La Chine, cette nation si pacifique…
Aujourd’hui, colloque à Lille, un éminent personnage (vraiment éminent ce n’est pas une figure de style) commente le difficile problème des relations avec la Chine avec une formule choc: “La Chine est une nation pacifique depuis 6 000 ans”. Arf, vous allez dire, cela arrive toujours de temps en temps, personne n’est parfait. On en conviendra mais quelques mois plutôt un autre personnage éminent (nettement moins tout de même) sortait une formule similaire sur le pacifisme supposé de la Chine. Et ce n’est certainement pas la première fois ni hélas la dernière fois qu’on aura l’occasion d’entendre de si belles histoires sur la sagesse millénaire de la Chine et son inébranlable pacifisme (insérer une longue liste de cliché ci-après). Il n’a qu’un seul petit problème, la formule est dépourvue de sens.
L’espace culturel Chinois est très anciens c’est incontestable mais son histoire n’est certainement pas pacifique. Le premier empire chinois au sens où nous l’entendons est né dans la violence à la fin du IIIème siècle et était déjà précédé par trois siècles de guerre entre plusieurs Etats dynastiques, la dernière phase de cette époque, celle des Royaumes Combattants, fut marquée par des guerres de plus en plus violentes impliquant une mobilisation toujours plus poussée des ressources étatiques. Elle nous a donc laissé en héritage Sun Tzu, une première tentative de rationaliser la guerre, et la philosophie des légistes tel que Han Fei alliant cynisme “machiavelien” et dévotion total à l’Etat (si un spécialiste de la pensée chinoise est dans les parages il est autorisé à hurler de rage). C’est dire si la période est pacifique.
A partir de 221, commence donc l’histoire chinoise tel que nous la connaissons (on passera sur les débuts de la dynastie Qin et l’extermination de toute forme de vie intellectuelle), celle d’une succession d’empire s’étendant plus ou moins loin à l’est sur les territoires nomades. Qui dit nomade et sédentaire, dit guerre et il en fut souvent question quand l’empire chinois du jour n’avait pas explosé sous la pressions des divisions internes ou les invasions nomades ou les deux à la fois. On accélère, nous arrivons à une période plus récente. La République populaire de Chine n’hérite pas des frontières d’une Etat-nation mais d’un empire. Cet empire c’est celui de la dynastie Qing, des nomades qui donneront à leur nom à leur région d’origine: la Mandchourie. A partir de leur conquête de la Chine au XVIIème; les empereurs Qing vont donner à l’empire le plus grande étendu de son histoire. Il inclue en plus de la Chine des 18 provinces un morceau d’Asie centrale: le Xinjiang, la Mongolie (aujourd’hui divisé entre Mongolie intérieure et la Mongolie extérieur indépendante) et par des voies indirectes le Tibet (qui a un statut particulier et ambigüe).
Les frontières actuelles de la Chine sont donc le fruit d’un impérialisme qui était tout sauf non-violent. En la matière le XIXème sera particulièrement riche pour des raisons qui finalement n’ont pas énormément avoir avec les humiliations infligées par les européens. Le nombre de morts provoqués par la révolte des Taiping, qui n’a que peu de chose avoir avec les européens, écrase de très loin les chiffres des plus grands conflits européens du siècle. Reste qu’évidemment, à l’époque des impérialismes européens et japonais (de 1840 à 1945), l’empire Chinois fait figure de victime et l’étranger sera un bouc-émissaire commode pour les calamités qui tombent sur la dynastie des Qing et ses (plus ou moins loyaux) sujets.
Mais tout cela c’est de l’histoire ancienne, la Chine moderne, celle de 1949, n’est-elle pas un modèle de pacifisme et de résistance à l’impérialisme comme le disait Mao Zedong? Ne dénonce-t-elle pas inlassablement la persistance de la mentalité de guerre froide? Sans aucun doute, mais le discours semble faiblement corrélé au fait. Depuis 1949, la République Populaire de Chine a été très active sur le plan militaire. En 1950, la RPC s’engage pour des raisons défensives, empêcher que les américains s’installent à la frontière chinoise, dans la guerre de Corée déclenché par ses alliés communistes. Dix ans plus tard, en 1962, c’est une guerre à l’initiative chinoise contre l’Inde. C’est le tour du Vietnam de passer à la casserole en 1979 là encore à l’initiative chinoise. N’oublions pas les incidents militaires plus ou moins graves à la fin des années 60 à la frontière soviétique (incident de l’Oussouri).
Il ne s’agit pas de dire que la République Populaire de Chine est impérialiste ni même qu’elle représente une menace. Ce n’est pas le propos. Mais il absurde de baser une discussion sur l’avenir des relations entre l’Europe et le gouvernement de la République populaire de Chine sur une pétition de principe selon laquelle la Chine est une “grande nation pacifique”. La RPC est un État ni plus ni moins agressif que les autres qui a des intérêts et les défendra avec des forces militaires si nécessaires. Avoir des illusions là-dessus relève plus du café du commerce qu’autre chose (à moins que vous soyez un ex-maoïste de l’association des amitiés franco-chinoise dans ce cas-là c’est encore autre problème).
Avec des si…une discussion sur la guerre du pacifique
Il est commun de dire aujourd’hui que la décision japonaise d’attaquer les Etats-Unis en 1941 fut une folie. Face à la puissance industrielle de ces derniers, le Japon n’avais pas la moindre chance de réussir. De sorte que le 7 0écembre 1941, l’issue du conflit ne fait pas de doute. Cela prendra plus ou moins longtemps et ce sera plus ou moins difficile mais la fin est inéluctable. La décision d’entrer en guerre et en plus d’attaquer Pearl Harbour fut une erreur dramatique.
