Du materiel plaqué or…

En lisant l’excellent Information Dissemination, on apprend que le prochain croiseur de l’US Navy dont le seul nom est CG(x) pour l’instant devrait coûter dans les environs de 6 milliards de dollars. Sachant bien évidemment qu’il ne s’agit que d’une estimation et que le programme n’a même pas encore véritablement commencé. Même s’il est admis qu’une bonne partie des frais de recherche et de développement plus les difficultés de mise au point seront amortis par le programme DDG-51( le destroyer de nouvelle génération), il est pratiquement acquis que le programme verra son prix dériver. La seule incertitude est l’ampleur de cette dérive.

Ce n’est pas un cas isolé, pour deux exemplaires le programme DDG-51 devrait atteindre la sympathique somme de 7 milliards de dollars.

Et il ne faudrait pas croire que cela ne touche que l’autre coté du lac. Après tout, les frégates de défense aerienne Horizon dépassent pour chaque unité la sympathique somme d’un milliard d’euros.

Il ne faut pas se faire d’illusions, les armées ont toujours coûté à l’État une fortune colossale. On peut même dire que la naissance de l’état-nation moderne est l’histoire d’une recherche constante  des fonds nécessaires à l’entretien des armées.

Il y a donc une certaine démagogie à vouloir dénoncer le coût pharamineux des engins de guerre moderne. Certes on pourrait sans doute acheter plusieurs centaines de chars Renault B1 avec son successeur du XXIeme siècle, l’ AMX-56 Leclerc. Mais les capacités offertes par ce dernier  valent sans doutes la centaine des premiers.

Mais tout de même. Le prix colossal des armements occidentaux laisse songeur . La quantité est une qualité en soit, surtout lorsque la science ne nous permet pas encore de nous affranchir de la géographie.  D’autre n’ont pas fait notre choix, un avion de combat Su-30  d’origine russe a un prix significativement inférieur à celui de ses homologues occidentaux pour des performances qui restent honorables(ne retrouvans plus les chiffres, cela doit être aux environs de 40 millions d’euros, à comparer aux 60 millions d’un Rafale).

S’il est acquis que les armées sont et resteront un luxe hors de prix, on peut tout de même se demander s’il est bien sage de tout miser sur du materiel  très couteux, difficilement remplaçables et surtout ne possèdant pas le don d’ubiquité. Les approches russes et chinoises tant critiquées pour leurs retards technologiques ne sont elles pas plus raisonnable? Posseder 4 navires au lieu de 2 ou encore 10 avions au lieu de 5 donne certainement plus de souplesse.

Il ne faudrait pas croire qu’il s’agit là d’un débat théorique sans grande importance en l’absence de grands conflits classiques. Il suffit de penser à la situation afghane où les forces de l’OTAN font face à un manque chronique d’hélicoptères. La situation n’est pas près de s’arranger pour la France qui s’apprète à faire l’acquisition d’helicoptères de transport NH-90 très sophistiqués et surtout très chers sans être capable de remplacer la totalité de la flotte. Il semble assez claire que la recherche constante de la meilleur machine va se traduire pas une réduction nette des capacités de transport. Pendant ce temps là, on fait appel à des hélicoptères russes…

12 commentaires sur « Du materiel plaqué or… »

  1. Oui, j’ai honte de mal penser… La quantité est une qualité parfois. En vous lisant, je repense au front de l’Est pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et aussi , à Heinz Guderian, qui vers la fin de la guerre, avait proposé de produire plus de simples canons, et moins de gros blindés couteux (idée refusée par son chef) pour tenter de stoper la vague rouge.

  2. Un bon exemple, les allemands étaient assez coupables dans le genre. La perfection technique n’est pas forcement le bon choix, « good enough » est parfois une meilleur option. C’est en tout cas l’idée de SecDef, Gates, et il n’a sans doute pas tord.

  3. Au XXe siécle, les pays occidentaux se sont habitués à posséder des moyens financiers importants qui ont permis une avance technologique systématique par rapport à d’autres nations moins fortunées, tout en conservant de la quantité. Seulement, ces temps sont visiblement révolus. Nous agissons peut être comme des bourgeois désargentés qui refusent de passer de la BMW à la Peugeot.

