Nihil novi sub sole

L’Avenir d’Israël

Posted in Géopolitique by ZI on janvier 4, 2011

Parce qu’il faut bien s’occuper un peu, parlons d’un marronnier.

Israël en raison de sa situation géographique et politique est voué par nécessité à une existence relativement courte. Relativement, car évidemment toute construction humaines est vouées à disparaître. Ainsi la France, nous pouvons en être sûr disparaîtra, ses pierres seront des objets de musées, des antiquités vénérables mais rien de vivant. Que ce sort soit inévitable n’enlève pas d’intérêt à la question du quand ? Les entités politiques disparaissent plus  ou moins vites et peuvent même se réincarner à travers les siècles. L’espérance de vie de la France n’est pas nécessairement la même que celle du Koweït.

Il existe d’excellentes raisons de penser que celle de l’Etat d’Israël sera particulièrement courte comparée à d’autres expériences. L’Israël qui nous intéresse a été fondé en 1948 par des juifs d’origine européenne.  Nous ne nous intéressons pas ici à l’idée d’Israël dont la longévité dépasse très largement l’Etat lui-même, ni aux entités politiques qui se sont par le passé appelées de même, ou se sont revendiquées dans la même lignée biblique. Il n’est pas question de parler de la religion ou du peuple juif, des idées qui existaient bien avant 1948 et survivront sans doute très longtemps après la mort de leur champion étatique.

Qu’est-ce qu’Israël ? Répondre à cette question c’est réponse à la question du quand ? C’est d’abord un territoire. Entre le Sinaï au sud, et les monts du Taurus au nord, s’étend une fine bande de terres fertiles le long de la méditerranées coincé entre mer et désert.  C’est une région peuplée et civilisée (comprendre urbanisée) depuis la plus haute antiquité,  aujourd’hui recouverte par le vocable « Proche-Orient » mais quand des temps plus anciens, on a appelait tout simplement la « Syrie ». Au sud, elle s’ouvre sur le Sinaï et par là l’Egypte, au nord elle est ouverte sur la Mésopotamie et l’Anatolie. Ni le désert ni les montages n’ont été des obstacles pour les envahisseurs du nord et du sud. Le destin des entités politiques syriennes a été toujours au cours des siècles d’être dominé par des empires extérieurs.  L’histoire de cette région est donc celle des dominations successives des divers empires égyptiens, anatoliens et mésopotamiens.

C’est le grand problème des incarnations successives d’Israël à travers l’histoire, cette bande de terre fertile est non seulement riche mais cette aussi la zone naturelle d’expansion de l’Egypte et des empires du nord. Il n’est pas de plus belle illustration que la bataille de Kadesh, dans l’actuel Liban, qui opposa le pharaon Ramsès II aux Hittites d’Anatolie.  Pendant des siècles, l’Egypte à travers ses divers maîtres à tenter d’imposer sa domination  en Syrie face aux empires du nord. Jusqu’à la conquête perse au VIeme sicèle avant JC, l’histoire de la Syrie est liée aux avancés et recules de la puissance des pharaons. Au nord, Hittites, Assyriens, Néo-babyloniens et Perses sont les diverses incarnations des empires du nord ; franchissant le Taurus ou passant par les routes caravanières de Syrie ; ils dévalent la plaine  le long de la mer vers l’Egypte.

Coincé entre ces grands empires continentaux, cette région n’a que rarement eu une existence indépendante. C’est le pays des cités soumis au tribut prélevé par le conquérant du jour, l’histoire contée par la Bible n’est pas très différente de celles des cités phéniciennes sur ce plan là. Si les prédécesseurs géopolitiques d’Israël ont pu exister ce n’est jamais autrement qu’en profitant de la faiblesse provisoire des grands empires.

C’est grâce à à la faiblesse de  l’Egypte et de tous les autres grands empires  de la région après la grande crise de la fin du deuxième millénaire, qu’un Israël  peut imprimer sa marque dans l’histoire dans les premiers siècles  du premier millénaire avant JC. C’est grâce à la faiblesse de l’Egypte ptolémaïque et des séleucides que le royaume de la dynastie Hasmonéennes prospère. Enfin, 1500 ans plus tard, les Etats latins d’Orient, qui ont une fonction géopolitique identique à l’Israël antique,  vont prospérer pendant un siècle sur la faiblesse et la division des grands empires musulmans. Saladin, à partir de l’Egypte, mettra fin à cette aventure en constituant un empire capable de dominer la région.

