Mort à tout les poncifs

« Il n’y a pas de solutions militaires », c’est la phrase type, l’incantation, une fois cette courte phrase prononcée, la lumière chasse l’obscurité et tout devient claire. Nous avons un nouvel exemplaire de ce phénomène grâce au secrétaire d’État aux Affaires européennes, Bruno Lemaire.

« nous ne gagnerons pas militairement » Non, sans blague! Alors on a perdu? Dans ce cas là, pourquoi est on encore là bas?  Quelle est cette nouvelle vision du conflit? C’est d’autant plus stupéfiant, non, en fait complètement délirant, absolument inexcusable, car notre cher secrétaire d’État ne veut pas perdre de vue « l’axe stratégique: garantir notre sécurité en évitant que se reconstitue dans cette zone un  foyer terroriste« .

Mais où est la logique? Qu’est ce que cela signifie « gagner militairement »?Soit on gagne, soit on perd. C’est à se casser la tête contre le mur, peut importe qu’à chaque fois qu’un groupe de taliban se présente à découvert il exterminé aussi rapidement qu’un groupe de Vietcong. C’est dénué  de sens. On en reviens à la fameuse citation de Le Duc Tho (que je ne retrouve plus), peu importe que les américains n’aient jamais perdu une seul bataille, ce n’était pas là que cela se jouait.

Tout cela évidemment, ce sont des lieux communs pour ceux qui s’intéressent un peu  aux conflits irréguliers. Peu importe le body count, c’est l’effet politique qui prime, la lutte pour les consciences. Évidemment le fait de le dire ne transforme pas la réalité, derrière les principes il y a une application extra-ordinairement difficile et pleine d’ambiguïté.

Dire qu’il n’y a « pas de solutions militaires » ou un équivalent est dénué de sens. Bien évidemment il ne s’agit pas d’aller sur le terrain, déverser les bombes et faire des calculs statistiques pour savoir combien de taliban sont morts. Mais qu’est ce qu’on s’imagine? Que l’armée ne sert à rien? Qu’une fois avoir prononcé les mots magiques le problème va disparaître? Si on veut effectivement empêche la reconstitution de l’infrastructure terroriste d’Al-Qaida en Afghanistan, il faut trouver une solution politique à ce problème. Cette solution politique, à moins d’un miracle, passera nécessairement par une action militaire. La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Utiliser des soldats, lâcher des bombes, tuer des gens, c’est faire de la politique.Le monde n’est pas dans un état binaire ou les phases purement militaires et purement diplomatiques sont bien délimitées comme dans une présentation powerpoint. La violence et la menace de la violence sont une partie  partie intégrante du champ politique tout comme les négociations.

Alors, soit on renonce à l’objectif que l’on s’est fixé soit on accepte les conséquences. Dans le deuxième cas, on ne fait pas des déclarations ambiguës dépourvue de signification. Qu’est ce que les auditeurs de France-Inter ayant écouté Mr Lemaire vont retenir de son intervention? « nous ne gagnerons pas militairement », qu’est ce que cela signifiera pour eux?

L’arrière n’est pas un salon de thé sympathique où l’on peut débattre en toute tranquilité et raconter n’importe quoi. C’est un champ de bataille, le théâtre d’une lutte pour le contrôle de l’information. Celui qui fera passer son message gagnera et même les taliban comprennent cela, eux qui multiplient les contacts des journalistes occidentaux. Maîtriser les flux d’informations, c’est manipuler les perceptions de la réalité, c’est attaquer à la base l’ennemie en frappant sa volonté.

Alors, il serait peut être temps que le gouvernement se mette d’accord et qu’il contrôle l’expression de ses membres. Quel besoin a un secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes de faire le moindre commentaire sur l’Afghanistan et en plus de desservir les intérêts du pays avec des formules dépourvus de sens.

6 commentaires sur « Mort à tout les poncifs »

  1. Les diplomates francais vivent dans un monde fictif d’ONG, de médias, …d’irénisme et d’incompétence mélée pour tout dire.
    Ce qui nous vaut une réputation de « cheese surrender monkey ».
    Les Sri Lankais ont trouvé une solution militaire a la guerilla des Tigres Tamouls qui étaient autrement plus redoutables et structurés que les Talibans.Les Chinois occupent tranquillement le Tibet.Les Russes en finissent avec les Tchétchenes.
    Ceci dit il n’y a pas de solution militaire quand la moindre perte collatérale est exploitée avec avidité, choque un diplomate, et inhibe l’armée.
    Avec ses pratiques les alliés n’auraient pu gagner la seconde guerre mondiale.
    Le problème fondamental de nos nations est de faire une guerre meme petite en oubliant que la guerre est un état d’exception et que le droit doit s’adapter temporairement.On a le cadre juridique du temps de paix, aucune censure… et on est condamné a l’impuissance.
    Les USA gagneront la guerre en Afghanistan car ils ont eu 3000 morts.Nous sommes des touristes comme la majorité du reste de l’OTAN.

  2. Pour le coup, je ne serais pas d’accord. En admettant même que ce soit acceptable sur le plan éthique, nous n’avons pas les moyens matériels et humain de mettre en oeuvre ces solutions. Les soviétiques ne faisaient pas dans la finesse, même eux ont fini par comprendre qu’ils n’avait pas les moyens de ce genre de politique en afghanistan.

    Le Sri Lanka et la Tchétchenie sont des cas spécifiques.

  3. Les soviétiques n’ont jamais eu pour ambition de pacifier rapidement l’intégralité de l’Afghanistan mais de s’en assurer le contrôle des parties utiles et stratégique.
    Ce qu’ils ont fait avec succes malgré l’aide américaine et occidentale en missile Stinger, Milan et autres…
    Les Soviétiques pouvaient rester la bas indéfiniment et y employait des divisions de troisième zone bourrées d’appelés de populations non russes, plus quelques forces spéciales.
    Au prix relativement modeste de perte de 1500 hommes par an et de vieux matériels.
    On ne peut pas prétendre qu’ils ont perdu la bas.
    Ils sont parti à l’effondrement de l’URSS ce faisait que le motif qui les avait conduit la bas était caduque.
    Notre problème en Afghanistan est tout autre.Nous y avons un double problème de règles d’engagement et Pakistanais (déstabilisation et sanctuaire Taliban).

  4. « Les Soviétiques pouvaient rester la bas indéfiniment  »

    Mais c’est que nous aussi nous pouvons rester là bas indéfiniment. De même que les américaines au Vietnam, ou alors l’armée française en Algérie. Les forces de l’OTAN ne sont absolument pas en danger, Kaboul est hors de danger et il y a des alliés sur place.

    1500 hommes par ans n’est pas relativement modeste lorsque vous êtes impliqués dans un conflit d’un intérêt stratégique secondaire. Le contrôle de l’Afghanistan ne représentait pas quelque chose de vitale pour la sécurité soviétique. La facture total c’est 26 000 morts et 53 000 blessés.

    C’est toujours là même chose, ne pas gagner c’est perdre. L’insurgé a l’éternité devant lui, hors les cas de guerre civile, le contre-insurgé étranger lui ne peut pas rester très longtemps. L’arrière se lasse, le contexte stratégique change, les priorités changent aussi.

    A long terme nous sommes tous morts, dire que dans 30 ans on va gagner c’est sans intérêts aujourd’hui comme hier. Il n’y a aucun objectif en Afghanistan qui puisse justifier une tel investissement, pas plus pour les soviétiques que pour nous.

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