Pourtant cette vision des choses néglige un certain nombre d’éléments. Lorsque l’élite politique du Japon s’engage dans la guerre ce n’est pas sur un coup de tête mais avec la conviction qu’elle a un couteau sous la gorge. Pour le comprendre il faut revenir en arrière à la fin du XIXème siècle. Le programme de modernisation de l’ère Meiji se résume à une formule choc “ nation riche, armée forte”, il n’a qu’un seul objectif: assurer la protection du Japon. Si le gouvernement Japonais s’engage sur la voie de l’impérialisme avec l’annexion de Taïwan puis de la Corée, c’est parce que celui-ci est perçue comme le passage obligé vers la sécurité et le respect des puissances “blanches”. A partir de là, le Japon avait devant lui deux chemins idéologiques. Soit il reniait son existence asiatique pour intégrer pleinement le club des grandes puissances européennes, soit au contraire il se faisait le champion de l’Asie face à l’oppression des blancs. Pendant plusieurs décennies la politique japonaise a oscillé entre ces deux directions, et dans une certaine mesure certain éléments de ce débat sont toujours présent aujourd’hui dans le débat autour de la politique étrangères du Japon. Au final, les deux options justifiaient la politique colonial du Japon.
Cette politique impérialiste avait des modalités particulières mais au final n’avait rien d’original. Le discours allemands sur la “sonderweg” et demande insistante d’”une place au soleil” ressemble beaucoup aux discours japonais avec à la racine le même sentiment s’insécurité politique et économique. Cette quête devait amener le Japon en Chine. Suite à la guerre russo-japonaise en 1905 Japon prend la place de la Russie en Mandchourie. Tokyo acquiert alors le joyau le plus précieux de son empire colonial. La politique chinoise du gouvernement japonais va désormais être guidée par une obsession: assurer le contrôle définitif de cette région et ces précieuses ressources naturelles. Mais il y a un problème, depuis la fin de la première guerre mondiale, la politique des grandes puissances coloniales est en train de changer. L’heure n’est plus à l’exploitation de la Chine et les ambitions japonaises en Mandchourie ne sont pas vues avec sympathie. En 1931 a lieu le célèbre incident de Moukden puis en 1932 est crée le Mandchoukouo, état fantoche qui sert de paravent à la domination japonaise sur le nord de la Chine. Le problème évidemment est que le nouveau gouvernement de la Chine réunifié de Tchang Kaï-check n’était absolument pas disposé à abandonner une si grande et précieuse partie du territoire chinois. Quand aux grandes puissances, elles n’étaient pas tellement mieux disposées vis à vis des ambitions japonaises. Pour régler ce problème insoluble, Tokyo eu une réponse assez classique: l’escalade. En 1937, c’est la guerre, l’armée japonaise envahie la Chine. Mais comme il arrive bien souvent, la guerre ne produit pas le résultat politique espéré et les forces japonaises se retrouvent entrainées toujours plus loin vers le sud pour tenter de briser la volonté chinoise et la couper de ses soutiens extérieurs.
La seconde guerre mondiale et l’effondrement des puissances coloniales d’Europe continentale offrent deux opportunités. La première est analogue à celle qui s’est offerte au Japon pendant la première guerre mondiale, choisir entre les Alliés ou l’Allemagne et s’emparer des colonies de l’adversaire pendant qu’il est occupé à l’ouest. Cette politique avait offert sur un plateau le pacifique centrale au Japon pendant grande guerre. La deuxième c’est de continuer l’isolement des armées chinoises en prenant le contrôle de l’Indochine à la faveur de l’affaiblissement français. Le problème dans les deux cas était l’hostilité des Etats-Unis. C’était hostilité avait été constante durant les années 30 et les actions japonaises au début des années 40 alors la faire monter d’un cran.
Parce que le Japon se trouvait embourbé depuis 3 ans en Chine, l’invasion de l’Indochine était très tentante. Par ailleurs, au cours des années 30, la scène politique japonaise était de plus en plus radicale. Le Japon avait fait son choix, le club “blanc” avait montré aux cours des 20 années qui avaient suivies la Grande Guerre qu’il ne voulait pas du Japon, du moins c’était ainsi qu’on l’interprétait. L’alternative était tracée. Puisque la grande lutte raciale entre les peuples blancs et asiatiques était inévitable, le Japon devait naturellement en prendre la tête et constituer un grand bloc économique et politique asiatique dans les territoires libérés de la domination coloniale blanche.
Lorsqu’ après l’invasion de l’Indochine les Etats-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne imposèrent un embargo sur les matières premières, le Japon était au pied du mur. C’était 30 ans de politique chinoise qu’il l’avait amené à cet instant. Accepter de reculer n’était pas une option acceptable, pas dans un monde où l’impérialisme et le contrôle des ressources étaient sensés assurer la survie du Japon. Bien des choix possibles auraient pu être fait mais dans une certaine mesure c’est le grand programme de l’ère Meiji: ‘”nation riche, armée puissante” qui avait amené le Japon en Indochine et aux portes du pétrole indonésien. Autant dire que faire machine arrière relevait de l’impossible.
Alors il ne restait plus qu’à jouer un coup de dés. Les japonais étaient tout à fait conscients de leur infériorité. C’est bien pour cela que la marine impériale avait constamment mis l’accent sur la qualité des hommes et du matériel. L’Amiral Isoroku Yamamoto, commandant en chef de la flotte combinée, avait prévenue à l’avance. Il ne pouvait garantir qu’un an et pas au-delà. A partir de là, le calcul est simple à comprendre. Il faut frapper vite et très fort en privant les américains des moyens d’intervenir et en s’emparant le plus vite possible des objectifs. Le problème était que la stratégie globale reposait sur deux piliers: le premier était que les forces japonaises auraient de la chance, beaucoup de chance; le deuxième était que le gouvernement américain serait suffisamment malléable pour accepter une défaite.
Et la chance, les japonais en eurent beaucoup. En quelques mois ils s’assurent le contrôle de l’Asie du sud-est et frappe un grand coup à Pearl Harbour qui se déroula dans des conditions inespérés.
