Jomini et l’obsession terminologique

L’une des premières choses qui frappent chez Jomini est l’obsession des définitions, il existe une liste vertigineuse de termes avec chacun un sens précis. A chaque fois, non seulement Jomini définit leur sens mais en plus s’attache à démontrer en quoi il est nécessaire de le distinguer. Jomini dissèque les objets, distinguent les concepts sous-jacents et tire les conclusions. De la sorte, on apprend qu’un fleuve peut être à la fois une ligne de défense, un front d’opération, un front stratégique et bien d’autres choses encore mais malheur à celui qui confond toute ces choses. En fait, la structure par article du livre semble parfois trompeuse, on a plus l’impression de lire un dictionnaire. Cette obsession est intéressante. Pour Jomini, toute chose égale par ailleurs, mieux vaut un officier instruit avec des bons principes qu’un inculte.La définition fait partie d’un processus qui vise à établir un savoir scientifique (le terme étant utilisé plusieurs fois). Le suisse ne s’embarrasse pas comme Clausewitz d’une distinction entre l’étude de la guerre, démarche scientifique, et la pratique de la guerre, relevant par nécessité de l’Art. Pour lui, les principes de la pratique militaire doivent être dégagés scientifiquement. De ces principes généraux doivent découler logiquement une action et le général ayant mis toute les chances de son coté, les hasards de la guerre prendront ensuite  leur part.

Cela ne signifie pas pour autant que Jomini verse dans le dogmatisme et les excès scientistes. La guerre n’est pas pour lui une affaire de géométrie mais d’abord un “drame passionné”. Selon lui , les opérations de Napoléon “les plus brillantes semblent bien plus appartenir au domaine de la poésie qu’à celui des sciences exacts”. La guerre est “vive, hardie, impétueuse, peut être même quelque fois audacieuse”.Il n’en reste pas moins qu’il y a des principes et que Jomini utilise la géométrie quand il l’estime nécessaire.

3 commentaires sur « Jomini et l’obsession terminologique »

  1. Effectivement, quand on lit Jomini, on s’aperçoit que ses écrits ne sont pas fondamentalement très éloignés de Clausewitz. Je trouve l’opposition entre les deux est un peu artificielle. La guerre est décrite par eux selon un angle différent et à des niveaux différents. Ils « tatent l’éléphant » par un bout différent donc ils décrivent des visions un peu différentes.
    Concernant les définitions, il est vrai que c’est un peu poussé mais cela permet de bien poser les bases d’une future discussion et de critiques (parler de la même chose pour le même terme).

    Peut-être à bientôt dans Blogosphère de défense et de sécurité.
    http://blog-defense-recherche.blogspot.com/

  2. La systématisation très poussée des différents types et des facteurs de guerre sont peut-être l’une des raisons qui font qu’aujourd’hui Jomini a largement été oublié.

    Par contre son oeuvre se prête très bien à un article sur AGS dans le cadre du thème du mois consacré à la logistique😉

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