Débat AGS: Le désarmement nucléaire et la politique.

Le désarmement nucléaire a refait surface ces derniers temps, pourtant les discussions donnent la désagréable impression d’isoler le nucléaire du contexte politique. De faire comme si le désarmement n’était qu’une question de contrôle, de vérifiabilité sans s’intéresser aux intérêts politiques des parties en présence.

Dès la fin de la seconde guerre mondiale et la démonstration de l’efficacité dévastatrice de la bombe A, la question du contrôle des technologies nucléaires s’est posés. En 1946, les Etats-Unis proposèrent avec le plan Baruch de placer la technologie nucléaire sous le contrôle de l’ONU et de détruire toute les armes atomiques. Ce fut un échec entre autre attribuable au manque de crédibilité de l’ONU dominé par les américains vis à vis des soviétiques. Question éminemment politique s’il en est. Ces derniers se chargèrent bien vite de mettre fin au monopole américains. Trois ans après Hiroshima, le 29 Août 1949, la première bombe atomique soviétique explose. La mécanique de la prolifération est en marche, si les soviétiques ont pu progresser si vite, c’est grâce à l’espionnage. A peine quelques années après sa naissance, la bête est déjà incontrôlable.

Si Washington ne pouvait pas empêcher les soviétiques d’avoir la bombe, alors il fallait au moins garder le monopole à l’ouest. En fait, il était d’autant plus important de garder le monopole  à l’ouest que l’URSS allait au cours des années 50 enfin être à même de frapper les USA directement. Il faut garder le contrôle de l’escalade et accepter des puissances nucléaires autonomes en Europe  va à l’encontre de cet objectif. Encore une fois se fut un échec, les Etats-Unis devront s’accommoder des bombes britanniques et surtout françaises. Le problème devient de plus en plus difficile avec le développement des applications civiles du nucléaire qui encore plus complexe le problème de la diffusion des technologies. En 1964, la Chine rejoint le club des puissances nucléaires.

Pourquoi tant d’intérêts pour ces armes? Pourquoi ces investissements colossaux? Parce que l’arme nucléaire apporte une rupture quantitative sans précédent. Là où les alliés devaient utiliser plusieurs milliers de bombardier et déverser des tonnes de bombes, un seul avion, une seule arme suffit désormais.  En rendant possible et économique la destruction totale d’un pays, l’anéantissement instantanée d’une armée, la Bombe altère radicalement tout les calculs  politiques et  militaire. Désormais, comme le démontrera la crise de Suez en 1956, il y a les puissances nucléaires et les autres. Le prestige attaché à la possession de ces armes, l’assurance qu’elles donnent contre une attaque mettant en cause la survie même de l’Etat justifient leur acquisition.

Pourtant, alors que la prolifération incontrôlée pouvait sembler inévitable, le traité de non prolifération signé en 1968 vient freiner le mouvement. Il limite à cinq le nombre de puissances nucléaires officielles et organise  un régime de contrôle de la technologie nucléaire. Malgré ses faiblesses, il a plus ou moins réussie, la plupart des signataires n’ayant pas franchie le seuil nucléaire. Mais aujourd’hui le monde doit tout de même compter avec 8 puissances nucléaires certaines plus le cas ambigu de la Corée du Nord. Le traité a été violé par trois Etats: la Corée du Nord, l’Iran et la Lybie.

Pourquoi alors que 189 Etats ont signés le traité de non-prolifération, d’autres trouvent intérêt à acquérir des armes nucléaires? C’est évidemment que le contexte politique joue un rôle primordial, c’est le premier constat. Il peut être intéressant pour les Etats de jouer la carte de la coopération. Pourquoi en effet se lancer dans une ruineuse aventure si il n’existe pas de menaces immédiates, qu’aucun autre pays n’est doté de ces armes dans la région considérée, qu’il n’y a pas d’aspiration au  leadership régional, que la puissance économique et militaire  relative du pays dans le monde exclue l’entrée dans le club des grandes puissances globales? Dans ces conditions signés le traités et s’engager avec ses voisins deviens intéressant. L’adhésion permet à la fois de bénéficier de  transferts de technologies et de développer les applications civiles et de garantir que les voisins feront de même.

A l’inverse si comme le gouvernement de la République Islamique d’Iran vous vous sentez menacés aux frontières et entouré d’ennemie, que vous aspirez à devenir la puissance dominante dans votre région où il existe déjà une puissance nucléaire hostile, et qu’en bonus le programme nucléaire renforce le prestige du régime à l’extérieur mais aussi à l’intérieur, l’équation change.  Si comme l’Afrique du Sud durant l’apartheid vous êtes isolés au niveau international, entouré d’adversaires en Afrique australe il est intéressant d’acheter une assurance, si les conditions politiques changent, ce calcul coût/bénéfice change aussi et le programme est abandonné.

Deuxième constat, si la Chine en 1964 pouvait obtenir la Bombe, si la Corée du nord peut aujourd’hui faire du chantage avec cette arme, si l’Afrique du Sud soumis à un embargo international pouvait tout de même arriver à un stade avancé dans son programme, il est douteux qu’on puisse véritablement empêcher un Etat qui le désire d’acquérir l’arme nucléaire. Il est possible d’en augmenter le coût en  mettant des obstacles, en sanctionnant les comportements jugés répréhensibles (mais par qui?) et donc d’altérer un peu le calcul coût-bénéfice. Mais ces cinquante dernières années ont amplement démontré qu’il était possible de persévérer sur  le chemin du nucléaire dans les pires conditions.

Par conséquent, il paraît assez vain de discuter du désarmement nucléaire en vase clos, en refusant de considérer le contexte politique plus large. Un véritable désarmement ne peut s’obtenir qu’en altérant les variables fondamentales du calcul politique. Il n’est pas surprenant que le pays qui dispose de la force militaire la plus écrasante entame le refrain du désarmement nucléaire, en toute logique ce n’est pas l’intérêt de ces rivaux qui eux modernise leurs arsenaux pour faire face à cette supériorité. Les grandes puissances craignent le pouvoir égalisateur de l’atome, au contraire tous ceux qui se sont insatisfait ou placé dans une situation qu’ils jugent intolérables veulent se pouvoir. Le désarmement nucléaire pour avoir une chance d’aboutir doit donc nécessairement prendre place dans une architecture globale de la sécurité mondiale qui prend en compte les intérêts des uns et des autres. L’actualité le confirme avec les allusions périodiques à un « grand bargain » entre les Etats-Unis et l’Iran qui redéfinirait intégralement les relations entre les deux pays. Le nucléaire ne cessera jamais d’être politique.

Un commentaire sur « Débat AGS: Le désarmement nucléaire et la politique. »

  1. Dans les années 60, quasiment tout les pays industrialisé caressaient plus ou moins l’idée d’un arsenal nucléaire, et certaines démocraties avait de fait un programme secret qui n’a pas sorti en place publique à l’époque.

    La Suède à eu au moins une bombe A de fabriqué en 1968, et la Suisse avait entreprit des démarches pour assurer sa neutralité aussi avec l’arme nucléaire.

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