Mais ils n’en ont pas eu assez. Oui, l’aéronavale japonaise a porté un coup très dur sans aucune perte significative à Pearl Harbour. Mais derrière les chiffres et la surprise, l’opération est en réalité un échec. Les porte-avions n’ont pas été détruit, pas plus que les dépôts de carburant de sorte que la flotte peut toujours opérer à partir d’Hawaï. Même en ce qui concerne les grandes unités cuirassés, la situation n’était pas si dramatique car plusieurs d’entre eux purent être récupérées. Toutes les opérations ne pouvaient pas se dérouler aussi merveilleusement bien que l’attaque de Pearl Harbour. A chaque bataille, il fallait non seulement gagner mais obtenir des résultats décisifs. Le plan japonais en réalité commença à dérailler avant le célèbre tournant de Midway. En mai 42, la bataille de la mer de Corail fut le premier grand échec stratégique. Non seulement les japonais perdaient un porte-avions pour des gains insuffisants (un porte-avions américains) mais en plus l’objectif stratégique qu’était la prise de Port Moresby n’est pas atteint. L’isolement de l’Australie n’est pas réussi. La deuxième étape est évidemment Midway qui se passe de commentaire. La flotte japonaise est anéantie. Encore une fois la même logique est à l’œuvre, les américains peuvent se permettre de perdre. Pas les japonais qui auront beaucoup plus de mal à remplacer leurs pertes en pilotes et en navires. Le coup de grâce est donné avec l’échec de Guadalcanal. Là encore, il s’agit d’isoler l’Australie, pont d’envol d’une éventuelle reconquête américaine. C’est un échec avec là encore de pertes importantes pour les japonais.
Le grand problème militaire était que pour le pari japonais réussisse tout devait se dérouler comme prévue sans le moindre accros. Or dès le premier jour de la guerre ce ne fut pas le cas. Chaque échec, chaque navire ou pilotes perdus avaient une valeur bien plus lourde pour les forces japonaises que les forces américaines.
Pourtant, et si le pari avait réussi ? Et si tout avait marché comme prévue. Et si à Pearl Harbour les porte-avions de l’US Navy avaient été détruit (peut être avec des pertes japonaises) ? Et si les dépôts de carburant avaient brûlé contraignant la flotte à opérer depuis San Francisco ? Si Port Moresby avait été pris ? Et si enfin, Midway au lieu d’être un désastre c’était solder par un succès ouvrant la porte d’Hawaï (ce qui était possible aussi)? Et si après Midway, les japonais avaient tout de même réussie à l’emporter à Guadalcanal et dans les îles Salomon ?
C’est là qu’entre en scène le deuxième pilier de la stratégie japonaise. Il fallait Washington puisse accepter l’échec. Et pourquoi pas ? Si tout par un caprice divin s’était déroulé comme prévue, qu’aurait bien pu faire le gouvernement américain. L’Australie isolé par la barrière des îles du pacifique sud, l’US Navy repoussé à San Francisco avec plusieurs porte-avions perdus, Hawaï menacé ? La guerre aurait sans doute continué mais son issue aurait sans doute été bien différente. Il aurait fallu affecter des moyens considérables au théâtre pacifique, subir des pertes encore plus lourdes, se battre encore plus longtemps. Et finalement peut être accepter un compromis.
La décision d’entrer en guerre était un pari très risqué mais les dirigeants japonais, mis au pied du mur, ont considéré qu’ils n’avaient pas d’autres choix que de le prendre. Il est tentant de dire qu’il s’agissait d’une folie, pourtant un examen de la première année de la guerre du pacifique montre l’énorme rôle de la chance. La victoire et la défaite se sont souvent jouées à très peu de chose. L’histoire est pleine de ces miracles qui n’auraient jamais du avoir lieu.
L’Occident?
Voilà ce qui arrive quand il est tard et que le cerveau commence à divaguer.
La question de l’Occident, de son existence, de sa définition, de son impact géopolitique est un problème qui reviens fréquemment dans le débat politique contemporain. Elle n’est pas près de disparaître tant elle touche au cœur de ce qui fait notre identité et notre vision du monde. Parlez de l’Occident, c’est parler de nous mêmes et notre rapport au monde extérieur. Yves Cadiou, résident quasi-permanent du blog Théâtre des opérations (pour notre plus grand bonheur) est revenu sur le problème récemment. Sa conclusion, le terme est dépourvue de signification et s’il désigne un réalité alors il faut lui trouver une nouvelle étiquette.
Alors que veut-on dire par Occident? Bien des choses, quand on sait que certains observateurs incluent dans la catégorie ” Occident” des pays comme le Japon, on comprend beaucoup de question se pose. Pour certains, l’Occident ce sont des valeurs et des principes qui régissent une entité politique (démocratie, économie de marché, etc), ainsi on peut inclure le Japon et l’Australie sans grande difficulté dans cette catégorie. Le premier malgré son histoire et culture très différente du lieu de naissance du concept “Occident”, le second malgré son éloignement géographie du lieu en question. C’est une définition très large du concept qui n’est alors qu’un mot-valise pour signifier “démocratie”,” économie de marché”, “habeas corpus”. Une telle définition semble au fond assez proche d’une vision américaine, plutôt néoconservatrice, d’un OTAN global réunissant tout les démocraties du mondes en lutte contre la tyranie. Et on voit que définition du concept et jugement normatif sont fortement lié. En effet la le concept “Occident” suppose une solidarité entre les membres de la catégorie. Et selon que vous élargissiez plus ou moins le cercle de solidarité ou que vous niez son existence(donc niez l’existence de l’occident), vous aurez une vision de l’action politique internationale différente. C’est ce qui fait le poids politique et idéologique du terme, car si nous sommes membre de “Occident”, alors nous partageons une même identité, nous sommes frères et donc nécessairement solidaire. Dans le discours politique contemporain, plus qu’une réalité objective, l’ “Occident” est un programme politique. Mais un programme dont le contenu varie selon la définition du terme que vous choisissez.
Voilà donc une première définition possible. Elle n’est pas fausse, en fait elle ne peut pas être fausse. Certains acteurs ont effectivement adopté cette définition. Mais à un niveau plus profond, elle renvoie à une autre définition de l’Occident. Car la démocratie, les droits de l’homme et le marché ne sont pas nés dans le vide. Ces objets sont le produits d’une histoire. C’est cette histoire qu’il conviens de faire pour saisir une autre dimension de “l’Occident”.
