L’Occident?

Voilà ce qui arrive quand il est tard et que le cerveau commence à divaguer.

La question de l’Occident, de son existence, de sa définition, de son impact géopolitique est un problème qui reviens fréquemment dans le débat politique contemporain. Elle n’est pas près de disparaître tant elle touche au cœur de ce qui fait notre identité et notre vision du monde. Parlez de l’Occident, c’est parler de nous mêmes et notre rapport au monde extérieur. Yves Cadiou, résident quasi-permanent du blog Théâtre des opérations (pour notre plus grand bonheur) est revenu sur le problème récemment.  Sa conclusion, le terme est dépourvue de signification et s’il désigne un réalité alors il faut lui trouver une nouvelle étiquette.

Alors que veut-on dire par Occident?  Bien des choses, quand on sait que certains observateurs incluent dans la catégorie  » Occident » des pays comme le Japon, on comprend beaucoup de question se pose. Pour certains, l’Occident ce sont des valeurs et des principes qui régissent une entité politique (démocratie, économie de marché, etc), ainsi on peut inclure le Japon et l’Australie sans grande difficulté dans cette catégorie. Le premier malgré son histoire et culture très différente du lieu de naissance du concept « Occident », le second malgré son éloignement géographie du lieu en question.  C’est une définition très large du concept qui n’est alors qu’un mot-valise pour signifier « démocratie », » économie de marché », « habeas corpus ». Une telle définition semble au fond assez proche d’une vision américaine, plutôt néoconservatrice, d’un OTAN global réunissant tout les démocraties du mondes en lutte contre la tyranie. Et on voit que définition du concept et jugement normatif sont fortement lié. En effet la le concept « Occident » suppose une solidarité entre les membres de la catégorie. Et selon que vous élargissiez plus ou moins le cercle de solidarité ou que vous niez son existence(donc niez l’existence de l’occident), vous aurez une vision de l’action politique internationale différente. C’est ce qui fait le poids politique et idéologique du terme, car si nous sommes membre de « Occident », alors nous partageons une même identité, nous sommes frères et donc nécessairement solidaire. Dans le discours  politique contemporain, plus qu’une réalité objective, l’ « Occident »  est un programme politique. Mais un programme dont le contenu varie selon la définition du terme que vous choisissez.

Voilà donc une première définition  possible.  Elle n’est pas fausse, en fait elle ne peut pas être fausse. Certains acteurs ont effectivement adopté cette définition. Mais à un niveau plus profond, elle renvoie à une autre définition de l’Occident. Car la démocratie, les droits de l’homme et le marché ne sont pas nés dans le vide. Ces objets sont le produits d’une histoire. C’est cette histoire qu’il conviens de faire pour saisir une autre dimension de « l’Occident ».

Au commencement était la Grèce. C’est là que l’idée de démocratie est né, le peuple de la cité décidait lui même de son destin. Le grecque s’est défini par rappor à l’Asie. Les auteurs antiques distinguait  volontiers les grecques farouchement indépendants des barbares orientaux. L’Asie est la terre du despotisme, de la luxure et de la folie. Pour les Anciens, le monde est hellénistique est au contraire le monde des valeurs viriles, de la liberté et aussi de la Raison. C’est chez les grecques que l’arme suprême des idéaux démocratiques est nés, la Raison. Alors l’Occident c’est les grecques? Non, il manque quelque chose.

La deuxième grande étape, c’est Rome et son empire. C’est là qu’est né le droit, condition indispensable pour avoir l’idée même de droit de l’homme. C’est par Rome que se transmet le vocabulaire politique qui va structurer jusqu’à aujourd’hui la pensée européenne. Mais l’antiquité gréco-romaine, est ce l’occident? Non, non pas encore.

Il faut un dernier élément, c’est le Christianisme. Il ne s’agit pas ici de faire l’histoire des interactions fort compliqués entre le christianisme et la pensée politique jusqu’à nos jours. On va s’en servir d’une autre  manière. En effet, à partir de la naissance du Christianisme va se définir un nouvel espace: la chrétienté. Au sein de la chrétienté, tous auront la conscience d’appartenir à un même groupe, une même communauté. Il n’y a pas de barbare entre chrétiens. Cette communauté s’étend sur un espace fluctuant: l’Europe. C’est au sein de cette chrétienté que part des chemins compliqués et obscures (n’excluant pas des passages par l’Islam) l’héritage greco-romain va faire son chemin et imprimer sa marque.

