Petit voyage en violet
juillet 2, 2009
Violet, outre-atlantique c’est la couleur des missions inter-armées, autrement dit joint. Innovation ô combien problématique dans un pays où parfois on se demande si le plus grand ennemie est l’ insurgé irakien ou les “collègues” de la Navy et de l’Air Force.
Dans un article publié en 1993 dans Proceedings mais aujour’dhui publié sur US Naval Institute blog, un officier de l’US Navy raconte son étrange voyage au pays violet. Coutume mysterieuse, protocole insaisissable et autres découvertes merveilleuses sont au rendez-vous.
Les lecteurs réguliers du très bon magazine DSI savent que les marines asiatiques sont aujourd’hui en plein développement. Chaque année apporte son lot de nouvelles acquisitions, un sous-marin ici, un frégate là, un avion de patrouille un peu plus loin. Cette évolution fait de la zone Asie-Pacifique, comme dans bien d’autres domaines, une région centrale dans le domaine maritime.
Ainsi, il semble bien que l’avenir de la stratégie maritime au XXIeme siècle se trouve en orient, un avenir qui semble tout ce qu’il y a de plus radieux. Mais quelles en sont les caractéristiques? SD s’est déjà penché sur le problème des différences entre la guerre sur mer et sur terre. De ces différences découlent naturellement d’un certain nombre de caractéristiques.
Tout d’abord revenons d’abord aux caractéristiques fondamentales du milieu marin. A travers l’histoire deux caractéristiques majeurs expliquent la spécificité et l’importance de l’espace maritime. Premièrement, c’est l’uniformité et deuxièmement, l’invisibilité.
Comme la déjà expliqué SD, l’uniformité du milieu permet des déplacements rapides sur de grandes distances avec des difficultés moindres que sur la terre. Le navire est donc un excellent instrument de transport. L’invisibilité découle simplement de l’impossibilité de voir au-delà de la ligne d’horizon jusqu’au XXeme siècle. Cette caractéristique permet de se déplacer très rapidement sans que l’adversaire puisse prévoir les mouvements adverses. Au final, ces deux facteurs rendent impossible la défense. Si l’on veut défendre un objet sur mer, la seule méthode efficace est d’attaquer ce qui le menace. Il faut obtenir la maîtrise de la mer avant de pouvoir utiliser la mer.
Il y a un troisième principe peut être plus mineure qui jusqu’au XXeme siècle fut vrai, la séparation des deux milieux. Séparation assez malléable, à travers l’histoire on compte de nombreuses interventions de navires de guerres en soutiens à des opérations à terre. Mais cette séparation existait tout même. Au delà d’une fine bande côtière et d’une petite portion de mer en face des côte, la mer et la terre étaient deux domaines qui ne communiquaient pas. Sur terre l’adversaire de la flotte est la batterie côtière. Et pour l’armée de terre, l’adversaire, ce sont les cannons des navires. Mais dans les deux cas, la portée est limitée et donc leur importance est marginale.
Mais au XXeme siècle, la technologie a tout changé. Ce dernier principe a pratiquement disparu à cause la troisième dimension. Et le deuxième principe, l’invisibilité, quoiqu’encore vrai, a tout de même subi de sévères aménagements.
Il est désormais possible de faire voler des avions sur plusieurs milliers de kilomètres pour frapper des objectifs en mer. De sorte que désormais, c’est un océan qui est a la porté de la puissance terrestre. Aujourd’hui un bombardier peut couvrir toute l’Atlantique Nord. L’inverse est vrai aussi, depuis la mer il est possible de frapper des cibles profondément à l’intérieur des terres, non seulement avec avions mais aussi avec des missiles tirés depuis des navires ou des sous-marins.
Enfin l’invisibilité a elle aussi été atteinte. Les radars, les avions de reconnaissance et les satellites compliquent la tâche. Si cela reste encore possible, les américains l’ont prouvé durant la guerre froide, le jeu est devenu incontestablement plus complexe. Mais la mer a encore plus d’un tour dans son sac et les sous-marins ont restaurés un peu cette invisibilité perdue.