Au commencement était la Grèce. C’est là que l’idée de démocratie est né, le peuple de la cité décidait lui même de son destin. Le grecque s’est défini par rappor à l’Asie. Les auteurs antiques distinguait volontiers les grecques farouchement indépendants des barbares orientaux. L’Asie est la terre du despotisme, de la luxure et de la folie. Pour les Anciens, le monde est hellénistique est au contraire le monde des valeurs viriles, de la liberté et aussi de la Raison. C’est chez les grecques que l’arme suprême des idéaux démocratiques est nés, la Raison. Alors l’Occident c’est les grecques? Non, il manque quelque chose.
La deuxième grande étape, c’est Rome et son empire. C’est là qu’est né le droit, condition indispensable pour avoir l’idée même de droit de l’homme. C’est par Rome que se transmet le vocabulaire politique qui va structurer jusqu’à aujourd’hui la pensée européenne. Mais l’antiquité gréco-romaine, est ce l’occident? Non, non pas encore.
Il faut un dernier élément, c’est le Christianisme. Il ne s’agit pas ici de faire l’histoire des interactions fort compliqués entre le christianisme et la pensée politique jusqu’à nos jours. On va s’en servir d’une autre manière. En effet, à partir de la naissance du Christianisme va se définir un nouvel espace: la chrétienté. Au sein de la chrétienté, tous auront la conscience d’appartenir à un même groupe, une même communauté. Il n’y a pas de barbare entre chrétiens. Cette communauté s’étend sur un espace fluctuant: l’Europe. C’est au sein de cette chrétienté que part des chemins compliqués et obscures (n’excluant pas des passages par l’Islam) l’héritage greco-romain va faire son chemin et imprimer sa marque.
Et c’est alors que viens la grande rupture. Ou commence t’elle? Allez savoir, mais elle est là au XVIeme siècle. Ce que nous connaissons sous le nom d’Occident est né. La science et la pensé politique évolue, des idées nouvelles apparaissent, des nouvelles manières d’échanger et de produire. Les horizons s’élargissent et la chrétienté deviens Europe et étend son influence et ses idée sur le globe. Sa culture posera les pieds en Amérique, en Océanie, en Afrique et ailleurs. Alors, l’Occident, c’est ça? Une culture faite de divers strates historiques? En tout cas, c’est aussi comme cela qu’on peut le comprendre. Alors l’Occident s’étend sur les deux rives de l’Atlantique et dans quelques zones périphériques(Australie). En gros nous affaires un groupe partageant un ensemble de codes culturels et se reconnaissant dans une histoire commune. C’est aussi un programme politique mais réduis à l’espace Atlantique et ses préoccupations.
Quelque chose fait tiquer. A partir du XVIeme siècle commence ce que les historiens appellent par convention “les temps modernes”. Moderne…C’est là qu’on découvre un problème. Car dans ce récit, l’Occident est inséparable de la modernité. Comme l’aventure d’Atatürk le montre, on a souvent confondu les deux. La modernité passe par l’occidentalisation. On a bien du mal à faire la différence entre ce qui relève de l’inévitable sous-produit d’une transformation socioale(la modernité) et la part de culture (la contingence). Certains pensent que le Japon est la preuve qu’occidentalisation et modernisation ne sont pas la même chose. Mais d’autres diraient qu’au contraire, le Japon s’est occidentalisé. Et c’est alors que nous revenons sur notre première défintion. Est occidental ce qui est démocratique, capitaliste et individualiste (respect des droits de l’homme), c’est à dire moderne.
Viens alors l’idée de balancer le concept par dessus bord. Il n’y a pas d’occident, pas de solidarité atlantique (en tout cas justifié par une communauté de civilisation) mais une avant garde de la modernité que le reste du monde doit rejoindre. Le Japon, l’Europe et les Etats-Unis participent à cet avenir universel et ils ont même le devoir de faciliter sa progression. Et l’on en viens à l’impérialisme des droits de l’homme, mais ça c’est encore une autre histoire…
La guerre de Sécession et la reconstruction
Via Open Yale, la guerre de Sécession et la reconstruction par David Blight en 27 cours.
1940, et si la France continuait?
Et si la France n’avait pas signé l’armistice en 1940? L’historiographie moderne s’est aujourd’hui considérablement écartée des vieux clichés. Non la France ne manquait ni de chars, ni d’hommes, et de pas tellement d’avions que cela.
Alors qu’aurait-il pu arriver? C’est ce qu’un groupe enthousiaste a décidé d’explorer dans une uchronie fascinante: La France continue .

Taiwan, la périphérie de l’empire

Note:L’utilisation des termes Taïwan ou République de Chine ne signifie en aucun cas que l’auteur prend position sur la nature politique et culturelle de l’entité en question.
Depuis le 4 juillet, il existe une liaison aérienne direct entre la Chine et Taïwan. Auparavant tout vol d’origine chinoise vers Taiwan devait faire escale(largement symbolique, un simple touch down) soit à Hong-Kong soit à Macao. C’est l’un de multiples indicateurs d’un réchauffement des relations entre les deux rives du détroit séparées par les glaces de la confrontation est-ouest depuis 1949.
Pourtant bien des incertitudes subsistent, avant de revenir à aujourd’hui passons par l’histoire.
Que Taïwan aujourd’hui ne soit toujours pas sous le contrôle du gouvernement de Pékin peut paraître une étrange anomalie qui avec la conversion au capitalisme du continent ne devrait plus avoir lieu d’être. Un bref regard vers le passé montre qu’en réalité ces périodes d’éloignement sont loin d’être une exception.
L’inclusion de Taïwan dans le monde chinoise est un évènement relativement récent. Originairement peuplé de populations aborigènes( peuples de l’Océanie), les premières vagues d’immigrations chinoises dates du XIeme siècle avec les Hakkas. A cette époque, il n’existe aucune autorité impériale sur ce territoire difficile d’accès à cause des eaux turbulentes du détroits. Tant et si bien, qu’au XVIeme siècle les colonisateurs européens s’installent, portugais d’abord puis surtout hollandais pendant une cinquantaine d’années. Cette à cette époque qu’interviens la seconde vague d’immigration chinoise. Pour exploiter leur colonie, les hollandais fond venir du Fujian des travailleur chinois, ils deviendront les minanais. C’est ce dialecte qui prédomine aujourd’hui à Taïwan.