Les circonstances des créations d’Israël sont en 1948 sont remarquablement similaire aux croisades, là encore il est question d’immigration et de colonisation européennes dans un contexte de faiblesse régionale.  Sortant à peine de la décolonisation et divisés, les arables sont incapables d’empêcher la création du nouvel Etat.

Depuis 60 ans Israël survit non pas parce qu’il est plus fort mais parce que ses voisins sont anormalement faible comparé à leurs ressources matérielles et démographiques dont ils disposent. La question est combien de temps cette situation durera ? A l’échelle humaine peut être encore longtemps, mais à l’horizon 2100, il paraît profondément douteux que l’évolution du contexte global, le déclin relatif de l’occident et la monté du reste, permette de à cette anomalie de subsister longtemps.

Aujourd’hui comme hier, ce n’est pas le désert libyen qui constitue l’ère d’extension naturelle de l’Egypte mais la plaine du pays de Canaan.

 

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Vagues considérations sur la tribu afghane.

Posted in écume des jours by ZI on août 26, 2010

Il est fréquent d’entendre dire, encore récemment, que l’Afghanistan est une “société tribale”. Toutefois, dire que la société afghane est organisé par les tribus posent problème sur deux niveaux. Le premier c’est que cette information, le caractère tribal de l’Afghanistan, ne nous dit rien si nous ne pouvons pas déterminer plus avant les caractéristiques qui découlent de cet état. Enfin, deuxièmement, dire que l’Afghanistan est une société tribale peut conduire à négliger les formes d’organisations qui précisément ne relève pas du vocable “tribale/tribu”, surtout si ces termes sont en réalité mal compris et mal définis.

Quelques remarques, donc, sur l’organisation de la société afghane. Ce blog ne se consacre pas à l’anthropologie qui est malheureusement très éloigné des préoccupations habituelles en ces lieux. Mais des anthropologues s’intéressent depuis longtemps à l’Afghanistan. C’est dommage car ils ont des choses à dire sur l’Afghanistan.

Voici quelques chemins d’exploration:

Tout d’abord, il faut s’entendre sur ce qu’est une tribu. L’image que ce terme inspire, c’est celle d’un groupe humain soudé et hiérarchisé. Il y a un chef ou un groupe d’anciens qui ont autorité sur le groupe. La tribu dans un tel schéma est une unité politique manipulable. C’est l’exemple irakiens où la politique tribale américaine consiste à parler avec les sheikh qui sont sensés avoir une autorité sur un groupe de personne.La réussite dépend alors de la capacité des militaires à manipuler un chef ou un groupe de chefs qui ont effectivement une autorité.

Il en va tout autrement en Afghanistan. Tout d’abord, il faut savoir à quelle échelle géographique on s’intéresse, en effet les tribus sont divisés en sous-groupes puis éventuellement en sous-sous-groupes. Il n ‘existe pas de rapport hiérarchique entre ces groupes. Ainsi il est possible que le sous-groupe Y et le sous-groupe Z, respectivement des groupes A et B, soit en alliance contre un sous-groupe W rattaché au groupe A. Bref, savoir que tel individu  ou telle communauté appartiens au groupe tribal A ne vous renseigne pas nécessairement sur sa position sur l’échiquier politique.

Il faut aller plus loin, il n’existe pas de schéma pré-déterminé pour l’organisation d’une communauté, souvent un village. Il y a les anciens qui contrairement à ce que le nom suggère ne sont pas nécessairement les plus  vieux, ce sont surtout les personnages les plus riches et puissants de la communauté. Mais l’autorité et la légitimité de ces individus ne sont pas absolus. Il faut compter évidemment avec le mollah qui tient lui aussi son rôle qui pourra être positif ou négatif selon les circonstances locales et son orientation idéologiques. Enfin, il se peut que des membres de la communauté n’aient tout simplement pas envie de respecter les desideratas de ces “autorités”, d’autant plus facilement si le pouvoir est ailleurs.