Mais malgré tout les changements, c’est toujours le milieu qui détermine les grands principes de la stratégie et même peut être de la politique. Car la maîtrise de la mer ne se partage pas, soit un seul la possède ou personne. Cette exclusivité de la maîtrise de la mer explique peut être l’expansion constante des grandes marines d’Asie. Car entre le Japon, la Chine et l’Inde qui pourrait croire que l’un d’entre eux puissent tolérer l’idée de vivre avec le couteau à la gorge? Si l’Inde veut que l’Océan Indien mérite son nom, par nécessité ce sera fait au dépend la Chine qui devra vivre avec une épée de Damoclès indienne sur son commerce. Si le Japon concède à la Chine une domination maritime, il devra accepter de voir son approvisionnement soumis au bon vouloir de son puissant voisin. La prudence conduit alors les joueurs à adopter des comportements qui ne peuvent être perçus que négativement pas les autres.
Nucléaire, Iran et Émirats arabes unis
juin 29, 2009
Récemment un article du Figaro laissait entendre que les accords de défense signés entre la France et les Emirats donnait une garantie nucléaire à ces derniers. Quelques blogueurs ont récemment remarqué que le débat sur cette question était assez faible.
C’est que tout d’abord on ne sait pas grand chose pour l’instant ces accords de défense. Et c’est assez gênant, en lisant la constitution pour se rafraîchir la mémoire, il est vite apparent que aussi important soit-il, cet accord peut être ratifié par le Président de la République sans autorisation du Parlement.
Article 53
Les traités de paix, les traités de commerce, les traités ou accords relatifs à l’organisation internationale, ceux qui engagent les finances de l’État, ceux qui modifient des dispositions de nature législative, ceux qui sont relatifs à l’état des personnes, ceux qui comportent cession, échange ou adjonction de territoire, ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu’en vertu d’une loi.
Donc conformément à la tradition depuis 1958, il faudra compter sur la bonne volonté du président de la République pour être informé. Celui-ci a promis de faire approuver les nouveaux accords par le Parlement mais en attendant c’est lui et lui seul qui a le pouvoir de les ratifier et il n’a besoin de personne pour cela.
Cela évidemment ne facilite pas le débat. Mais au fond, la question nucléaire n’est qu’un élément d’un débat plus large sur la politique française dans le golfe Persique et plus particulièrement vis à vis des Emirats arabes unis.
En effet, dans la mesure où une base est installée dans ce pays, la garantie nucléaire, au minimum contre une attaque du même type, coule de source. Si l’Iran devait à l’avenir tirer des missiles balistiques équipés d’une charge nucléaire, il paraît claire qu’une riposte nucléaire ferait partie de l’éventail des options disponibles pour le Président de la République. En effet une telle attaque toucherais immanquablement la base française. De fait toute attaque de ce type serait automatiquement une attaque contre la France. En fait la même logique est à l’œuvre si l’Iran utilisait contre les Emirats des missiles balistiques avec des charges classiques ou chimiques. Peu précis, sans doute lancés en grand nombre, le risque qu’il touche la base serait important. Pire encore, la nécessité militaire pourrait peut être contraindre l’Iran à frapper de manière préventive la base française dès le début d’un conflit alors même que l’engagement de la France ne serait peut être pas absolument certain.
A partir de là , on comprend facilement l’importance de cette base pour les Emirats, elle engage la France qui n’aura en pratique guère d’autres choix que de respecter les accords signés même si par ailleurs le gouvernement pourrait avoir des hésitations à ce moment. La France obtient donc un point d’appuis dans une région stratégique, les EAU un allié puissant dont l’intervention est quasi-certaine en cas de conflit.
Cela devrait sans doute faire l’objet d’un débat approfondi mais la question n’est, en tout cas, pas spécifique au nucléaire. Celui-ci est par définition dans l’équation dès le début.
Edito AGS:Naissance de la folie
juin 22, 2009
MAD, mutual assured destruction ou autrement dit, destruction mutuelle assurée. Ce sigle représente à lui seul la guerre froide. L’idée selon laquelle les deux grands, les USA et l’URSS, disposaient de suffisamment d’armes nucléaires pour s’anéantir mutuellement, rendant ainsi inconcevable toute confrontation directe entre les deux puissances sur le théâtre européen.
Mais d’où viens cette expression et l’idée qu’elle recouvre? L’origine n’est pas évidente, MAD est l’un de ces termes qui apparaissent un jour, dans la seconde moitié des années 60 en l’occurrence, dans le langage courant sans qu’il soit possible d’en retrouver aisément l’origine.