C’est seulement en 1662 que Taïwan fait son entrée dans l’orbite de l’empire mais d’une manière indirecte. Un général chinois connu sous le nom de Koxinga chasse les hollandais et s’installe. Il prétend à partir de Taïwan restaurer la dynastie Ming tombée sous les coups des mandchous. Il est finalement battu par les armées de la nouvelle dynastie mandchou, les Qing, en 1683. Pékin administre alors directement l’île en tant que préfecture de la province du Fujian.Taïwan ne deviens une province qu’en 1885. Pour bien peu de temps.
En effet, à la suite de la première guerre sino-japonaise, le traité de Shimonoseki signé en 1895 cède Taïwan au Japon. Période ambivalente pour les taïwanais, c’est pendant celle-ci que démarre le développement économique(chemins de fer, embryon d’industrie, etc) de l’île mais aussi une tentative d’acculturation par l’intermédiaire de l’éducation. La colonisation japonaise va marqué profondément le pays pendant les 60 années suivantes.
Finalement, le Japon abandonne Taïwan et la suite est connue. Le KMT prend le contrôle à Taïwan et écrase les oppositions locales à l’occasion des massacres du 28 février 1947(wikipedia, neutralité disputée). Puis défait par les communistes s’installent et 2 millions de réfugiés passent le détroit. C’est le début de près d’un demi-siècle de domination du parti unique, le KMT. Chiang Kai-shek gouvernera le pays en maintenant l’espoir de la reconquête, et la République de Chine subi progressivement un isolement diplomatique.
A partir des années 80 commencent un phase de libéralisation marqué à l’instar de la Corée du Sud par d’important mouvement de contestation et de revendications des droits de l’homme, à partir duquel émerge le parti d’opposition DPP, qui aboutisse durant les années 90 à une démocratisation complète.
Taiwan a donc une place particulière dans l’univers chinois, à la croisé des mondes: Chine, Japon, Occident…
La réunification est possible mais d’autre voies sont ouvertes selon les évolutions de ou des identités des habitants. D’où l’importance des mouvements politiques actuelles. Comme un autre jeune démocratie asiatique, la Corée du sud, Taïwan est le théâtre de mouvements politiques spectaculaires(manifestation à répétition, choc avec les forces de l’ordre, etc). Mais au-delà de ce qui semble être la marque d’une culture politique, il indéniable qu’il existe un conflit profond. Aujourd’hui, deux partis politiques s’affrontent:
- Le DPP issu des mouvements pro-démocratiques des années 70/80 avec une perspective indépendantiste(pour ne pas dire nationaliste), ses partisans sont les verts.
- Le KMT, l’ancien parti unique aujourd’hui converti à démocratie avec une perspective chinoise, ce sont les bleus.
Si le KMT a une une certaine réputation de corruption dans les années de développement économique, il semblerait aujourd’hui que le DPP n’aie plus grand chose à lui envier dans ce domaine.
Quoiqu’il en soit le pouvoir semble aujourd’hui voué à aller et venir entre ces deux partis dominants éventuellement accompagnés d’autres petits partis. L’électorat est en général divisé de manière un peu près égale aux élections présidentielles comme dans beaucoup de pays démocratiques.
C’est aujourd’hui le KMT qui domine largement avec à la fois une très large majorité au yuan législatif et un président de la république affilié au KMT, Ma Ying-yeou. Une explication pour cette large domination est la lassitude de l’électorat après 8 années de domination du DPP. Ce dernier avec son président Chen Shui-bian ne s’est pas montré capable d’améliorer une situation économique dégradée depuis plusieurs années. Les promesses nationalistes ont manifestement échoué à mobiliser l’électorat plus pragmatique.
En revanche, les promesses du KMT d’une pacification des relations avec la Chine et donc d’un resserrement des liens économiques avec le continent, déjà important avec plus de 100 milliards de dollars d’investissements taïwanais, a plus séduit.
Malheureusement la lune de miel risque d’être de courte durée. En effet les enquêtes de corruption sur le DPP se sont brusquement accélérées avec l’incarcération de l’ancien président et une intervention très visible du KMT dans le processus judiciaire (remplacement de juge…). D’autant plus que les investigation sur les affaires du KMT n’ont pas particulièrement accéléré. Il y a donc un risque que le KMT subisse un retour de bâton.(article asia times)
Ce n’est pas d’ailleurs le seul sujet de polémique, la manière peu transparente avec laquelle est gérés les négociations avec le Chine Populaire avivant les craintes de l’opposition verte.
Les citoyens sont donc divisés sur l’avenir de la République de Chine les seuls points de consensus semblent être le maintiens du statu quo et la préservation des institutions démocratiques.
Athènes et Corcyre
En imitant le sage résidant sur la montagne de Pour convaincre, la vérité ne peut suffire, je vais moi aussi citer des textes antiques grâce au très bon remacle. Il ne sera jamais dit assez de bien de la civilisation numérique.
Pour le contexte, il s’agit du discours que tinrent les Corcyréens aux athéniens aux début de la guerre du Péloponnèse. Corcyre, prospère cité sur les cotes orientales de la Grèce, se rebelle contre sa cité mère, Corinthe, et sollicite l’aide athénienne. Les ambassades de Corcyre et de Corinthe défendent leur cause devant les citoyens d’Athènes.