Mais où?

Dans les partis politiques entre autre.Ce sont des organisations issus de la guerre contre les soviétiques, souvent crée à l’origine dans les camps de réfugiés au Pakistan à la faveur de l’affaiblissement des structures traditionnelles et de l’aide militaire/humanitaire occidentale.Le plus connu d’entre eux aujourd’hui est le Hezb-i-islami de Gulbuddin Hekmaktyar qui mène une guérilla dans l’est du pays. Mais le célèbre Massoud était aussi à la tête d’un partie de ce type. Ces partis ne sont pas tribaux mais peuvent utiliser les réseaux tribaux éventuellement. *

Enfin, il y a les “qwam” qui forment une sorte de  réseau de solidarité. Ils peuvent être tout et n’importe quoi, un groupe professionnel. par exemple (voir là pour plus de détail). Parfois ils sont politiquement dormant, parfois actif. Ils jouent un rôle sur l’échiquier politique qui ne se confond pas avec les réseaux tribaux.

La conjonction de ces éléments relativisent considérablement l’importance de la tribu, le fait même que les taliban ne se rattache à aucune revendication tribale ou ethnique doit rendre très prudent.

Ces quelques remarques sommaires et  imprécises (un véritable anthropologue m’aurait sans doute exécuté plusieurs fois)doivent convaincre que déclarer que l’Afghanistan est une société tribale, ce qui peut être vrai dans la mesure où il y a des tribus, risque de masquer une réalité beaucoup plus complexe et mouvante.

Pour en savoir plus: Ghost of Alexander.L’auteur de ce blog maintient une bibliographie considérable sur l’Afghanistan.

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Pour une puissance navale

Posted in Uncategorized by ZI on juillet 27, 2010

Trouvé via Information Dissemination: Strategic Thinking

The United States must place a premium on that element of its military power that is equally valuable in peacetime as it is in war, and that is sea power. When Great Britain chose to diminish its fleet, it did so because its land Army was already tiny in comparison (and dedicated to homeland defense).

We are not in a similar position today. While America’s land power is honorably engaged in Afghanistan and Iraq, it is the stated policy of the U.S. government to draw down from those wars, leaving an open question as to the future of the Army.

The American people are not likely to support another massive land war soon, and nine years of combat against largely irregular forces should raise doubts about whether resetting the Army makes strategic sense in the face of mounting budget pressure.

Given that American sea power includes a Marine Corps that, in the words of Defense Secretary Robert Gates, “exceeds the size of most world armies,” the right strategic decision for the United States is to accept more risk in the ability to fight extended land wars outside of its own borders and less risk in forces dedicated to the deterrence of adversaries, the assurance of allies, the maintenance of strategic balance and crisis response. In other words, sea power (and to a lesser extent, air power).

Sea power provides the president with scalable escalation and de-escalation options that do not rely on the permission or sanction of another government, a unique feature of the terrain upon, under, over and from which sea power operates.

Top Secret America

Posted in Uncategorized by ZI on juillet 19, 2010

pas encore regardé dans le détail, mais ça a l’air assez intéressant: une enquête du Washington Post.

The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783

Posted in Stratégie by ZI on juillet 2, 2010

Il a déjà été question ici d’Alfred Taylor Mahan. Mahan est sans doute le plus connu des théoriciens de la guerre navale. Aujourd’hui vieux de plus d’un siècle, ses travaux restent pourtant riches d’enseignement.

En effet Mahan cherche à montrer à ses concitoyens l’importance de la puissance et les règles qui en encadrent l’exercice. Son ouvrage majeur, The « Influence of sea power upon history 1660-1783 », s’intéresse à la stratégie et ne touché que marginalement la tactique même s’il porte une attention particulière aux récits et à l’analyse des batailles.

Pour Mahan, l’objet fondamental de la stratégie navale est la maîtrise de la mer c’est-à-dire la capacité à faire usage de la mer et dénier son utilisation à son adversaire. Celle-ci peut être totale, c’est-à-dire s’exercer sur la totalité de l’espace considéré, ou locale, c’est-à-dire s’exercer sur une partie de l’espace de manière temporaire. Car quel que soit la finalité de la guerre, si celle-ci doit dépendre de la mer alors la seule manière de s’assurer du succès de l’entreprise est de la contrôler.

