McChrystal à l’IISS

octobre 7, 2009

Le général McChrystal parle à l’IISS: claire et efficace.

Tsahal

octobre 6, 2009

Récemment lu Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne, de Pierre Razoux. C’est un livre agréable à lire et tout simplement passionnant.  Pierre Razoux chronique la naissance des forces armées israélienne du début du XXeme siècle à 2008 avec un détour par la tradition biblique.C’est une lecture hautement recommandable avec quelques informations surprenantes, saviez vous que la guerre de six jours trouve sans doute sa cause dans la volonté de Nasser de provoquer  une attaque afin d’avoir un bon prétexte pour détruire le  centre de recherche nucléaire israélien de Dimona? Qu’en 1956, pendant l’affaire de Suez, des avions français avaient été déployé en Israël pour protéger son espace aérien? Que Shimon Peres a joué un rôle clef dans la naissance du programme nucléaire israélien?

Débat AGS: L’Asie

octobre 4, 2009

L’Asie, c’est le thème du mois. Si ce thème a été choisi c’est en partie parce que la République Populaire de Chine fêtait en ce début Octobre, le 60eme anniversaire de sa fondation. Dors et déjà, un biais apparait. En effet, le terme Asie fait bien souvent référence à l’Extrême-Orient ou, pour utiliser une expression moins désuète mais plus ennuyeuse, l’Asie de l’est. L’Asie en sens propre est un continent, mais un continent si vaste, si divers géographiquement et culturellement qu’il est difficile de lui trouver une unité. Avec 29% des masses émergés et 60% de la population mondiale, c’est incontestablement le continent le plus important mais aussi le plus contrasté. Quoi de commun entre la Sibérie et le Moyen-Orient, entre les steppes d’Asie Centrale et l’Himalaya ? Bien peu de choses en réalités, climat, relief, économie, culture sont souvent totalement différent. On préfère la plupart du temps parler d’espaces régionaux aux frontières flous : Moyen-Orient, Asie Centrale, Asie du Sud, Asie de l’Est, etc.

Tous ces ensembles régionaux forment alors des univers géopolitiques spécifiques et relativement isolés les uns des autres. Ainsi, la Chine reste peu présente au Moyen-Orient. Inversement, l’Iran n’a que peu de poids dans la relation entre le Japon et la Chine. Dans le même ordre d’idée, il est question de la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient et que celle-ci n’a pratiquement pas d’impact sur son pendant en Asie de l’Est. Il n’y a pas de liens entre les deux  et il n’est jusqu’ici venu à l’idée de personne de lier les deux. Si par exemple, des négociateurs américains et chinois liaient le règlement de la question Taïwanaise au problème des sanctions contre l’Iran, il y aurait peut être un petit début d’unification des espaces géopolitiques. Ce n’est pour l’instant pas le cas.

En revanche, on peut considérer que peut être deux espaces régionaux sont en cours d’unification. Il s’agit de l’Asie du Sud et de l’Asie de l’Est, elle-même subdivisé en deux sous-ensembles : l’Asie du Nord-est et l’Asie du Sud-est. L’Asie du sud, c’est essentiellement le sous-continent indien avec toutefois l’eternel interrogation sur le cas Afghan : Asie centrale ou Asie du Sud ? Voir même grand Moyen-Orient ? L’Afghanistan montre alors que si ces ensembles forment des cadres fondamentaux pour la réflexion géopolitique, ils ne constituent certainement pas des limites absolues. L’Asie de l’Est, c’est deux espaces à la fois proches et différents. L’Asie du Sud-est est-elle distincte de l’Asie du nord-est ? L’existence de l’ASEAN tendrait à prouver que oui, mais la force des liens avec la Chine et le Japon permet d’en douter. Ces deux grands espaces que sont donc la partie orientale de l’Asie et sa partie méridionale ont pendant plusieurs siècles séparé par l’Himalaya, il y eu bien entendu des échanges, mais faire le voyage de la Chine jusqu’en Inde n’a jamais été simple. Les moines bouddhistes en savent quelque chose. Mais depuis le XXeme siècle s’est en train de changer et ce mouvement s’accélère en ce début de XXIeme siècle. L’élément central est la rivalité Inde-Chine. Celle-ci conduit la Chine à franchir la barrière de l’Himalaya pour soutenir le Pakistan et l’Inde à s’aventurer en Asie du Sud-est. L’initiative quadrilatérale rapprochant le Japon, l’Inde, l’Australie et les Etats-Unis peut être considérée comme une nouvelle étape de ce processus aussi limitée soit-elle.