Ce discours introduit déjà le mélange détonnant que l’on retrouvera bien souvent dans l’histoire: idéologie, droit international et géopolitique. Nihil novi sub sole, rien de nouveau sous le soleil…
Tout le reste de l’année qui suivit le combat naval et l’année suivante, les Corinthiens, irrités de la guerre contre les Corcyréens, construisirent des vaisseaux et consacrèrent tous leurs efforts à équiper une flotte ; ils rassemblèrent des rameurs provenant du Péloponnèse même et du reste de la Grèce, auxquels ils promettaient une solde. A l’annonce de leurs préparatifs les Corcyréens prirent peur ; ils n’étaient liés par traité avec aucun peuple de Grèce et ils n’avaient conclu aucune convention (40) ni avec les Athéniens, ni avec les Lacédémoniens. Aussi décidèrent-ils d’aller trouver les Athéniens pour obtenir leur alliance et tâcher de trouver auprès d’eux quelque secours. A cette nouvelle, les Corinthiens eux aussi vinrent à Athènes ; ils voulaient éviter que la flotte athénienne ne s’unît à la flotte corcyréenne et que les forces combinées ne les empêchassent de mener la guerre comme ils l’entendaient. L’assemblée fut constituée et ils parlèrent contradictoirement. Voici ce que dirent les Corcyréens :
XXXII. – « Il est juste, Athéniens, que des gens qui ne vous ont rendu aucun service important et ne sont pas vos alliés, en venant demander de l’aide à autrui, comme nous le faisons maintenant, montrent en premier lieu que leur demande est avantageuse, ou tout au moins n’est pas nuisible ; ensuite que leur reconnaissance sera certaine. S’ils n’établissent pas nettement chacun de ces points, ils ne doivent pas s’irriter en cas d’échec. Les Corcyréens nous ont envoyés vous demander votre alliance, avec la ferme conviction de vous fournir des raisons solides. Car il se trouve que dans notre nécessité actuelle, la conduite que nous avons tenue à votre égard, pour avoir été inconsidérée, s’avère maintenant défavorable. Nous qui, jusqu’à présent, par notre volonté n’avons été les alliés de personne, nous venons maintenant vous demander votre alliance ; c’est précisément ce qui a causé notre isolement dans la présente guerre contre les Corinthiens. Ainsi notre prétendue sagesse d’autrefois, qui nous interdisait d’entrer dans l’alliance d’un autre peuple et de nous associer aux desseins d’autrui, nous paraît maintenant impuissance et faiblesse. Dans le combat naval avec les Corinthiens, nous les avons nous-mêmes repoussés par nos propres forces, mais maintenant qu’ils se disposent à nous attaquer avec des forces plus considérables, rassemblées du Péloponnèse et du reste de la Grèce, nous voyons que nous sommes dans l’impossibilité de vaincre avec nos seuls moyens et que le péril est immense pour nous, si nous succombons. Aussi sommes-nous contraints à vous demander du secours, ainsi qu’à tout autre peuple ; et vous devez nous pardonner, si nous renonçons à notre inaction d’autrefois qui fut inspirée moins par mauvais vouloir que par erreur de jugement.
XXXIII. – « La circonstance qui nous fait solliciter votre appui vous sera avantageuse sur bien des points ; tout d’abord vous accorderez de l’aide à un peuple injustement traité et qui ne fait tort à personne ; ensuite, en accueillant des gens qui sont très gravement menacés, par ce bienfait inoubliable vous mériterez ta plus vive des reconnaissances. De plus nous possédons une marine, qui n’est inférieure qu’à la vôtre. Examinez aussi s’il est un avantage plus rare et plus redoutable pour les ennemis, que de voir une puissance dont vous estimerez devoir acheter l’alliance au prix de riches trésors et d’une vive reconnaissance, venir s’offrir d’elle-même à vous de son plein gré, se remettre en vos mains, sans risques et sans frais, et vous apporter en outre l’estime publique ; ceux que vous défendrez vous en auront de la reconnaissance ; vous-mêmes en tirerez une augmentation de votre puissance. Voilà des avantages qui, en tout temps, ont été rarement réunis ; il est peu ordinaire que des gens qui sollicitent du secours apportent à ceux qu’ils appellent à leur aide autant de sécurité et d’éclat qu’ils en doivent recevoir (41), Croire que la guerre où nous pourrions vous être utiles n’aura pas lieu, c’est se tromper : c’est ne pas s’apercevoir que les Lacédémoniens feront la guerre précisément parce qu’ils vous redoutent ; que les Corinthiens sont puissants auprès d’eux et sont vos ennemis ; qu’ils commenceront par nous attaquer, pour se porter ensuite contre vous, car ils craignent dans leur haine commune que nous ne nous unissions contre eux et ils veulent atteindre l’un ou l’autre de ces objectifs : ou nous nuire ou se fortifier eux-mêmes. Il nous faut les devancer : vous en nous accordant votre alliance, nous en la sollicitant ; et mieux vaut prévenir leurs attaques que d’avoir à y riposter.
XXXIV. – « S’ils disent qu’il n’est pas juste que vous accueilliez les colons des Corinthiens, qu’ils sachent que toute colonie, lorsqu’elle est bien traitée, honore sa métropole ; mais que mal traitée, elle s’en éloigne. Car si des colons émigrent, ce n’est pas pour être les esclaves, mais les égaux des gens de la métropole. Qu’ils nous aient traités injustement, la chose est évidente quand nous leur avons offert un arbitrage pour l’affaire d’Épidamne, ils ont mieux aimé obtenir le règlement de leurs griefs par les armes que par les moyens légaux. Que leur conduite envers nous qui sommes leurs parents vous serve de leçon : ne vous lassez pas tromper par eux, ne cédez pas immédiatement à leurs prières. Car c’est en évitant de se créer des regrets pour avoir servi ses ennemis qu’on vit avec le moins de dangers.