Mais comment s’assurer la maîtrise de la mer. C’est là qu’intervient la thèse centrale de Mahan et aussi la plus controversée. Pour l’américain, la maîtrise de la mer ne peut être obtenue que par la destruction de la force navale ennemie. Tant que celle-ci  ne sera pas détruite, tous les gains obtenus qui dépendent de la puissance maritime sont susceptibles d’être remis en cause. Pour lui, les opérations dans les caraïbes au cours du XVIIIème siècle en sont la plus claire démonstration. Il n’a de cesse au cours des 500 pages de son ouvrage de critiquer les stratèges, surtout français, qui considère les opérations navales sont soumises au déroulement des opérations terrestre et plus largement aux objectifs de la campagne. Si la flotte est nécessaire à leur succès, alors le meilleur moyen de réussir est de détruire tout affaire cessante les forces susceptibles d’empêcher la réussite de l’opération. C’est cette insistance sur la destruction de la force ennemie qui peut faire dire que Mahan est influencé par Jomini qui est d’ailleurs cité directement.

Mais pourquoi obtenir la maîtrise de la mer ? Quelles sont les caractéristiques qui rendent la puissance maritime si désirable ?

Bien entendu, nombre de campagnes militaires ont dépendu pour leur succès du ravitaillement venu de la mer. L’océan est bien souvent l’artère vitale par lequel passe les flux logistiques. Mais s’en tenir là, c’est toujours subordonner la puissance maritime au besoin de la puissance terrestre. A partir de l’étude historique des conflits de 1660 à 1783, Mahan entend aller bien au-delà. Selon lui, les effets dévastateurs de la puissance maritime sont souvent moins spectaculaires que les opérations terrestres. Ses effets sont plus insidieux et dans la durée. Grâce à la guerre de succession d’Espagne, Mahan montre comment la maîtrise complète de la mer a permis aux anglais de s’enrichir considérablement. Pour lui, la destruction du commerce français a causé l’asphyxie économique de la France, la condamnant à un effort épuisant pour tenir seul face à une coalition entretenu par la richesse du commerce maritime anglais. C’est par la mer que circulent les richesses du monde. C’est une thèse qu’il convient de méditer alors que 70% du commerce de la France dépend des océans. Nous vivons dans un monde guère éloigné de Mahan.

Mais cette insistance sur le rôle fondamental du commerce maritime n’aboutit pas à une remise en cause du principe central qu’est la destruction de la force adverse. Celui-ci reste premier et est la condition nécessaire au succès de toutes entreprises ultérieures. Là encore, l’exemple de la guerre de succession d’Espagne est très parlant. Alors que les corsaires français ravageaient le commerce anglais, jamais celui-ci ne fut plus prospère. Malgré la guerre et même grâce à elle, l’Angleterre s’enrichissait. C’est la preuve pour Mahan que la guerre de course, avec des corsaires au XVIIIème ou avec des sous-marins au XXème, n’est qu’une illusion.

On le voit, les thèses de Mahan nous interpelle encore aujourd’hui. Le développement de la puissance maritime chinoise ne suit il pas exactement la logique de Mahan ? Celle-ci suit le développement économique de la Chine, à mesure que ses ports s’ouvrent sur l’extérieur, que ses cargos partent toujours plus loin, les navires de l’APL derrière eux.

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Comparaison ridicule

Posted in écume des jours by ZI on juin 25, 2010

Nombre de soldats américains tués au Vietnam: 58 000 morts

Nombre de soldats américains tués en Afghanistan: 1059 morts

Il faudrait créer un nouveau délit, la comparaison douteuse.

But it is now re-starting in earnest ten years in, dwarfing Vietnam in scope and longevity.

Mais cela recommence sérieusement après dix ans, écrasant le Vietnam en envergure et en longueur.

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Le siège éjectable Afghan.