Il semble que l’expression “destruction mutuelle assurée” et son acronyme, MAD, ait été inventé par un analyste, Donald Brennan, travaillant dans les années 60 au Hudson Institute fondé par Herman Kahn, le célèbre auteur de On Thermonuclear War. Brennan utilisait ce terme pour critiquer un certain courant parmi les partisans de l’arms control. Pour les partisans de ce courant, la dissuasion nucléaire devait reposer sur un nombre limité d’armes technologiquement peu évoluées des deux cotés, de sorte que la stabilité serait garantie puisque le nombre de tête n’évoluait pas et qu’aucune innovation ne venait changer la donne. La destruction mutuelle était donc assurée, par là même, la guerre nucléaire devenait très peu probable.
Savoir si oui ou non, la doctrine MAD fut la doctrine officielle du gouvernement américain fait l’objet d’un débat mais il semble bien que ce ne soit pas le cas. Même si cela n’exclue pas que la logique de la destruction mutuelle s’installe très largement dans les débats et les discours sur la stratégie nucléaire dès la fin des années 60.
Pourtant, dès son arrivé l’administration Kennedy annonça son intention d’abandonner la doctrine des représailles massives prônées par l’administration Eisenhower. Cette doctrine supposait qu’à toute attaque soviétique, les États-Unis répondraient par des frappes nucléaires. La nouvelle équipe au pouvoir désire une réponse plus flexible aux différents scénarios et entendait réaffirmer le principe de discrimination des objectifs: on vise des cibles militaires, pas des civils.
Ce débat paraît très éloigné de nos préoccupations ordinaires, même en ces lieux. Pourtant ce n’est pas le cas, comme chacun sait le président Obama a annoncé sa volonté de relancer l’effort de désarmement nucléaire. Actuellement les deux grandes puissances nucléaires possèdent encore plusieurs milliers d’engins nucléaires et des centaines de missiles. Ces chiffres étaient entre autre(car il ne faudrait pas exclure les logiques industrielles)rendu nécessaire par le besoin de survivabilité de l’instrument de dissuasion mais aussi de frapper des cibles précises (silos, bases aériennes, centres de commandement…). Or précisément, il arrivera un moment où, dans cette effort de désarmement, le nombre d’engins deviendra si faible qu’il faudra nécessairement revenir à une logique explicitement anti-population.
Cela ne signifie pas pour autant que le désarment nucléaire n’est pas souhaitable, c’est un tout autre débat, mais l’ironie de la situation mérite d’être relever.
Green Dam
juin 19, 2009
Le contrôle du réseau Internet est naturellement la grande obsession de tout régime autoritaire, le parti communiste chinois est sans doute le plus fameux exemple. Le dilemme est simple, comment profiter des opportunités économiques d’Internet, outil aujourd’hui indispensable, sans compromettre le contrôle de l’information?Bien des solutions ont été mis en place, des plusieurs milliers de fonctionnaires gardiens jusqu’au grand firewall. Une nouvelle solution vient d’apparaître: Green Dam.
Green Dam, c’est une sorte de logiciel espion, un spyware, qui devrait théoriquement être installé sur tout les ordinateurs fabriqués en Chine ou importés à partir du 1er Juillet 2009. Son objectif sera de filtrer les contenus indésirables. Dans un style orwellien dont seule la propagande chinoise semble être capable, il s’agit de protéger les citoyens, surtout les plus jeunes, contre les “informations dangereuses”. Bienvenue au pays de l’ “orientation correcte de l’opinion”.
Heureusement ou malheureusement, il semble que le logiciel soit très mal conçu, souffrant de plusieurs failles de sécurités, rendant aléatoire le fonctionnement des ordinateurs et violant les propriétés intellectuelles de plusieurs grandes sociétés informatiques.
De plus, il semble que Green Dam soit l’objet d’une lutte d’influence, de sorte qu’il en réalité difficile de savoir quel est le statut exact de Green Dam, obligatoire ou pas obligatoire, il y a des contradictions.
Reste en tout cas que c’est un nouvel instrument qui viens s’ajouter à la large palette des moyens de contrôle. Que ne ferait-on pas pour préserver un environnement sain et harmonieux?
