Le syndrome de la petite fille afghane

Dans le post « don’t mess with the narrative », il avait été question de la propagande. Plus précisément comment vendre à l’opinion publique la guerre.

L’esprit naïf pourrait croire qu’il s’agit d’expliquer aux citoyens les enjeux et quels sont les intérêts du pays dans cette guerre. Les citoyens éclairés discuteraient pour finalement donner le soutien à l’initiative en question. Ce portrait idyllique de la démocratie en action  est évidemment bien différent de la réalité.

En réalité la politique de défense et par conséquent la guerre est la chose d’un groupe très restreint de professionnels et d’hommes politiques(l’assemblée nationale étant dans ces affaires une chambre d’enregistrement).  Par nécessité vue la complexité technique du sujet et les impératifs de la démocratie représentative, le citoyens lambda n’a que peu de poids dans le processus de décision. De toute façon, la majorité des citoyens ont des préoccupations plus immédiates et ne s’intéressent que très occasionnellement à ces problèmes, phénomène évidemment renforcé par la professionnalisation qui rend encore plus hermétique les problèmes militaires . Mais il en a tout de même, car s’il est une chose qui  obsède nos démocraties modernes, c’est les sondages. Tout ce qui es susceptible d’affecter les sondages intéresse le dirigeant politique.  Car une guerre et des morts français et un risque accru de terrorisme doit être justifié, sinon l’opinion réagira de manière négative. Il faut donc trouver un message simple et efficace pour convaincre.  La simplicité est une caractéristique cruciale car la complexité a tendance à brouiller le message.

C’est là que la petite fille afghane interviens. C’est elle qui va justifier l’intervention au près de l’opinion.  Il est difficile de faire comprendre qe la sécurité du pays peut se jouer à plusieurs milliers de kilomètres, par contre l’humanitaire et la compassion sont un moyen très efficace sinon de motiver l’opinion, au moins de  l’anesthésier.

D’où l’habitude obsédante du moindre commentateur officiel de s’appesantir sur la construction d’école, les droits de la femme et le développement. C’est le sales pitch comment on dirait en marketing.

Et les effets sont désastreux. Il est frappant de constater le besoin irrépressible des « commentateurs officiels », entendez par là n’importe quel spécialiste des questions de défense intervenant dans les grands médias, d’utiliser la petite fille afghane comme bouclier dès que les attaques se font trop violentes.  Avec bien entendu des allusions à la cruauté des taliban.  C’est très étrange car il semble que toute discussions sur les intérêts de la France aient disparues. La question n’est plus quels sont nos intérêts en Afghanistan? Mais voulez vous que les petites filles afghanes apprennent à lire?

Cela donne la fort désagréable impression que la vision stratégique a disparu. Ce qui n’est sans doute pas le cas. Mais alors que le coût de l’opération grimpe de plus en plus et que l’opinion pourrait avoir légitimement des hésitations, ce genre de tactique risque de ne pas fonctionner. Car si vous présentez la guerre comme une bonne action, comme toute BA, elle n’est pas indispensable. Et le citoyen lambda se demande alors si se battre dans des pays lointains visiblement fort peu reconnaissants est bien nécessaire.

La suite de ce post devrait être un vibrant appel à la démocratie et à la confiance des gouvernants dans l’intelligence des gouvernés. Hélas, ce serait sans doute bien naïf. Simplifions:

Ne faites pas à appel à la compassion de Mr Lambda, faites lui peur. La compassion est luxe dont il peut se passer, la sécurité c’est une autre affaire.

3 commentaires sur « Le syndrome de la petite fille afghane »

  1. Bonjour,
    Je tiens à attirer votre attention sur fait que ce « souci permanent des victimes » est en effet le « nouveau credo émotionnel » des démocraties occidentales depuis quelques dizaines d’années. Cette évolution millénaire et aujourd’hui poussée jusqu’à l’absurde est expliquée dans la Théorie girardienne dont j’ai fait un important résumé sur mon blog : elle découle directement de l’évolution des mentalités et de l’analyse des mécanismes de persécutions permis par le Judéo-christianisme.
    Ce souci a ses avantages et ses inconvénients.
    Les inconvénients c’est lorsque la Bien-pensance pleure sur tout et n’importe quoi parce que c’est un fond de commerce, un marketing pour lustrer son image de marque ; ça conduit la plupart du temps à un « Esprit de Munich » et une quasi collaboration avec ses propres ennemis. Le point positif, c’est que, puisqu’il n’y a que l’émotion primaire sans la réflexion pour faire bouger un peu les gens et les sortir de leur torpeur d’enfants gâtés, alors pourquoi pas… même si je suis d’accord, ça a ses limites et ça ne remplace jamais la réflexion. Mais y a-t-il aujourd’hui beaucoup de citoyens informés de la réalité impitoyable des rivalités à l’échelle du monde ? A présent, nous sommes dans une guerre stratégique de l’information, de la désinformation et de la manipulation sans limites de tout et n’importe quoi à des fins idéologiques ou irrationnelles, et ça rend les choses de plus en plus difficiles…

  2. Je n’avais pas relié ça au soucis permanent des victimes, mais ça paraît logique.

    J’avoue avoir pas mal de doute sur la valeur de cette compassion. Je ne suis vraiment pas certain qu’elle serve réellement à sortir l’individu de sa condition d’égoïste ordinaire.

  3. Le souci permanent des victimes est le résultat d’un ensemble de choses. Bien sûr, sans le Judéo-christianisme il n’existerait pas, ni la pensée moderne, ni la pensée scientifique, mais en plus, ce souci est aussi une conséquence de la « repentance » sans limite de l’Occident, qui elle aussi, d’ailleurs, n’aurait pu se faire sans la pensée chrétienne, puisque l’Occident est la seule civilisation auto-critique à propos de sa propre violence (ce dont les autres se servent commme du pain béni en évitant de parler de leurs propres crimes ! Evidemment !)
    Bien sûr, cette compassion n’est qu’une vanité de plus, égoiste comme le reste. Les apôtres de la compassion ne se rendent même pas compte, à part exception, qu’ils ne s’en servent que pour glorifier leur ego dans un monde ou c’est devenu un instrument de marketing. (Et les artistes en premier lieu)
    Mais en attendant, ça fait beaucoup de mal… c’est juste devenu un « mimétisme » de plus.

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