Posted in Défense, Politique, Uncategorized by ZI on juin 24, 2010

Après McKiernan, c’est autour du général McChrytsal d’être éjecté du commandement de l’ISAF. Son profil paru dans Rolling Stone faisait état de commentaire passablement désobligeant vis à vis de divers personnalités au sein du gouvernement américain. Le Vice-président Joseph Biden se voyait reproché ses sorties intempestives; Karl Heikenberry, l’ambassadeur des États-Unis à Kaboul, en prend pour son grade aussi, de même que l’envoyé spécial pour le Pakistan et l’Afghanistan, Richard Holbrooke. Par ailleurs, le président Obama quoique relativement épargné n’en sortait pas grandi. Une critique en règle et en publique de l’ensemble des décideurs civils (à l’exception d’Hillary Clinton au département d’Etat)  qu’elle soit du fait de McChrystal lui-même ou de ses conseillers pouvait difficilement passer. Car critiquer ainsi les personnes, c’est indirectement critiquer la politique du président.

Deux questions se posent, la première c’est qu’est ce que pouvait bien penser le général McCrystal en laissant passer un tel article, la deuxième c’est que penser de la situation afghane aujourd’hui.

En ce qui concerne la première. Cet incident ressemble à l’affaire Fallon, en 2008, Rolling Stone Esquire (un magazine du même style que Rolling Stone) consacrait un article à l’Amiral William Fallon alors en poste au Central Command, dans celui-ci il critiquait ouvertement la politique du président Bush vis à vis de l’Iran. Le résultat ne s’est pas fait attendre, Fallon fut contraint à la démission. Une différence, comme le rappelle Thomas Barnett est que le désaccord portait sur une question politique fondamentale, ici la politique ne semble pas directement en cause c’est surtout une critique désobligeante des différents protagonistes de la politique américaine en Afghanistan. Mais c’est finalement une différence assez secondaire, critiquer les personnes c’est critiquer la politique dans une certaine mesure. Pourquoi? Il peut s’agir d’une erreur soit des services de communication  ou de McChrystal qui aurait perdu le sens des réalités (politiques), ou est-ce une forme de suicide? L’erreur d’une manière ou d’une autre semble plus probable, comme le font remarquer bien des commentateurs, si le général voulait partir, il pouvait le faire d’une manière nettement plus grandiose. Dans le cas présent, c’est finalement une fin assez lamentable.

Sur l’Afghanistan, et bien tout cela est passablement déprimant. Tout d’abord les personnes. Les critiques de McChrystal et ses conseillers montrent en réalité la très grande fragmentation du dispositif diplomatique en Afghanistan. Si il n’y a qu’un seul chef militaire, il y en face, l’ambassadeur américain à Kaboul, l’envoyé spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan, le Haut-Représentant de l’OTAN en Afghanistan, et évidemment Washington avec le Président et son vice-président avec des idées arrêtées sur la question. Bref, cela fait beaucoup de monde et l’on ne sait pas qui dirige. L’harmonie entre ces différents personnages est complètement absente. Si au niveau militaire le commandement s’est finalement plus ou moins unifié, ce n’est pas du tout le cas au niveau diplomatique. C’est un motif récurrent des stratégies de contre-insurrection en Afghanistan, la partie civile de l’action civilo-militaire n’a tout simplement pas l’air de suivre.

En ce qui concerne le commandement, il n’y aura officiellement pas de changement de stratégie. Toutefois il est probable que le nouveau commandant, Petraeus, voudra faire sa propre revue de la situation et des changements sont donc possibles d’autant plus que la Maison Blanche sera dans une position de faiblesse face à ses demandes. Obama pourra difficilement se permettre de remplacer un troisième général, surtout Petraeus couvert de gloire après sa campagne irakienne.

Pour conclure, tout cela ne prête guère l’optimisme. L’objectif, pourtant modeste par rapport aux ambitions des premières années, de constituer une force locale capable de résister au taliban, semble bien difficile à atteindre.

Remarques sur l’incident coréen

Posted in Géopolitique, relations internationales by ZI on juin 18, 2010

Fait un commentaire chez L’hérétique au sujet du récent incident en Corée

Personne hors quelqu’un au nord de la zone démilitarisée n’avait intérêt à une crise.