Pour en savoir beaucoup plus: RConversation
Cross-posté sur Alliance Géostratégique dans le cadre du débat du mois sur l’action stratégique en mer.
Le 10 Juin 2009 s’est tenu un colloque sur l’aéronavale à l’école militaire. Au programme de nombreuses interventions sur l’action de l’Etat en mer, la diplomatie navale, le combat et le lien entre ces éléments et la troisième dimension. Il ne s’agit pas ici de faire un récit détaillé de toutes les interventions, ce serait long et en fin de compte inutile. Ce qui va suivre sont surtout quelques impressions et réflexions à chaud.
Ce colloque intervient naturellement dans un contexte particulier, la loi de programmation militaire va être voté le 16 Juin, le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale a repoussé la décision finale sur le problème des porte-avions à 2012, enfin depuis avril un processus de discussions et de consultations a été lancé, le Grenelle de la Mer (encore un grenelle…). Le moment était donc opportun pour parler d’avions et de marine.
Au cours des discussions, l’inévitable sujet qui fâche, le PA2, a, bien entendu été abordé pourtant ce qui frappe c’est sa part relativement mineure dans les discussions de la journée. Les intervenants, particulièrement les officiers de marine, ont largement insisté sur le fait que si le porte-avions est un symbole fort ce n’est en aucun cas l’unique composante de l’aéronavale. En réalité, c’est bien plus que cela et le colloque a été l’occasion de bien le montrer. En plus du porte-avions, il faut naturellement aussi compter avec les hélicoptères embarqués à bord des frégates, la Patrouille Maritime (PATMAR) avec notamment ses indispensables Atlantique 2, et aussi les composantes basées à terre avec des missions comme le sauvetage en mer.
La première partie de la journée fut occupée par l’action de la marine au quotidien aussi bien près des côtes françaises avec par exemple le sauvetage ou la protection de l’environnement que dans les espaces lointains avec la lutte contre le trafique de drogues ou encore les actions contre la piraterie dans le golf d’Aden. C’est là qu’apparaît alors le rôle considérable joué par le couple frégate-hélicoptère et la PATMAR dans le contrôle des espaces maritimes. L’amiral Laurent Merer a fait remarqué que ces deux éléments étaient les principaux outils à disposition du commandant régional du fait de leur permanence. Le porte-avions est un outil d’une tout autre nature qui ne se montre que de manière ponctuelle sur une zone donnée et surtout est contrôlé à un niveau hiérarchique bien plus élevé. Découverte intéressante, la marine pense désormais ses avions de patrouille maritime (type Atlantique 2) comme des frégates. C’est à dire qu’ils sont facile à prépositionner (par exemple, à Dakar) et peuvent rester sur zone pour une durée relativement longue. Le problème du temps fut d’ailleurs un thème de la journée. L’aéronavale offre des capacités rapides, flexibles et versatiles à la marine, des qualités que les intervenants ont eu à cœur de souligner.
La deuxième partie de la journée fut occupée par l’aéronautique navale au service de l’action diplomatique et l’aéronautique navale au combat. Le porte-avions a eu une place un peu plus importante. Ce fut l’occasion de revenir sur les développements de l’aéronavale à travers le monde, notamment en Inde et en Chine. La conclusion étant que si tout le monde veut des porte-avions c’est que cela doit bien servir à quelque chose. Heureusement ce débat fleuve ne pris pas trop d’importance. Cela tout de même été l’occasion de revenir sur l’affaire de Suez (1956) et le rôle joué par l’aéronavale, surtout anglaise, dans ces évènements.
Puisqu’il est question de la perfide Albion, c’est l’occasion de mentionner la présence de l’attaché naval américain et son homologue britannique. Le premier était présent le matin et a expliqué un peu comment l’US Navy et les Coast Guard organisaient l’action de l’Etat en mer. Les français firent l’éloge de la de la coopération avec « la grande sœur » (terme utilisé) américaine. Pour Reggie Carpenter, l’attaché naval US, les aéronavales à travers le monde sont toutes liées par une culture commune de la mer et de l’aviation. Cette proximité est particulièrement marquée avec la marine française qui est la seule à mettre en œuvre un porte-avions avec catapulte, identique donc aux modèles américains. En revanche l’expérience de l’attaché naval britannique fut peut être un peu plus malheureuse. Plusieurs intervenants ont insisté en sa présence sur la perte de capacités aéronavales de la Royal Navy. Mais il a eu l’occasion d’expliquer à l’assistance le modèle britannique de Joint Forces Area qui est un système de gestion commune des avions Harrier entre la Royal Navy et la Royal Air Force et les risques encourus. En effet, avec l’engagement en Afghanistan la Royal Navy a perdu ses appareils engagés à terre, échaudé par cette expérience la RN entend désormais garder le contrôle de ses avions tout en conservant le système.
