Le Prince et l’Empire

l'empireLa plume et le sabre publie un nouvel article qui, conforme aux habitudes, ne manque pas d’être provoquant et d’inciter à la réflexion.

Il est soutenu que l’arrivée à la maison blanche de Barack Obama, loin d’être un évènement positif, sonne le glas de l’idée d’une Europe (des nations?) forte et indépendante. A cet égard, la présidence Bush aurait représenté une occasion unique de distendre le lien transatlantique.  Bush parti et remplacé par une administration sympathique, maîtrisant le jeu « multilatéral » avec un aspect lissé, très « européen », la fenêtre de tire se refermera inexorablement.

Est-ce vraiment le cas? Il ne fait aucun doute qu’ Obama aura des exigences importantes au sujet de l’Afghanistan.Sur ce sujet, il risque fort de s’opposer à une Allemagne récalcitrante accompagnée sans doute d »autres alliés. Un orage violent n’est donc pas exclure, d’autant plus que cette fois-ci les deux rives de l’Atlantique se ressemblent. Déceptions, malentendus et ressentiments de part et d’autre pourraient faire un cocktail détonnant.

Mais peu importe, l’hypothèse est plausible et il est donc inutile de sortir les boules de cristal, qui vivra verra. Ce qui est interessant, c’est la suite car c’est là que ce situe le problème fondamental.

US empirePour l’auteur, l’Europe a fait le choix de la vassalité après la guerre froide. L’UE,  loin d’être le vecteur d’un renouveau, est en fait un « cheval de Troie » au service de la puissance américaine. L’UE et l’OTAN font partie d’un même paquet et la politique actuelle de la France en est la preuve.  C’est un résultat visiblement regrettable de son point de vue( pourquoi? ).

La solution passerait donc par la réhabilitation de la puissance au niveau national, car lui seul permet l’adhésion des peuples,  couplée à une action intergouvernementale vigoureuse pour restaurer l’autonomie de l’Europe et défendre ses intérêts très différents des USA. Hasard curieux, c’est au même moment que il est question  du nouveau style intergouvernemental de la diplomatie française.

Tout cela mérite effectivement réflexion. Il y a plusieurs points intéressants . Le premier, la source de tout les maux sans doute, est l’affirmation que les intérêts divergent profondément entre les deux rives de l’Atlantique. C’est le point majeur, celui qui sous-tend l’ensemble car le débat serait difficile à comprendre  autrement. En quoi nos intérêts sont-ils divergents?

Vis à vis de la Russie, difficile à voir. Il y a débat sur l’attitude à avoir, pas véritablement sur le fond des choses. Nul n’a intérêt à voir une Russie puissante réaffirmant avec force ses droits sur son « étranger proche ». Des cyniques diront peut être que peu importe l’opinion des polonais pourvu que la France y trouve son compte, il s’agit probablement d’une vision à courte vue.

Vis à vis de du monde arabo-musulman, là encore difficile à voir. Il y a hélas des divergences d’appréciations mais fondamentalement le problème est commun. L’Europe et les États-Unis, comme le  reste du monde, ont intérêts à voir le terrorisme maîtrisé et l’approvisionnement en pétrole sécurisé.

En extrême-orient? C’est un problème essentiellement américain. Voilà bien longtemps que les européens ont perdu toute influence significative sur la région. Sauf cas extrême, l’Europe n’a rien à y faire.

Alors en quoi sont-ils divergents? Et si ces intérêts ne sont pas fondamentalement divergeant, pourquoi s’inquiéter de la prééminence de l’OTAN? Ce point mériterais donc plus de réflexion. Mais admettons, cela n’a pas beaucoup d’importance. Contentons nous de postuler qu’une Europe est nécessaire.

Visiblement, c’est l’option intergouvernemental qui est favorisé. Il est compréhensible d’écarter l’option communautaire ( autrement dit fédéral). En effet, il est sans doute impossible de mettre d’accord la totalité des États membres sur un sujet d’importance en politique extérieur. Et si c’est possible, les temps de réaction sont beaucoup trop long, sans parler des compromis bancales qui semblent parfois pire que le mal. Mais sacrifier le niveau communautaire semble lourd de conséquences. En effet, les nations sont naturellement porté à l’égoïsme à court-terme. L’actualité économique ne fait que le confirmer mais c’est encore une autre affaire. La structure communautaire présente l’avantage d’emprisonner la volonté des États, de sorte que les comportements les plus opportunistes sont théoriquement freinés. Nul frein de cette sorte dans un système intergouvernemental. Il est possible de rétorquer que la politique extérieur est rétif à toute « communautarisation ». Il est très raisonnable d’être enclin à penser cela. Mais dans ce cas là, un appel à une coopération intergouvernementale a encore moins de chance de succès. Cela vaut quelque soit la taille du groupe, les coalitions changeant de toute façons selon les sujets.

Il conviens alors de se débarrasser d’un mot qui a tendance à embrouiller la question: « l’Europe ».  Puisque  l’espoir fédéral est abandonné et que l’Europe des nations(c’est à dire la coopération intergouvernementale) est un oxymore, il faut parler de la France. C’est de l’indépendance de la France, de son avenir et de ses intérêts et uniquement d’elle.  Il ne faut pas se cacher derrière  l’Europe et parler des intérêts nationaux. Il s’agit de remettre la question sur la table:  quel est le meilleur moyen de garantir les intérêts de la France? L’UE est elle une fin ou un moyen?

Voilà les réflexions qu’inspire le dernier article sur le blog La Plume et le Sabre. Le propos manque de cohérence et n’est guère approfondie mais cela devra suffir pour l’instant.

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