XXXV. – « En nous accueillant vous ne romprez pas le traité conclu avec les Lacédémoniens, puisque nous ne sommes les alliés ni des uns ni des autres. Car il est spécifié dans le traité qu’une ville grecque qui n’est l’alliée de personne peut s’unir à ceux à qui il lui plaira et il serait révoltant qu’eux-mêmes pussent équiper leurs vaisseaux non seulement avec les gens compris dans le traité, mais encore avec d’autres pris dans le reste de la Grèce, et même avec vos sujets, alors qu’ils nous empêcheraient d’entrer dans l’alliance dont il s’agit et de recevoir d’où que ce fût du secours ; et ils nous feraient un crime d’obtenir de vous ce dont nous avons besoin ! C’est nous qui aurons de bien plus graves griefs, si nous ne l’obtenons pas ! Est-il possible que vous nous repoussiez, quand nous sommes en danger, nous qui ne sommes pas vos ennemis ? Non seulement vous ne vous opposerez pas à ceux qui sont vos ennemis et qui déjà s’avancent, mais de plus vous les laisseriez sans protester accroître leurs forces même sur les pays qui vous sont soumis ; ce serait bien injuste ! Il faut ou les empêcher de tirer des mercenaires de chez vous, ou nous envoyer du secours dans la mesure du possible, et surtout nous admettre dans votre alliance et nous secourir ouvertement. Nous vous l’avons dit dès le début, nombreux sont les avantages que nous vous indiquons le plus grand, le plus propre à vous décider, c’est que nos ennemis sont les mêmes (42), qu’ils sont forts et capables de nuire à ceux qui se détacheront d’eux. C’est une alliance avec une puissance maritime et non avec une puissance continentale qui vous est offerte ; la refuser vous causerait une perte bien plus grande. L’essentiel pour vous est de ne laisser personne acquérir une marine ; sinon, d’avoir, si vous le pouvez, l’amitié du peuple le plus puissant sur mer.
XXXVI. – « Que celui qui reconnaît la justesse de ces arguments, mais craint en se lassant convaincre de rompre la trêve, sache que la peur qu’il inspire, appuyée sur la force, effrayera davantage les ennemis, tandis que la sécurité que son refus lui donnera, dénuée de cette force, inspirera moins de crainte à de puissants ennemis. II faut savoir que c’est davantage sur le sort d’Athènes que sur celui de Corcyre que porte la présente délibération ; et c’est ne pas prendre le meilleur parti, si vous ne considérez que le présent, quand il s’agit d’une guerre prochaine et presque commencée et si vous hésitez à vous ranger aux côtés d’une ville dont la situation et l’inimitié sont peur vous de la plus grande importance. Son emplacement est des plus avantageux pour qui se rend en Italie et en Sicile ; elle peut empêcher une flotte d’aller de ces pays dans le Péloponnèse et interdire le passage du Péloponnèse dans ces contrées. Sur les autres points elle présente de très grands avantages. Bref, à envisager la question tant dans l’ensemble que dans les détails, sachez pour la raison suivante ne pas nous abandonner : il y a chez les Grecs trois marines importantes : la vôtre, la nôtre et celle des Corinthiens ; si vous laissez se joindre les deux dernières, si les Corinthiens tombent sur nous à l’improviste, vous aurez à combattre à la fois contre les Corcyréens et les Péloponnésiens. Mais si vous nous accueillez, vous pourrez les combattre avec des vaisseaux plus nombreux grâce aux nôtres. »
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La mer, l’espace et la guerre du Pacifique
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Peu de conflits se seront déroulés sur des espaces aussi gigantesques que la guerre du Pacifique. Le théâtre va de Hawaï à Ceylan( l’actuel Sri Lanka), soit environs 12 000 kilomètres. Le porte-avions Lexington avec une vitesse maximale 33 nœuds devait mettre environs 5 jours pour faire Pearl Harbour-Philippines, et les navires ne voyagent que rarement à vitesse maximale évidemment. Il est possible de comparer à la guerre de sept ans mais c’est un cas particulier, plus caractérisé par une fragmentation en différents conflits locaux( Antilles, Canada, Inde et évidemment Europe) sans aucune unité du théâtre d’opération.
En fait, la guerre du pacifique fait parti d’une catégorie rare. Un conflit presque exclusivement naval, évidemment il y eu des combats terrestres( d’une extrême violence) mais si l’on exclue la Birmanie et la Chine( qui sont restés périphériques), ces combats n’ont de sens stratégique qu’en relation avec avec la mer. L’US navy a besoin de bases pour ces navires et doit neutraliser les obstacles sur son chemin( tel que les grandes bases de Rabaul et Truk), l’US Army Air Force a besoin de bases pour ses bombardiers B-29 qui attaquent le Japon. L’objectif final, la reddition sans conditions du Japon est obtenu sans qu’un seul soldat américain ne posent le pied sur le sol japonnais( si ce n’est les prisonniers évidemment).
C’est donc un conflit entre puissances maritimes qui se joue sur mer, c’est à dire un conflit peu fréquent. Il y a sans aucun doute les guerres anglo-hollandaises du XVIIeme siècle dont l’objet était exclusivement maritime, mais depuis rien. Cela n’invalide pas l’axiome de la tactique The seat of purpose is on the Land, mais il n’a de valeur qu’au plan tactique.Ce n’est pas nécessairement le cas au plan stratégique. Dans le théâtre pacifique, une île n’avait de valeur que relativement aux opérations navales et subsidiairement aérienne( sauf cas spécial: les Philippines, territoire américain).
La confrontation dans le pacifique se distingue donc par le gigantisme de l’espace et l’enjeu stratégique.
La carte suivante faite grâce à Google Earth montre les grands engagements de la marine américaine au cours de la guerre: Pearl Harbour, Coral Sea, Midway, Eastern Solomons,Philippines Sea, Leyte Gulf et Okinawa.

Sept points rouges sur une immensité bleu. Il ne s’agit que des grands combats, ne sont pas compter les dizaines de débarquements amphibie tout plus sanglants les uns que les autres auquel participèrent les Marines. Voici quelques images des îles les plus connues.

Midway, longueur à la base du triangle, 15 km, songez par comparaison aux 1000 km nécessaire pour y parvenir de Pearl Harbour
Guadalcanal, enjeu de la bataille des Salomon Orientales:

Guadalcanal( environ 150 km de long) et les îles Salomon
Et la sanglante Tarawa dans les îles Marshall, pacifique central:

Pacifique central, au centre les îles Marshall et Tarawa
Et d’un peu plus près:

Tarawa, environs 40 km de long, guère plus d'1 km de large au point le plus épais
Passons à Saipan, enjeux de la bataille des Philippines:

De l'ordre de 20 km de long
Fortuna et Pearl Harbour
Dans le numéro de Juillet 1948, the Atlantic Monthly publiait un article sur la catastrophe qui frappa les États-Unis le 7 décembre 1941. Son auteur Sherman Miles était le chef du renseignement militaire à l’époque du désastre.