1) Seoul est bien embêté parce qu’il faut trouver une réponse ferme mais en même temps éviter l’escalade.

2)Les US ne veulent pas de conflits et la dernière chose qui les intéresse s’est s’engueuler avec les chinois au sujet de la CdN.

3) Les chinois sont mis dans une position embarrassante pas les nord-coréens.Tout le monde peut constater que Pékin ne contrôle pas son voisin et ça fait désordre quand on cherche à être un membre respectable de la communauté internationale.

 

Sur l’intérêt de la Corée du Nord:

1) Premier niveau: fondamentalement, Pyongyang a intérêt à avoir l’air d’être dirigé par une bande de dangereux psychopathes.Ils ont besoin de l’aide économique extérieure et cette aide ne viendra que s’ils ont quelque chose d’intéressant à vendre. Le produit phare c’est la menace du chaos. Le régime de la CdN sans arme nucléaire, sans sa rhétorique paranoïaque et sans provocations militaires est mort, personne à part les chinois ne les aidera et encore…

2) Deuxième niveau: le problème de la succession. On se sait pas grand chose mais certains observateurs pensent que l’incident pourrait être liée à la succession de Kim Jong-il. Il (ou ils) a choisi un de ses fils pour succéder mais ce n’est pas nécessairement le candidat avec le plus de légitimité.Du coup, il faut assoir sa crédibilité grâce à une provocation.On sait très peu de choses mais il est certain que les intrigues de palais doivent avoir un impacte sur la politique extérieure.

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Géographie et puissance maritime: une illustration

Posted in Uncategorized by ZI on mai 24, 2010

Depuis quelque temps, les “incidents” impliquant le Japon et la marine chinoise semble avoir connu une augmentation. Le gouvernement japonais a particulièrement peu apprécié la présence à 140 kilomètre au Sud-Ouest des côtes d’Okinawa d’un groupe de navires de la marine de l’Armée Populaire de Libération.  Cet incident met en lumière l’une des difficultés fondamentales de la puissances maritime chinoise: son enfermement relatif. L’accès à l’océan pacifique est barré par  une longue suite d’îles à commencer par l’archipel Japonais, Taiwan, les Philippines, l’Indonésie, plus à l’est Singapour contrôle l’accès à l’Océan Indien par le détroit de Malacca.

OKIPAC

Cet enfermement signifie qu’à mesure que la marine chinoise développe ses capacités océaniques, sa présence se feras de plus en plus lourdement sentir au près de ses voisins. Les bases de la flotte de l’est (l’un des trois commandement régionaux, les autres étant Sud et Nord) se situe en face du Japon, ce qui l’a condamne nécessairement à passer en plein milieu des îles Ryukyu pour accéder au pacifique. L’on ne sait pas très bien ce que faisaient ces navires dans les parages mais il est probable que ce n’est pas la dernière fois que Tokyo aura à se plaindre de la présence de navires chinois.  Incidemment, au large de ses îles se situe l’une des plus importantes routes maritime au monde, la route Singapour-Yokohama. Ces facteurs font qu’il est assez difficile pour la marine chinoise de se faire discrète et que son accès aux océans est toujours susceptible d’être remis en cause.

PAC

Par ailleurs, ces incidents illustrent l’un des nombreux  problèmes de la relation sino-japonaise. En l’absence de confiance mutuelle, le développement des capacités navales des voisins ne peut être vu que comme une menace potentielle. A cause de la géographie, une flotte chinoise est un couteau sous la gorge du Japon et l’inverse est aussi vrai.