  4. A l’idée de posséder deux parcs d’hélicoptères de manœuvre, l’un doté de NH90 très chers et l’autre de machines plus rustiques et moins coûteuses, il m’a été répondu qu’il est préférable d’avoir un plus grand nombre d’hélicoptère de haute technologie (NH90) capables de remplir toutes les missions (efficacité) plutôt qu’un parc plus réduit de NH90 avec un parc de machines plus « rustiques ».
    A l’heure où le contrôle de gestion est si à la mode dans nos armées, sans pour autant que ses chefs en comprennent réellement la finalité et les moyens, il est intéressant de considérer les trois concepts qui sont à la base du contrôle de gestion: efficacité, efficience et pertinence.
    L’efficacité se mesure en comparant les objectifs et les résultats; c’est ce concept qui a guidé depuis des siècles les décideurs, et qui continue à les aveugler.
    L’efficience met en regard les moyens et les résultats, et la pertinence compare les moyens aux objectifs.
    Pour gérer au mieux ses moyens en fonctions de ses objectifs, il faut un équilibre entre efficacité, efficience et pertinence.
    En effet, faire du transport logistique dans des zones faiblement dangereuses avec un hélicoptère ultra performant, ça coûte cher et ça empêche d’optimiser l’utilisation de cet hélicoptère là où il serait le plus pertinent.
    De la même manière, employer une frégate anti sous-marine équipée de systèmes de combat et armée d’un équipage nombreux est efficace contre les pirates somaliens armés d’AK 47, mais ni pertinent, ni efficient…

  5. Oui, c’est tout à fait le problème. On part du principe qui peut le plus peut le moins. Par conséquent il serait tout à fait logique d’utiliser des moyens hors de prix pour traiter des problèmes rustiques. Tout cela laisse passablement songeur.

  6. Je crois que vous surestimez comme beaucoup la hausse des prix des matériels depuis un siècle
    En vérité la R&D coute et doit être décomptée du prix marginal car c’est un investissement de souveraineté. Investir 7 milliards de $ sur les 2 premiers DD51 dont 5 en R&D et industrialisation n’est rien quant on parle de l’épine dorsale de la flotte de surface US hors porte-avions pour les 30 ans a venir et qu’on a près de 400 milliards de $ de budget annuel.
    Si on parle du cout marginal des matériels (le cout d’une unité supplémentaire) on s’aperçoit qu’il n’a pas tant varié que cela même si il a augmenté en général avec les performances , la complexité et la durée de vie (un avion d’aujourd’hui dure 10 fois plus).
    Il ne faut pas oublier qu’il y a l’inflation naturelle de 2% annuel en moyenne (et qui a parfois été bien plus haute) c’est-à-dire +50% en 20 ans. Ensuite un deuxième facteur d’inflation qui est le cout du travail qui a explosé avec les retraites et la sécu.Puis la TVA qui n’a pas toujours existée et dont l’argent revient a l’Etat.
    Si on fait abstraction de ces facteurs on peut alors travailler sur les prix réels.
    Et la on s’aperçoit que les budgets de défense ne sont qu’une fraction de ceux qu’ils étaient même en temps de paix il y a 50 ou 100 ans. La France ne dépense plus 8, 6 ou 4% du PIB à sa défense comme par le passé mais 2% et à l’intérieur de ces 2%, le budget des fabrications à plus diminué encore que le budget défense (la part des personnels est bien plus élevée).Que les matériels ont une durée de vie par construction bien plus grande. Les séries sont devenues très faibles et on sait que la division par 10 des cadences de production peut facilement doubler le prix d’un matériel.En réalité quand vous tenez compte de tous ces facteurs vous vous apercevez qu’un B17 qui coutait 400 000 $en 1942 produits à des milliers d’exemplaires par an en couterait plusieurs dizaine de millions aujourd’hui.Que pour le prix d’un Leclerc vous n’auriez pas des centaines de char Renault B1 …mais même pas une demi douzaine aux prix de construction actuels !
    Quand vous faite l’analyse capacitaire sur un avion de combat d’aujourd’hui en tenant compte de sa charge utile, de sa productivité (grâce a sa vitesse), de sa durée de vie, des séries et autres facteurs etc. vous vous apercevez que le cout des matériels…a baissé contrairement à l’idée reçue. 300 Rafales par exemple sont équivalents (sans même parler de l’électronique d’aujourd’hui) a plus de 2000 B17 en tonnage transportés et valent moins cher que cette flotte de B17 malgré un budget défense très faible et de très faibles cadences de production tout en ayant une durée de vie 8 fois supérieure par construction.La France n’avait pas une telle flotte de bombardiers en 1939 malgré presque 10% du PIB investis dans le réarmement.Et ce ne faisant abstraction de l’électronique et des performances supersoniques et de combat aérien.

