Thème du mois AGS:Quelques considérations sur la stratégie navale

Les lecteurs réguliers du très bon magazine DSI savent que les marines asiatiques sont aujourd’hui en plein développement. Chaque année apporte son lot de nouvelles acquisitions, un sous-marin ici, un frégate là, un avion de patrouille un peu plus loin. Cette évolution fait  de la zone Asie-Pacifique, comme dans bien d’autres domaines, une région centrale dans le domaine maritime.

Ainsi, il semble bien que l’avenir de la stratégie maritime au XXIeme siècle se trouve en orient, un avenir qui semble tout ce qu’il y a de plus radieux. Mais quelles en sont les caractéristiques? SD s’est déjà penché sur le problème des différences entre la guerre sur mer et sur terre. De ces différences découlent naturellement d’un certain nombre de caractéristiques.

Tout  d’abord revenons d’abord aux caractéristiques fondamentales du milieu marin. A travers l’histoire deux caractéristiques majeurs expliquent la spécificité et l’importance de l’espace maritime. Premièrement, c’est l’uniformité et deuxièmement,  l’invisibilité.

Comme la déjà expliqué SD, l’uniformité du milieu permet des déplacements rapides sur de grandes distances avec des difficultés moindres que sur la terre. Le navire est donc un excellent instrument de transport. L’invisibilité  découle simplement de l’impossibilité de voir au-delà de la ligne d’horizon jusqu’au XXeme siècle. Cette caractéristique permet de se déplacer très rapidement sans que l’adversaire puisse prévoir les mouvements adverses.  Au final, ces deux facteurs rendent impossible la défense. Si l’on veut défendre un objet sur mer, la seule méthode efficace est d’attaquer ce qui le menace. Il faut obtenir la maîtrise de la mer avant de pouvoir utiliser la mer.

Il y a un troisième principe peut être plus mineure qui jusqu’au XXeme siècle fut vrai, la séparation des deux milieux.  Séparation assez malléable, à travers l’histoire on compte de nombreuses interventions de navires de guerres en soutiens à des opérations à terre. Mais cette séparation existait tout même. Au delà d’une fine bande côtière et d’une petite portion de mer en face des côte, la mer et la terre étaient deux domaines qui ne communiquaient pas. Sur terre l’adversaire de la flotte est la batterie côtière. Et pour l’armée de terre, l’adversaire, ce sont les cannons des navires.  Mais dans les deux cas, la portée est limitée et donc leur importance est marginale.

Mais au XXeme siècle, la technologie a tout changé. Ce dernier principe a pratiquement disparu à cause la troisième dimension. Et le deuxième principe, l’invisibilité, quoiqu’encore vrai, a tout de même subi de sévères aménagements.

Il est désormais possible de faire voler des avions sur plusieurs milliers de kilomètres pour frapper des objectifs en mer. De sorte que désormais, c’est un océan qui est a la porté de la puissance terrestre. Aujourd’hui un bombardier peut couvrir toute l’Atlantique Nord. L’inverse est vrai aussi, depuis la mer il est possible de frapper des cibles profondément à l’intérieur des terres, non seulement avec avions mais aussi avec des missiles tirés depuis des navires ou des sous-marins.

Enfin l’invisibilité a elle aussi été atteinte. Les radars, les avions de reconnaissance et les satellites compliquent la tâche. Si cela reste encore possible, les américains l’ont prouvé durant la guerre froide, le jeu est devenu incontestablement plus complexe. Mais la mer a encore plus d’un tour dans son sac et les sous-marins ont restaurés un peu cette invisibilité perdue.

Mais malgré tout les changements, c’est toujours le milieu qui détermine les grands principes de la stratégie et même peut être de la politique. Car la maîtrise de la mer ne se partage pas, soit un seul la possède ou personne. Cette exclusivité de la maîtrise de la mer explique peut être l’expansion constante des grandes marines d’Asie. Car entre le Japon, la Chine et l’Inde qui pourrait croire que l’un d’entre eux puissent tolérer l’idée  de vivre avec le couteau à la gorge? Si l’Inde veut que l’Océan Indien mérite son nom, par nécessité ce sera fait au dépend la Chine qui devra vivre avec une épée de Damoclès indienne sur son commerce. Si le Japon concède à la Chine une domination maritime, il devra accepter de voir son approvisionnement soumis au bon vouloir de son puissant voisin. La prudence conduit alors les joueurs à adopter des comportements qui ne peuvent être perçus que négativement pas les autres.

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