Aujourd’hui « plusieurs Asies », demain une seule avec la monté en puissance des titans asiatiques et la mondialisation? Pour combien de temps encore pourra t’on parler du Moyen-Orient tout en ignorant la Chine et l’Inde ? Le peut-on encore ? A travers les différents sujets abordés durant ce thème du mois, nous aurons l’occasion d’apprécier à la fois les petites « Asies » particulières mais aussi la « Grande Asie ». Le thème du mois est ouvert, tout le monde est invité à participer.

Le projet de Jomini

octobre 1, 2009

  De pareils évènement  prouvent mieux que tous les raisonnements du monde qu’aucun système d’opérations n’est bon que lorsqu’il offre l’application des principes. Je n’ai point la prétention de croire que j’ai crée ces principes, puisqu’ils ont existé de tous temps; que l César, Scipion et le consul Néron  les ont  appliqué aussi bien que Malborough et Eugène, pour ne pas dire mieux. Mais je crois les avoir démontrés le premier, avec les principales chances de leur application, dans un ouvrage où les préceptes émanent des preuves elles-mêmes, et où l’application se trouve constamment à la portée des lecteurs militaires. La forme  dogmatique aurait mieux convenu aux professeurs, j’en conviens, mais je doute qu’elle eût été aussi claire et aussi fortement démonstrative pour les jeunes officiers, que la forme  historique adoptée dans mon Traité des grandes opérations militaires.”

Jomini, Précis de l’Art de la guerre

La maladie Afghane

septembre 22, 2009

Lorsqu’on suit de temps en temps les aventures et mésaventures des armées de l’OTAN en Afghanistan, un certain malaise peut parfois apparaître. Depuis combien de temps au juste entend-on parler des “Cœurs et des esprits”? depuis combien de temps entendons-nous parler d’actions civilo-militaires? Depuis combien de temps entendons-nous parler de la corruption et du trafique de drogue. Un observateur tombé dans le comma en 2006 pourrait se réveiller en 2009 et ne se rendre compte de rien.  Pourquoi? Réponse:

There was a sense among General McChrystal’s staff that the military effort in Afghanistan was disjointed and had not learned from the lessons of the past years of the war.

“We haven’t been fighting in Afghanistan for eight years,” said one officer. “We’ve been fighting in Afghanistan for one year, eight times in a row.”

“Nous nous sommes pas battus en Afghanistan pendant 8 ans” a dit un officier. “ Nous nous sommes battus en Afghanistan 1 ans, 8 fois de suites”.

Ce qui rejoins le propos d’Antonio Guistozzi dans son livre “Koran, Kalashnikov, and Laptop”, une stratégie qui change tout les six mois n’est pas une stratégie. Reste à savoir si cela va vraiment changer et s’il n’est pas déjà trop tard…

Un G2 sans avenir

septembre 20, 2009

Le monde est-il destiné à devenir  un condominium sino-américain? Par pour l’instant en tout cas….

 

The incompatibility of values and political systems lies close to the heart of this strategic mistrust. Despite the many reforms introduced over the past 30 years, the PRC remains a one-party state run by a self-selected leadership that will brook no challenge to its authority. The gradual tightening of controls over free expression during the past several years makes it clear that China is not evolving as many had hoped; greater introduction of market mechanisms, exposure to the outside world, and the emergence of a middle class are not leading visibly to a more liberal political system. If anything, the trend has been the opposite. The stronger China has appeared to become, the more its leaders have repressed challenges, and felt comfortable rebuffing criticism from the outside. Although Obama referred to differences in their mutual approach to human right in his opening remarks, the virtual absence of serious discussion of the issue at the S&ED in Washington symbolizes the Administration’s perceived need to soft-pedal political and social differences in order to re-right the world’s economy. No bilateral condominium is likely to emerge involving two countries with such radically different values and approaches to “interference in the internal affairs” of the other.

Even the idea of an economically “symbiotic relationship” has turned out to be a chimera. The credit-fuelled consumer consumption and deficit spending by the US were propped up by massive Chinese purchases of US government or government-backed debt. China is now paralyzed by its holdings of more than $800 billion in US Treasury bills: it cannot unwind its investment substantially or rapidly without precipitating a catastrophic decline in the value of its holdings and is reduced virtually to begging the US government to “adopt policies that will protect the value of its investments,” as the regime’s official press service reported after the Washington meeting. At the same time, with America’s budget deficit ballooning under the pressure of two on-going wars and the Administration’s ambitious agenda for health care reform, economic stimulus, and other programs promised during the campaign, Washington is reduced to pleading with Beijing to continue to buy Treasuries while promising not to take measures that would destabilize China’s fragile and questionable economic recovery.