  7. Un addendum
    Comment pouvez vous espérer remplacer nombre pour nombre des matériels construit à une époque ou la France dépensait le double en proportion du PIB pour sa défense avec en plus, plus de la moitié des personnels en appelés peu couteux ?Le NH90 n’est pas plaqué or.

    « Les approches russes et chinoises tant critiquées pour leurs retards technologiques ne sont elles pas plus raisonnable? Posséder 4 navires au lieu de 2 ou encore 10 avions au lieu de 5 donne certainement plus de souplesse. »
    Ce n’est pas des nombres de matériels qu’il faut pour être une puissance militaire mais des capacités réelles. On ne parle pas de défilés mais de guerre.Avoir 4 navires au lieu de 2 mais qui sont au fond de la mer sans avoir fait un seul dégât à l’adversaire ne sert a rien. Avoir 10 avions qui ne sont que des cibles ne sert à rien. Avoir 3000 T72 et T62 n’ont pas servi à grand-chose à Saddam quand ils n’ont même pas réussi à détruire une poignée de M1 trois fois moins nombreux.

    A la guerre on ne disperse pas ses matériels mais on applique le principe de concentration des forces sur le point de rupture de l’adversaire.
    Le coût des matériels (et en coût de possession) versus leur capacité, fait l’objet d’études très approfondies mais malheureusement les armées ne savent pas se rationaliser elle-même quand à leur nombre de personnels et leur emploi.La masse salariale qui a explosée en proportion du budget est la cause première de nos problèmes d’équipements et de leur nombre.
    Les calculs approfondis montrent que la France n’a que moins de 50% du nombre en ligne qu’elle pourrait avoir sur le budget était correctement dépensé sur les personnels des armées (et sans toucher au nucléaire ou au renseignement ou à la R&D).Mais quand on voit le cirque qu’il faut pour fermer une base ou faire bouger un service…

  8. Je comprends et suis tout à fait d’accord sur de nombreux points, notamment l’effet d’échelle que l’on perd avec des micro commandes et la difficulté à réformer rationnellement nos armées (et nos institutions d’une manière générale d’ailleurs).
    Cependant, il y a certains domaines dans lesquels le nombre ne peut être remplacé par la qualité et la performance. Une frégate moderne très performante avec huit missiles mer-mer ne pourra toujours tirer que huit missiles, et endommager au mieux huit navires, et encore, il en faut généralement plus d’un pour obtenir l’effet souhaité (cf DSI Technologies n°16). Dans le domaine de la guerre navale, puissance de feu et nombre ont toujours été des facteurs déterminants au niveau tactique, et les unités les plus performantes ne sont pas pour autant douées d’ubiquité. En considérant la taille des espaces maritimes, le nombre apparait donc comme essentiel.
    Quant à la concentration des forces, elle est plus facile à réaliser lorsque l’on a l’initiative des opérations.