Et c’est alors que viens la grande rupture. Ou commence t’elle? Allez savoir, mais elle est là au XVIeme siècle. Ce que nous connaissons sous le nom d’Occident est né. La science et la pensé politique évolue, des idées nouvelles apparaissent, des nouvelles manières d’échanger et de produire. Les horizons s’élargissent et la chrétienté deviens Europe et étend son influence et ses idée sur le globe. Sa culture posera les pieds en Amérique, en Océanie, en Afrique et ailleurs. Alors, l’Occident, c’est ça? Une culture faite de divers strates historiques? En tout cas, c’est aussi comme cela qu’on peut le comprendre. Alors l’Occident s’étend sur les deux rives de l’Atlantique et dans quelques zones périphériques(Australie). En gros nous affaires un groupe  partageant un ensemble de codes culturels et se reconnaissant dans une histoire commune. C’est aussi un programme politique mais réduis à l’espace Atlantique et ses préoccupations.

Quelque chose fait tiquer. A partir du XVIeme siècle commence ce que les historiens appellent par convention « les temps modernes ». Moderne…C’est là qu’on découvre un problème.  Car dans ce récit, l’Occident est inséparable de la modernité. Comme l’aventure d’Atatürk le montre, on a souvent confondu les deux. La modernité passe par l’occidentalisation. On a bien du mal à faire la différence entre ce qui relève de l’inévitable sous-produit d’une transformation socioale(la modernité) et la part de culture (la contingence). Certains pensent que le Japon est la preuve qu’occidentalisation et modernisation  ne sont pas la même chose. Mais d’autres diraient qu’au contraire, le Japon s’est occidentalisé.  Et c’est alors que nous revenons sur notre première défintion. Est occidental ce qui est démocratique, capitaliste et individualiste (respect des droits de l’homme), c’est à dire moderne.

Viens alors  l’idée de balancer le concept par dessus bord. Il n’y  a pas d’occident, pas de solidarité atlantique (en tout cas justifié par une communauté de civilisation) mais une avant garde de la modernité que le reste du monde doit rejoindre. Le Japon, l’Europe et les Etats-Unis participent à cet avenir universel et ils ont même le devoir de faciliter sa progression. Et l’on en viens à l’impérialisme des droits de l’homme, mais ça c’est encore une autre histoire…

3 commentaires sur « L’Occident? »

  1. La notion d’occident, envers laquelle je suis pour ma part plus que méfiant, n’émerge pas immédiatement : on parle d’abord d’Europe avant de parler d’occident, les « européens » (autre terme sur lequel il conviendrait de revenir) commençant à se définir à se moment par rapport aux peuples qu’ils commencent à rencontrer : c’est la conscience de l’immensité du monde qui commence à faire émerger un sentiment de communauté. Mais le terme lui-même n’est que très peu employé à l’époque moderne, et si on le relève au XVIIe siècle pour désigner l’Europe de l’ouest, ce n’est avec « l’occidentalisme » à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que son acception contemporaine émerge. Et encore s’agit-il là d’un mouvement restreint : il n’y a pas de communauté occidentale ressentie comme telle par les Nations européennes. Ce n’est qu’avec la guerre froide que la notion d’occident cesse véritablement d’être géographique pour être politique, devenant l’instrument – efficace – de la domination américaine sur le « monde libre ». On est aujourd’hui en plein dans cette logique, et hélas après avoir hésité nous sommes tombés dans le panneau : en parlant de « famille occidentale », on admet implicitement le leadership américain. L’occident, dont les racines historiques ne sont pas tant gréco-latines que post-romantiques, est un instrument de domination : colonial autrefois, au nom d’une « supériorité occidentale » supposée, interne au groupe défini comme « occident » aujourd’hui (et tout de même post-colonial). Quand à « l’avant-garde de la modernité », c’est pareil : qui sommes nous pour nous décréter avant-garde ? Plus profondément, le rattachement européen à une « famille occidentale » n’est qu’une forme enrobée de vassalisation politique. Si l’on veut penser la puissance, il n’est pas de place pour l’occident, mais pour le génie de la Nation souveraine.

  2. Oui c’est une autre option, mais là encore c’est confirmer l’essentiel du propos. Croire ou non en l’Occident et le définir, c’est un acte politique. Il n’y a pas d’essence de l’Occident.

  3. Et hélas, chacun à sa propre vision de l’Occident. Voir la guerre contre l’URSS en 1941 justifié par le national socialisme comme une croisade de l’Occident contre le Bolchevisme…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s