In short, Sino-American economic symbiosis has come to look more like a mutual death grip in which neither side dares make a precipitous move for fear of going over the cliff with the other. Leaders on both sides appear to recognize the very tenuous and touchy situation underlying the relationship and are eschewing grandiose claims or plans for condominium. In today’s increasingly integrated world the Sino-American economic co-dependence is one, albeit the strongest, of the connections that link the two countries. Their divergent political interests and ambitions and their many other respective connections and responsibilities rule out Washington and Beijing running a condominium. Admission of such a reality came from none other than Secretary of State Hillary Clinton who noted that in the decades ahead, “great countries will be defined less by their power to dominate or divide than by their capacity to solve problems…the fresh thinking of the 21st century moves us from a multi-polar world to a multi-partner world.”

On peut ajouter qu’un partenariat aussi manifestement inégal serait bien étrange. Quoiqu’on pense de l’avenir de la Chine, elle est aujourd’hui encore loin d’être une puissance globale capable de faire jeu égale avec les Etats-Unis.

Les trois mythes de la crise

septembre 17, 2009

5 économistes analysent la crise économique et relèvent trois mythes:

Le mythe de l’exubérance irrationnelle: au contraire il n’y avais rien d’irrationnel à investir dans l’immobilier, les prix augmentaient doucement depuis 1929 et la régulation favorisait l’investissement immobilier.

Le mythe des bonus des banquiers: les financiers ont été cupides et en payent le prix. Intuitif mais faux, leur conduite avant la crise ne colle pas en réalité avec le modèle du banquier cupide maximisant le profit en négligeant les risques.

Le mythe de la responsabilité du capitalisme: beaucoup capitalistes se sont effectivement trompés, d’autres non. Et alors? Le régulateur aussi s’est trompé et il a même encouragé les agents économiques à le suivre dans son erreur.

Intéressant, on a souvent tendance à penser que les mauvais résultats sont le fruit d’un mode de décision irrationnelle. Ce n’est pas nécessairement le cas bien au contraire. On souvent de très bonnes raisons pour se tromper.

L’une des premières choses qui frappent chez Jomini est l’obsession des définitions, il existe une liste vertigineuse de termes avec chacun un sens précis. A chaque fois, non seulement Jomini définit leur sens mais en plus s’attache à démontrer en quoi il est nécessaire de le distinguer. Jomini dissèque les objets, distinguent les concepts sous-jacents et tire les conclusions. De la sorte, on apprend qu’un fleuve peut être à la fois une ligne de défense, un front d’opération, un front stratégique et bien d’autres choses encore mais malheur à celui qui confond toute ces choses. En fait, la structure par article du livre semble parfois trompeuse, on a plus l’impression de lire un dictionnaire. Cette obsession est intéressante. Pour Jomini, toute chose égale par ailleurs, mieux vaut un officier instruit avec des bons principes qu’un inculte.La définition fait partie d’un processus qui vise à établir un savoir scientifique (le terme étant utilisé plusieurs fois). Le suisse ne s’embarrasse pas comme Clausewitz d’une distinction entre l’étude de la guerre, démarche scientifique, et la pratique de la guerre, relevant par nécessité de l’Art. Pour lui, les principes de la pratique militaire doivent être dégagés scientifiquement. De ces principes généraux doivent découler logiquement une action et le général ayant mis toute les chances de son coté, les hasards de la guerre prendront ensuite  leur part.

Cela ne signifie pas pour autant que Jomini verse dans le dogmatisme et les excès scientistes. La guerre n’est pas pour lui une affaire de géométrie mais d’abord un “drame passionné”. Selon lui , les opérations de Napoléon “les plus brillantes semblent bien plus appartenir au domaine de la poésie qu’à celui des sciences exacts”. La guerre est “vive, hardie, impétueuse, peut être même quelque fois audacieuse”.Il n’en reste pas moins qu’il y a des principes et que Jomini utilise la géométrie quand il l’estime nécessaire.

Jomini

août 11, 2009

Fait l’acquisition du Précis de l’art de la guerre d’Antoine-Henri Jomini, vais pouvoir enfin comprendre pourquoi “c’est bien connu que les américains sont jominiens” et ce que ça signifie.

 

Le budget attribué par la France à son ministère de la défense est d’un peu moins de 50 milliards d’euros. Si l’on réduit le périmètre au dépense de défense au sens stricte selon les normes OTAN, c’est 35 milliards d’euros qui sont dépensés pour les forces armées françaises soit 1,6% du PIB de la France. Les missions de défense représente environ 13% du budget (cela varie un peu selon les années). Ce sont donc des ressources tout à fait considérables qui sont affectées aux armées et il est légitime de se demander pourquoi.