L’eau chaude et la contre-insurrection

Posted in Défense by ZI on mai 17, 2010

t Jean-Dominique Merchet relève que les doctrines d’emploi des forces ne sont pas seulement des réponses à la réalité des engagements militaires aujourd’hui (les inputs quoi…, la doctrine étant l’output) mais aussi le reflet des intérêts des individus et organisations qui les construisent et qui les diffusent.  C’est évidemment tout à fait exact et pas précisément original. Les Marines tels que nous les connaissons aujourd’hui avec leur spécialisation amphibie sont nés de la nécessité pour le corps de se trouver une raison d’être pendant les années 20 et 30 alors que leur rôle de police coloniale en Amérique du Sud touchait à sa fin. La guerre du Pacifique fut la validation de cet effort et explique encore aujourd’hui les spécificité du corps et son attachement à l’amphibie. Le corps  ne veut pas devenir une deuxième US Army, ce qui finirait tôt ou tard par poser la question de son existence même. Les armées de l’air se sont inventés une doctrine stratégique pour justifier leur indépendance par rapport aux armées de terre. C’est un constat finalement banal que certaines idées triomphent au moins autant si ce n’est plus parce qu’elle servent les intérêts des bureaucratie qui s’en font les promoteurs qu’à cause des nécessités opérationnelles immédiates.

Cela dit, est-ce bien le cas pour la contre-insurrection? Cela ne semble pas être la cas.Oui, on peut dire que le redécouverte ou l’émergence (peu  importe le terme….) de la contre-insurrection en Irak est une sorte de revanche des généraux “traditionalistes” sur le secrétaire à la Défense Rumsfeld et sa volonté  de transformation des armées américaines (comprendre encore plus de technologie, encore moins d’hommes). La phase initiale d’invasion aurait été bien différente avec les seul généraux américains au commande. Mais la suite se serait sans doute dérouler de la même façon car la haute hiérarchie militaire US n’avait pas mieux compris que Rumsfeld les enjeux du conflits irakiens. Ils seront tout comme lui, surpris et dépassés par l’insurrection sunnite puis à partir de 2006 par la guerre civile. Cette revanche s’est payé très cher. L’émergence de la doctrine de contre-insurrection américaine n’est pas du tout un triomphe de la Big Army traditionnelle. C’est au contraire une remise en cause profonde de ses habitudes marqués par un attachement fort au modèle de la guerre conventionnelle et un rejet total de la mémoire du Vietnam. Encore aujourd’hui l’US Army a toujours des difficultés à absorber cette nouvelle culture. Par ailleurs les conséquences budgétaires de ce triomphe apparent de la COIN n’ont vraiment pas été favorable à l’US Army qui a été contraint d’abandonner son grand programme de modernisation, le “Future Combat System”. Les évolutions doctrinales viennent à point pour soutenir l’US Army contre l’Air Force et la Navy, c’est parfaitement clair et les tout les services l’ont compris. Pour prospérer, il faut justifier son utilité dans la “Guerre contre le terrorisme “. Comme le dit si bien l’Air Force: “leveraging the War on Terror”. Il n’en reste pas moins que quelque soit les bénéfices budgétaires, la COIN  n’est pas un instrument au service de l’US Army mais une arme pour la réformer de l’intérieur. Si l’US Army avait vraiment eu ce qu’elle voulait, la contre-insurrection n’existerait toujours pas, la RMA serait toujours au programme mais sans les réformes et le micro-management de Rumsfeld et l’énorme programme FCS serait toujours sur les rails.

Le cas français est un peu différent.Mais fondamentalement, ce qui sert l’armée française et un peu la marine (on cherche toujours une mission pour l’armée de l’air T_T) ce n’est pas la contre-insurrection. C’est l’idée qui perdure depuis le début des années 90 que la défense de la France doit se faire loin de ses frontières et par conséquent que des interventions extérieures sont nécessaires. On cherche en vain ce que la COIN vient changer dans cette équation. La contre-insurrection s’intègre assez bien finalement dans le panel des missions qu’effectue l’armée française depuis la fin de la guerre froide. Le général Rupert Smith a inventé l’expression “guerre au sein des population” tant utilisée aujourd’hui en réaction aux opérations de maintien de la paix en ex-Yougoslavie, bien avant l’Afghanistan et le retour de la contre-insurrection. Le maintien de la paix et la contre-insurrection sont des missions différentes mais tout de même connexes avec de fortes similitudes.

Pour conclure, on ne voit pas très bien en quoi la contre-insurrection serait un argument particulièrement puissant pour les militaires. Le grand problème budgétaire des armées c’est la disparition, pour l’instant, des conflits conventionnels et le grand ami de la COIN aujourd’hui c’est Bercy.

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