C’est un modèle à la fois différent et similaire dont il va être question pour les hélicoptères français avec la mise en place d’un commandement inter-armée. Le commandant de l’ALAT parla des différents moyens de mutualiser les moyens notamment avec une formation initiale commune. Car d’inter-armée et de coopérations inter-agence il en fut souvent question. Cette évolution semble satisfaire la marine et l’Armée de Terre, l’armée de l’air semble plus réticente.
Dernier point significatif, le capitaine de vaisseau Christophe Pipolo a fait une intervention sur la mise en place d’une politique étrangère maritime, c’est à dire ayant la mer et les espaces littoraux pour centre de son action.
Bref, la variété des sujets abordés pendant cette journée est considérable. La journée c’est terminé par le témoignage de deux officiers qui ont eu l’occasion de voler dans des missions de combat, le premier avec un Atlantique 2 au Tchad et le second en Afghanistan avec un Super Etendard.
En dernière analyse, on peut retenir quatres axes pour cette journée. Le premier, c’est la gestion de la pénurie. Deuxièmement, la logique de la coopération inter-armée et inter-agence. Troisièmement, sortir d’une logique de milieu. Enfin, en dernier lieu la fragilité de cette outil matériel et humain.
Gestion de la pénurie car comme toute les forces, la marine souffre dans un manque chronique de moyens et les hélicoptères sont très touchés. Un des intervenants l’a rappelé, les Alouettes III utilisées dans l’affaire du Ponant ont l’âge de la 2CV. Les avions de la PATMAR sont toujours plus sollicités. Et alors même que les ressources sont rares, les missions elles sont toujours plus nombreuses. Les hommes et le matériels sont donc soumis à une pression toujours plus importante alors que l’échec est de moins en moins bien toléré par les autorités civiles et l’opinion publique.
De ces difficultés découlent la nécessité impérative de coopérer à la fois entre armes, mais aussi entre administrations et pays. Cette nécessité est particulièrement prégnante dans le domaine de l’action de l’Etat en mer mais aussi ailleurs comme le montre l’exemple du future commandement inter-armée des hélicoptères.
En lien avec le problème de la coopération, les intervenants ont plusieurs fois appelé à sortir de la logique de milieu pour aller vers un modèle de fournisseur de services aux différentes administrations et forces. Voir à ce sujet, la plume et le sabre.
Enfin, l’instrument qu’est l’aéronavale a été patiemment construit pendant 20 ans de la guerre d’Indochine aux années 60. Les officiers de marine ont longuement insisté sur la fragilité de cet instrument dont le maintien en condition opérationnelle demande des arbitrages constants entre de multiples priorités. C’est, pour reprendre une expression employée pendant la journée, un « subtil élixir » qui serait en péril.
C’est à l’amiral Jacques Launay qu’est revenu la conclusion : « l’air est l’extension de l’axe des ordonnés de l’espace maritime ».
L’Europe hors de l’histoire?
juin 9, 2009
Sur EGEA, une intéressante discussion a commencé. Entre l’avocat du diable et Stent, c’est évidemment ce dernier qui a raison.
Ce n’est que folie de prétendre que nous avons atteins le point final de l’évolution politique, il y a bien des changements possibles, contrairement à l’idée reçue le monde ne manque pas d’utopies: libertarienne, écologiste, transhumaniste, islamiste et sans doute bien d’autres mouvements que nous ne connaissons pas encore . Notre monde n’est pas stable, il est en perpétuel déséquilibre. L’Europe est un parfait exemple, alors que les sociétés européennes atteignent le sommet de la prospérité, c’est précisément cette prospérité qui génère la cause de son déclin: le manque d’enfants. L’Europe comme le reste du monde développé (et pas nécessairement les pays les plus riches) est atteint de cette maladie sans remède connue qu’est le déclin démographique. Ce déclin affectera la totalité de la société par des chemins que nous ne pouvons même pas soupçonner.