Pourquoi dépenser autant alors qu’aucune menace ne subsiste aux frontières de la France? Pourquoi dépenser autant alors qu’aucune menace un tant soit peu conventionnelle n’existe? Que l’on se demande bien dans quelle situation la dissuasion nucléaire pourrait être crédible?

Les réponses habituelles sont en général quelques poncifs du genre “on ne sait jamais” ou encore “si tu veux la paix, prépare la guerre”. La guerre est peut être un risque, mais il existe toute sorte de risque. Il est possible que la Terre soit frappé par un astéroïde, investissons nous pour autant dans la défense anti-astéroïde? Non, l’existence d’un risque ne suffit pas à justifier une mission et un budget surtout aussi considérable que celui du ministère de la défense. Encore faut-il que le risque soit significatif. Or on se demande bien aujourd’hui à quoi sert l’armée française et à quoi elle pourrait bien servir à l’avenir. Il est bien possible que si l’armée française existe toujours c’est plus par la force des habitudes et l’intérêt d’un complexe militaro-industriel.

Car quel est aujourd’hui la réalité géopolitique dans laquelle s’inscrit la France d’aujourd’hui. Tout d’abord, fait évident, il n’existe aucune menace militaire conventionnelle au frontière. Tout nos voisins sont enserrés dans un vastes réseaux d’organisations multilatérales et d’interdépendance. Les attitudes face à la guerre en Europe sont négatives. Bref, la guerre sur le Rhin est impossible. Il est possible d’objecter que c’était déjà le cas avant, et pourtant il y avait bien une menace grave: l’URSS. Certes mais l’URSS était motivé par une idéologie qui voulait qu’elle soit l’avant garde d’une révolution, elle avait des moyens sans commune mesure avec la Russie actuelle. Qui oserais prétendre que la Russie a aujourd’hui ou dans le futur l’ambition et les moyens de dominer l’Europe? C’est absurde. Quand bien même la Russie aurait des intentions révisionnistes  en Europe de l’est, ce n’est en aucun cas une menace pour la France. Les pays d’Europe centrale et orientale ainsi que l’Allemagne font écran, c’est leur problème et celui de leur allié américain. En aucun cas est-ce une menace pour la France. Nous n’avons aucune obligation politique ou morale de nous intéresser à leur sort.

A l’heure de la mondialisation, il est commun d’entendre dire qu’une marine est nécessaire pour sauvegarder la sécurité du commerce et défendre nos intérêts à travers le monde. On relèvera d’abord qu’on ne vois pas très bien quelle menace pesant sur le commerce maritime justifie des frégates anti-aérienne à un milliard pièce et encore moins des sous-marins nucléaires d’attaque. Si il s’agit de lutter contre la piraterie, il existe des solutions infiniment moins coûteuses. Quand bien même la piraterie ou une menace un plus lourde, comme par exemple un conflit autour d’une grande route maritime, se manifesterait la France n’est pas plus dépendante que d’autres Etats du commerce maritime. En fait, elle est sans doute moins dépendante que d’autres. Les Etats-Unis d’Amérique bientôt rejoins par d’autres puissances (l’Inde ou la Chine semblent avoir un amour-propre très développé) s’acquitteront fort bien de cette tâche puisqu’ils ont manifestement l’intention d’acquérir grâce à cela prestige et reconnaissance internationale. Peut être que les français désirent le prestige et la reconnaissance des nations, il est plus probable qu’ils préfèrent manger à leur faim, éduquer leurs enfants et vivre tranquillement. Autant de choses auquel 35 milliards d’euros peuvent plus utilement contribuer en étant investit ailleurs que dans des missiles.

Le militaire objectera que le monde est incertain, que de nombreuses crises peuvent survenir. La réponse est simple, soit cette crise est grave et l’on trouvera toujours quelqu’un de plus inquiets pour s’en occuper à notre place car elle concernera de nombreux pays, soit elle est bénigne et dans ce cas nous n’avons même pas besoin de nous poser la question. C’est sans  importance. On voit bien qu’en réalité la France n’a pas besoin de ces fameux moyens de projections.

Enfin, il reste la très coûteuse dissuasion nucléaire, vache sacré du débat français. Est-il aujourd’hui gadget plus inutile? Car enfin,  dans quel scénario l’utilisation de cette arme serait crédible? Il déjà établit qu’il n’y a pas de menace existentielle sur la France.