Typhon sur Tokyo

Le dimanche 12 Juillet 2009, pour la première fois depuis 44 ans le parti libéral-démocrate (PLD) a perdu le contrôle de la région de Tokyo. Désormais, l’opposition avec en tête le parti démocrate du Japon (PDJ[54 sièges sur 127]) détiens la majorité des sièges. Le Japon est divisé en 47 préfectures avec un gouverneur élu directement et une assemblée qui vote notamment le budget. La préfecture de Tokyo avec ses 12 millions d’habitants, au centre d’une mégapole de 35 millions d’habitants, poumon économique d’un pays relativement centralisé revêt une importance considérable. La défaite est si désastreuse que le Premier ministre libéral-démocrate, Taro Aso, s’est décidé à dissoudre  la Chambre des représentants qui est la chambre basse du parlement japonais, la Diète.

Cette défaite n’est pas une surprise mais l’aboutissement d’une dégradation continue de la situation pour le parti majoritaire depuis la démission du Premier ministre PLD Jun’ichirō Koizumi en 2006.  Le parti libéral-démocrate domine depuis plus de 50 ans la vie politique japonaise dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler “le système de 1955”, 1955 étant la date de sa création et de sa prise de pouvoir. C’est ce partie quasi-unique qui a conduit l’expansion économique du pays et mis en place les fondations de l’alliance avec les Etats-Unis. Si le système a pu fonctionner c’est que le PLD n’était pas un parti dans le style européen mais une coalition disparate d’intérêts dont l’objectif principal était la prise du pouvoir. Ces différents intérêts s’organisaient en factions plus ou moins importantes luttant pour l’influence au sein du parti et donc en pratique pour le contrôle du gouvernement. Toute ces factions entretenaient des liens avec les milieux industriels, notamment le BTP, et les fonctionnaires, entre autre le très puissant et indispensable MITI ( le ministère de l’économie).

Ce système resta pratiquement inchangé jusqu’en 1994, avec la crise économique qui fait suite à l’éclatement de la bulle immobilière des années 80 et l’arrivée d’une nouvelle génération en politique,  le partie explose en trois mouvements différents. Mais dès 1996, la situation est rétablie et le grand schisme de 1994 apparaît comme un intermède sans lendemain. Pourtant, le PLD n’a jamais retrouvé sa puissance d’antan et semble à la fin des années 90 essoufflé.  Mais en 2001, le parti semble avoir trouvé la formule magique avec Jun’ichiro  Koizumi. Charismatique et populaire, Koizumi s’impose comme l’homme du renouveau et de la réforme. C’est précisément cette politique qui va le mettre en conflit avec une partie de la base du parti. Le choc le plus violent aura lieu en 2005 autour de la privatisation de la poste qui avec ses activités financières entretiens des liens troubles avec les industries du BTP, l’administration et le PLD. Pour vaincre, Koizumi va dissoudre la chambre des représentants et exclure du parti les opposants à la réforme, les élections de 2005 sont finalement un triomphe pour le Premier ministre. Le LDP de la première moitié des années 2000 semble alors s’affirmer comme un champion de la réforme.

C’est en réalité impossible en raison de la nature même du PLD qui est une coalition d’intérêts en place: petit commerçant protégé par la réglementation, entreprises, bureaucraties… Autant de catégories que les réformes de Koizumi attaquent de front. Après son départ en 2006, les rebelles sont réintégrés et la parenthèse réformiste se referme.  Depuis 2006 les Premiers ministres se succèdent, trois en quatre ans, sans que le parti réussisse à définir une ligne d’action claire. Pire encore, une série de scandale ont gravement affecté sa popularité. Le pire de tous est incontestablement la perte de 50 millions de dossiers de retraite en 2007. La retraite de plusieurs millions de japonais avait tout simplement disparu dans les méandres du système.

Ces difficultés et  l’impatience croissante de l’électorat japonais (quand il n’a pas tout simplement déserté l’isoloir) ont aidé le parti démocrate du Japon a prendre l’avantage. Ce parti est issu de la fusion de plusieurs partis d’opposition en 1998   a ses propres divisions internes. En pratique sa vision de l’avenir du Japon n’est guère plus claire ou cohérente que celle de son rivale mais il a réussie à s’imposer comme le principal parti d’opposition et comme un parti de gouvernement crédible. En 2007, il est finalement devenu majoritaire dans la chambre des conseillers ( la chambre haute de la diète).

La défaite de Tokyo est donc pour le PLD la dernière étape d’une chute libre depuis 2006. Scandales et défaites électorales se sont accumulés et rendent désormais un peu près certain la victoire de l’opposition au élection du 30 août 2009.

Quels enseignements faut-il tirer des ces péripéties ? Le Japon est depuis les années 90 enfoncé dans une crise économique et politique dont il n’arrive pas à se sortir. La crise financière de 2008 a mis un terme à la timide reprise des années 2000 et replonge l’économie japonaise qui venait à peine de sortir du trou. Ces difficultés arrivent alors même que le Japon connaît un vieillissement très rapide qui va considérablement alourdir les comptes alors que la dette publique s’élève déjà à 170% du PIB. Il est donc clair que le Japon a besoin de réformes s’il veut se sortir de cette situation. Or jusqu’ici le système politique n’a pas été capable de trouver une solution.  L’émergence depuis la fin des année 90 du PDJ et sa victoire probable annonce t’il l’émergence d’un bipartisme? Peut-être mais ce ne sera pas une condition suffisante, le PDJ a lui aussi ses divisions internes et ses clientèles. Le sort des réformes est donc incertain.

Quoi qu’il en soit, les problèmes domestiques vont absorber l’essentiel de l’attention des japonais et de la classe politique. Il est donc peu probable que Tokyo puisse jouer un rôle très actif dans la région Asie-Pacifique et encore moins au-delà. Les ressources financières disponibles pour la force d’auto-défense se feront de plus en plus rare et une extension significative de ses capacités est assez peu probable. Une révision de l’article 9 de la constitution (la clause de renonciation à la guerre)  qui était déjà assez problématique dans le contexte politique actuel deviendra impossible si le PDJ gagne effectivement les élections. Bref, le retour du Japon militariste tant annoncé par les voisins du Japon (surtout Corée du Sud et Japon) devient très peu crédible.

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