  9. Si on sort des problemes du temps de paix et des fonctions annexes de la marine comme le role de garde cote et de surveillance de notre espace maritime (ceci correspond a 5% du budget de la Marine: frégates légères, patrouilleurs et PATMAR), plus l’antimines ou la FOST, la Marine doit concentrer ses forces dans la bataille navale ou dans le cas d’opérations contre la terre.
    Depuis la 2 GM la menace principale est l’aviation ou le sous marin.
    Le sous marin et particulièrement s’il est a propulsion nucléaire peut agir de manière indépendante car furtif.
    Dans le cas des flottes de surface il y a obligation en temps de guerre de concentration pour mutualiser la défense contre avions, missiles et sous marins ennemis.
    Le moyen idéal de combat d’une force navale en surface est l’avion qui peut porter des missiles anti navires a 3000 à 4000 km d’une base terrestre pour un casseur tactique (grace notamment au ravitaillement en vol), voir 8000 a 10000 km pour un bombardier (ce qui permet de couvrir un ocean), ou 1500 voire 2000 km à partir d’un porte-avion.On excede alors tres largement les capacités de lutte antisurface d’une frégate meme avec la désignation transhorizon faite par un hélicoptere, et qui est limitée a 200 a 300 km.
    L’avion vole de surcroit a plus de 20 fois la vitesse maximum d’un navire.
    Les Soviétiques avaient choisis le sous marin plus les bombardiers a terre pour lutter contre la flotte US pendant la guerre froide.
    En réalité une marine de frégates est une marine cotière qui ne peut agir que sous la couverture de son armée de l’air.La limitation a 8 missiles de style Exocet ou Harpoon correspond en réalité surtout a un moyen d’autodefense.
    La vraie capacité de combat en haute mer et mondiale est dans les SNA et les porteavions (ou les avions a terre).
    Dans ces conditions les frégates accompagnent et protege le porteavion surtout en ASM ou en defense antiaérienne de point (ou une flotte logistique ou amphibie).Il en faut un certain nombre pour couvrir une zone de protection du capital ship qu’est le PA et en général 4 à 7 si on considere que l’US Navy sait faire son boulot.
    Si on considere notre format d’un seul PA on consate qu’il faut:
    4 à 7 frégates de combat c.a.d de premier rang pour aussi couvrir notre PA,3 à 4 pour couvrir les environs de l’ile Longue pour proteger la mise en oeuvre de notre FOST.Plus une ou deux pour les environs de Toulon plus celle en carénage donc indisponible.D’ou le format prévu de 12 à 13 frégates de premier rang.En temps de paix elles peuvent aussi faire de la police des mers en role secondaire.A cela il faut rajouter des frégates de second rang dite garde-cotes pour la police de nos ZEE.Et la simple liste de nos DOM TOM permet de voir qu’une douzaine a une quinzaine suffisent en sus de la PATMAR.
    Des fregates supplémentaires de premier rang ne se justifient que si on accroit notre nombre de porte-avions (en sus d’un accroissement eventuel du nombre de SNA ou de la capacité d’une flotte d’avion a terre).
    C’est pour cela que les Marines disposant de PA comme l’US Navy, la RN et la France voient leur nombre de frégates baisser.Car elles sont inutiles en trop grand nombre a budget donné.
    Evidemment des marines de surface qui n’ont pas de PA et agissent sous la protection de leur aviation à terre, ont tendance a mettre plus de missile anti navire comme les Marines soviétiques ou Chinoises.D’autres se concentrent vraiment sur l’aviation a terre comme les Marines Allemandes ou Suédoises du temps de la guerre froide comme les 112 Tornado équipés chacun de 4 missiles anti navire Cormorant.
    La nostalgie de la marine a voile, des cuirassés, des batiments de surface en nombre n’a plus cours depuis l’existence de l’aviation et la montée en puissance de son allonge et de sa puissance de feu.Il est temps de s’en apercevoir.
    Le nombre de plateformes de combat le plus déterminant pour une armée (hors troupes terrestres)est d’ailleurs le nombre d’avions modernes et capables.Pour une Marine on peut rajouter les sous marins.D’ailleurs dans le cas de la Marine francaise l’investissement cumulé dans l’aéronavale embarquée ou a terre vaut 4 fois l’investissement dans les porte-avions en tant que plateforme.

  10. Lire
    Le moyen idéal de combat d’une force navale en surface est l’avion qui peut porter des missiles anti navires a 3000 à 4000 km d’une base terrestre pour un chasseur bombardier tactique

  11. En fait si on arrive a faire un batiment réellement furtif comme le DDX c’est a dire capable de n’etre detecté (avec l’aide eventuelle de CME modernes) par l’aviation qu’en deca de la limite de l’horizon (40 km), et fortemment protégé en mer air y compris au dela de l’horizon (par des drones de désignation mer air par exemple) alors on peut envisager le retour de batiments de surface capables d’opérations indépendantes de l’aviation.
    C’est l’enjeu du DDX pour ceux qui ne l’avaient pas compris.Evidemment, ceux au sein de l’US Navy qui sont les avocats des SNA et PA voient d’un mauvais oeil le retour de croiseurs hors de prix et dont ils doutent de la capacité réelle (non prouvée) et qui a budget égal, leur pomperont leur crédits.

  12. Le fait est que l’aéronavale basé à terre des nations Occidentales est descendu à un niveau vraiment ridicule avec moins d’une vingtaine d’Atlantique pour la France, ZERO pour les Pays Bas et une grosse centaine (si tout vas bien) de P-8 Poseidon pour remplacer les centaines d’Orion de l’USN…

    Et rappelons qu’un un avion ne vole au maximum que quelques dizaines d’heures, tandis qu’un navire peut rester des mois sur zone😉

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