Nous avons l’impression provisoire d’être hors de l’histoire, qu’il n’existe plus rien qui puisse nous atteindre. Ce n’est qu’une illusion d’optique causée par un rétrécissement de la vision historique. Contemplez les changements économiques, technologiques, sociaux et politiques en un siècle et les choses apparaissent différemment. Et un siècle ce n’est pas long, les centenaires sont de plus en plus nombreux.
L’histoire n’a pas fini d’être pleine de bruits et de fureurs. Les européens peuvent rennoncer à l’action et à la puissance s’ils le désirent. L’histoire n’en continuera pas moins sa marche et brisera les illusions en temps voulus. La seule question, c’est quand et à quel prix?
Lecture: La cyberguerre
juin 6, 2009
La cyberguerre: la guerre numérique a commencé, voilà un titre qui attire l’attention. Ce livre fait un panorama complet des différents enjeux de la conflictualité dans le cyber-espace. Conflictualité plutôt que guerre car l’auteur traite aussi bien de l’espionnage que de la cybercriminalité en passant par le terrorisme.
Après un brève présentation du sujet et notamment l’introduction de la distinction entre guerre pour l’information( moyens de collecte de l’information), guerre par l’information (propagande, agitprop, etc) et la guerre contre l’information (vise l’intégrité des systèmes), un tableau complet des enjeux économiques et sécuritaires est dressés.
Et le sujet est vaste à l’heure où il est de plus en plus difficile de trouver des services ne dépendant pas d’une manières ou d’une autre des systèmes d’information. D’ailleurs, le livre montre très bien comment cette ubiquité de l’outil informatique rend difficile la coordination bureaucratique des différentes et foisonnantes instances nationales et internationales en charge de ce domaine.
L’inventaire des menaces répertoriées va de l’espionnage aussi bien militaire qu’économique à l’attaque d’infrastructures vitales en passant tout simplement par l’utilisation première d’internet: la communication entre individus(criminels, terroristes, etc).
Pour les curieux ce livre remplie donc tout à fait correctement son office. Si à la fin de cette lecture rapide vous n’êtes pas convaincu de l’importance du sujet, rien ne vous convaincra.
Cette qualité pédagogique est peut être aussi sa faiblesse. En 250 pages, finalement le problème est assez rapidement traité et il n’est pas vraiment possible d’aller au cœur du sujet. On trouvera pas dans ce livre des analyses très approfondies de la manière dont internet transforme les activités aussi bien des bureaucraties étatiques que des groupes terroristes ou maffieux. Pour faire court, on parle bien peu de la guerre 2.0.
D’ailleurs, il est assez peu question de mener une cyberguerre. Il y a bien évidemment des explications sur les fameux botnet et autres armes virtuels mais pas de réflexion générale sur la manière de mener une cyberguerre. On apprend que les États se dotent de capacités offensives de cyberguerre mais concrètement, il n’est pas vraiment expliqué en quoi consiste un moyen offensif de cyberguerre pour un Etat. Plus généralement, on peut même se demander si il n’y a pas un usage très abusif du terme guerre. Parler de cyberguerre en discutant de criminalité pose pas mal de problème. Ce n’est pas simplement une question de sémantique mais aussi d’approche du problème. Dans le lire, le terme cyberguerre désigne en réalité une palette de moyens et non les utilisateurs, leurs intentions, enfin bref, leur statut de belligérant ou non.
Ce problème est sans doute à mettre en lien avec ce qui semble être une attention excessive porté aux problématiques économiques et technologiques. En effet la guerre économique plane sur l’ensemble et il est autant question de stratégie industrielle que de conflit tout au long du livre. Ce n’est pas dépourvu d’intérêt mais cela donne un peu le sentiment de sortir du sujet. Cette focalisation sur les aspects économiques s’explique sans doute par la position de l’auteur, enseignant à l’Institut Étude et de Recherche pour la Sécurité des Entreprises. Elle n’en reste pas moins regrettable car dans le terme “cyberguerre”, “guerre” semble être le terme opératif or finalement celle-ci reste en arrière plan. Il aurait été passionnant de découvrir concrètement comment les forces armées occidentales intègrent cette nouvelle dimension dans leurs opérations, ce livre ne donne pas l’occasion de le faire.
