éventuelle reconquête américaine. C’est un échec avec là encore de pertes importantes pour les japonais.

Le grand problème militaire était que pour le pari japonais réussisse tout devait se dérouler comme prévue sans le moindre accros. Or dès le premier jour de la guerre ce ne fut pas le cas. Chaque échec, chaque navire ou pilotes perdus avaient une valeur bien plus lourde pour les forces japonaises que les forces américaines.

Pourtant, et si le pari avait réussi ? Et si tout avait marché comme prévue. Et si à Pearl Harbour les porte-avions de l’US Navy avaient été détruit (peut être avec des pertes japonaises) ? Et si les dépôts de carburant avaient brûlé contraignant la flotte à opérer depuis San Francisco ? Si Port Moresby avait été pris ? Et si enfin, Midway au lieu d’être un désastre c’était solder par un succès ouvrant la porte d’Hawaï (ce qui était possible aussi)? Et si après Midway, les japonais avaient tout de même réussie à l’emporter à Guadalcanal et dans les îles Salomon ?

C’est là qu’entre en scène le deuxième pilier de la stratégie japonaise. Il fallait Washington puisse accepter l’échec. Et pourquoi pas ? Si tout par un caprice divin s’était déroulé comme prévue, qu’aurait bien pu faire le gouvernement américain. L’Australie isolé par la barrière des îles du pacifique sud, l’US Navy repoussé à San Francisco avec plusieurs porte-avions perdus, Hawaï menacé ? La guerre aurait sans doute continué mais son issue aurait sans doute été bien différente. Il aurait fallu affecter des moyens considérables au théâtre pacifique, subir des pertes encore plus lourdes, se battre encore plus longtemps. Et finalement peut être accepter un compromis.

La décision d’entrer en guerre était un pari très risqué mais les dirigeants japonais, mis au pied du mur, ont considéré qu’ils n’avaient pas d’autres choix que de le prendre. Il est tentant de dire qu’il s’agissait d’une folie, pourtant un examen de la première année de la guerre du pacifique montre l’énorme rôle de la chance. La victoire et la défaite se sont souvent jouées à très peu de chose. L’histoire est pleine de ces miracles qui n’auraient jamais du avoir lieu.

Un commentaire sur « Avec des si…une discussion sur la guerre du pacifique »

  1. Je signale l’uchronie  »les oranges amères de Walta » de Nicolas Saudray édité en 1992 qui imagine une victoire germano-japonaise suite à une attaque de l’URSS sur plusieurs fronts en 1941, le Royaume-Uni est contraint de faire la paix car se retrouvant sans allié, une Amérique qui n’entre en guerre avec le Japon (l’Allemagne n’ayant pas fait l’erreur de s’engager aussi dans le conflit) qu’en décembre 1943 et qui perdant plusieurs batailles face à une marine japonaise, équipé de radars et qui ayant suivi les conseils de la Kriegmarine entreprend une guerre sous marine efficace, se retire rapidement du conflit suite à la mort prématuré de FDR, le peuple américain ne voulant pas se battre pour des  »colonies » Européennes.

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