Grâce à cette position il était donc particulièrement bien placé pour savoir ce que les services de renseignements savaient et comment les autorités politiques et militaires utilisaient le produit de ses services.Il faudrait sans doute pour être rigoureux faire une comparaison détaillé des faits avec l’excellent Eagle Against the Sun de Ronald H Spector.
Toutefois, on peut déjà faire des observations très intéressantes. D’abord, s’il est tout à fait exact que les services de renseignements ont échouer à prédire l’attaque, la question de savoir si c’était seulement possible de la prévoir n’a rien d’évident.Il est toujours facile d’interpréter après coup des renseignements parcellaires et ambiguës.Même le fameux “magic”, c’est à dire le décodage des codes japonais par les américains ne fournissaient jamais que des renseignements flou laissant la porte ouverte à de multiples interprétations. Ce qui était vraie hier est sans doute encore plus vraie aujourd’hui où la multiplication des moyens de collectes ne va pas nécessairement de pair avec une meilleur compréhension.Cette constations doit nous garder contre les illusions du renseignement.L’information n’est pas la connaissance, le renseignement est un art difficile et certainement pas une boule de cristal susceptible de donner les clefs de l’avenir.
Une autre constations est la permanence des rivalités inter-service et des difficultés de communication.C’était particulièrement le cas en 1941, on partout dans le monde on était bien loin de penser de manière inter-armée. Cinquante plus tard, ce problème est toujours là, dans l’échec du 11 septembre 2001, l’ éclatement du système de renseignement américains avec ces agences rivales et surtout avec des missions différentes est une variable fondamentale.

Enfin, last but not least, la chance.Un bon général est chanceux. Et comme le montre bien Sherman Miles, ce jour là, fortuna s’est acharné sur les vaincus avec une persistance rare.
Vers Cynoscephale
Page 122, deuxième partie de l’histoire politique du monde hellénistique.
La paix de Phoinikè n’est qu’un bref intermède entre la première et la deuxième guerre de Macédoine entre Rome et Phillipe V. Ce dernier conflit verra l’effondrement des positions macédoniennes acquises en Grèce depuis Antigonos Gonatas. L’origine de ce conflit est plus délicate à cerner et n’a que peu de chose avoir avec les affaires d’Illyrie et la paix de Phoinikè.
L’origine direct du conflit est l’appel à Rome de Rhodes et du royaume de Pergame. En effet, Philippe V se lança à partir de 203 dans une campagne dans la direction des détroits. Se faisant, il indisposait les puissances de la régions tel que Byzance, Pergame et Rhodes. D’autant plus que Philippe V utilisait pour parvenir à ces fins des méthodes fort peu recommandable, Édouard Will parle même de “trahison infâme”, ce qui faisant naturellement du plus mauvais effet.Quoiqu’il en soit, le roi antigonide réussie à s’emparer de Kios, détruit sous les yeux des ambassadeurs Rhodiens sur lesquelles on n’imagine que l’effet fut désastreux, Périnthe, allié de Byzance et Thasos, l’objet de l’infâme trahison.Le tout sans déclaration de guerre contrairement aux usages.
Phillipe V aggrava son cas en 201 en faisant campagne dans l’egée. Il s’en pris à une importante base navale lagide, Samos ( l’influence lagide dans l’égée fera l’objet d’un autre billet). C’était trop et les Rhodiens envoyèrent leur flotte qui fut repoussée. La voie étant libre; l’armée macédonienne passe en Asie mineur et s’empare de Millet.
Ces succès furent vue d’un très mauvaise œil par Attale qui s’allia avec les Rhodes, Byzance , Cyzique et Chios. Bien mal lui en pris car le macédonien se dirigea aussitôt vers Pergame et ravagea les environs(ainsi que quelque sanctuaires, Philippe V n’étant pas manifestement à quelques sacrilèges près)mais incapable de prendre la ville, il du se retirer. Il descend alors en Carie et y mène le siège de Bargylia.
Pendant l’été 201, la situation est donc défavorable aux alliés mais les jeux ne sont pas encore fait. Mais à l’automne , c’est le coup de théâtre: le Royaume de Pergame et Rhodes font appel à Rome. La première réponse fut prudent et sans aucun doute décevante: « le Sénat s’intéressait à la question », et bientôt le Sénat ne cessera de s’intéresser à la question. Mais en 200, tout cela reste bien incertain. Pour en savoir plus, Rome décide d’envoyer trois ambassadeurs dont Sempronus Tuditanus, négociateur de la paix de Phoinikè. Ils arrivent dans les Balkans au printemps 200.
La même année, Philippe V se laissa entraîner dans une guerre contre Athènes par ses alliés acarnaniens. Rhodes et Pergame volent au secours de la vénérable cité grâce à leurs flottes. Athènes déclare la guerre à Philippe. Par coïncidence, les ambassadeurs romain sont présent et assistent aux évènements. Le premier acte de la pièce ce déroule donc là. Les romains délivrèrent leur premier ultimatum: si l’Antigonide désir rester l’ami de Rome, il doit reconnaître ses tords et accepter un arbitrage. Le stratège macédonien en charge des opérations dans l’Attique battît en retrait et fit son rapport au Roi. Celui-ci ignore l’avertissement romain et reprend l’offensive en Thrace et dans les régions des détroits. A l’automne 200, un ambassadeur romain arrive à Abydos en Asie et donne à Philippe le dernier ultimatum: arrêter la guerre, ne pas toucher à l’équilibre des forces dans l’égée ou c’est la rupture avec Rome. Au même moment les légions débarquaient en Illyrie. Le Roi de Macédoine refuse, convaincu de ne rien avoir à se reprocher ayant respecté les termes de la paix Phoinikè. La guerre va durer quatre ans et va bouleverser l’ordre macédonien en Grèce.
La guerre de 200 à 196 fera l’objet d’un prochain billet.


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