Il est un peu injuste de faire de tel reproches à cet ouvrage. Son principal objectif est de faire un panorama assez complet et rapide des enjeux de sécurité et de défense posé par l’émergence du cyberespace et sur ce plan là, c’est une réussite. Reste que concrètement, qu’est ce qu’une cyberarme? Comment l’utiliser? Pour quels effets? Par qui? Comment se défendre concrètement? Bref, quelle stratégie? Tout cela reste assez nébuleux. L’Art de la guerre dans le cyberespace reste à écrire…
Une première proposition au hazard: Il n’est pas nécessaire de centraliser au sein d’une seule bureacratique les problématique de cyber-sécurité et cyber-guerre. Chaque champ d’action a ses propres concraintes et utilisera les systèmes d’informations d’une manière spécifique. Face à la vitesse d’évolution et l’immense variabilité des formes de la menace informatique, pourquoi ne pas prendre les créateurs d’Internet au mot et créer un réseau de structures qui se coordeneraient de manière spontanée. A l’heure du Web 2.0, des terroristes 2.0 et des criminels 2.0, il manque peut être une police 2.0 réactive, auto-organisée, souple, mutante…
Principe politique et stratégique
juin 6, 2009
La force d’une coalition est toujours inférieure à la somme des forces dont elle dispose sur le papier.
Raymond Aron, Paix et Guerre entre les Nations.
La lecture du chapitre 1, sur l’articulation de la politique et de la stratégie, devrait être obligatoire à toute personne ayant des fonctions politiques. Il n’a pas pris une ride et est d’une spectaculaire actualité. Tout est expliqué avec une clarté translucide. C’est une phrase choisie au hasard mais il y en a une à chaque paragraphe qui mériterait d’être transformée en aphorisme et clouée aux murs de l’Assemblée Nationale.
Discussion sur la guerre économique
juin 5, 2009
Il y a quelques jours, plusieurs critiques du concept de la guerre économique ont été posté sur ce blog. Comme en plus elles émanaient d’économistes qu’on ne peut guère soupçonner de libéralisme béat, la critique a une assez grande crédibilité (l’incompétence de ce blog en matière d’économie est intégrale). C’est très ennuyeux parce que comme il a déjà été dit, si les économistes semblent cordialement mépriser le concept, celui-ci est assez populaire par ailleurs notamment quand il s’agit de parler de défense, d’intelligence économique et tout le reste.
Mais au fond, pas de panique. Car il semble qu’en réalité il y ait un malentendu. Peut être que la guerre économique comprise comme lutte pour les parts du marché mondial condition de la prospérité du pays n’a pas de sens. Bon très bien.
Mais en réalité, ce n’est pas vraiment ça qui préoccupe. C’est plutôt la protection des entreprises, non pas pour leur impact direct sur les performances économiques du pays mais pour leur impact sur la sécurité du pays.
Un État désireux d’assurer son autonomie, sa puissance dans le monde cherche naturellement à maîtriser certaines technologies. Pour des raisons de prestiges entre autre, mais aussi et peut être surtout pour s’assurer de l’autonomie et la fiabilité du système qui forme la base de sa défense: l’Armée et ses divers services associés( service de renseignement, etc).
Si on prend le domaine de l’informatique, il est facile de comprendre qu’un État puisse désirer posséder un contrôle total sur ses fournisseurs notamment quand ceux-ci ont pour clients des acteurs aussi sensibles que les services de renseignements par exemple. Contrôle qui ne pourrait être que très insatisfaisant si par exemple le fournisseur était une filiale d’une société chinoise ou américaine.
Pour s’assurer de l’existence et de la pérennité de ce qu’on a désormais coutume d’appeler la base technologique et industrielle de défense, il est donc nécessaire de mettre en place un certain nombre de dispositifs destinés à protéger les entreprises qui la composent.
De sorte qu’on peut dire avec un peu de provocation que ce qui est bon pour Sagem est bon pour la France. L’État s’associe alors à l’entreprise en lutte permanente pour sa survie et entre en guerre économique…
EDIT: Voir aussi le commentaire de Spécialiste.
