Il est commun de dire aujourd’hui que la décision japonaise d’attaquer les Etats-Unis en 1941 fut une folie. Face à la puissance industrielle de ces derniers, le Japon n’avais pas la moindre chance de réussir. De sorte que le 7 0écembre 1941, l’issue du conflit ne fait pas de doute. Cela prendra plus ou moins longtemps et ce sera plus ou moins difficile mais la fin est inéluctable. La décision d’entrer en guerre et en plus d’attaquer Pearl Harbour fut une erreur dramatique.

Pourtant cette vision des choses néglige un  certain nombre d’éléments. Lorsque l’élite politique du Japon s’engage dans la guerre ce n’est pas sur un coup de tête mais avec la conviction qu’elle a un couteau sous la gorge. Pour le comprendre il faut revenir en arrière à la fin du XIXème siècle. Le programme de modernisation de l’ère Meiji se résume à une formule choc “ nation riche, armée forte”, il n’a qu’un seul objectif: assurer la protection du Japon. Si le gouvernement Japonais s’engage sur la voie de l’impérialisme avec l’annexion de Taïwan puis de la Corée, c’est parce que celui-ci est perçue comme le passage obligé vers la sécurité et le respect des puissances “blanches”. A partir de là, le Japon avait devant lui deux chemins idéologiques. Soit il reniait son existence asiatique pour intégrer pleinement le club des grandes puissances européennes, soit au contraire il se faisait le champion de l’Asie face à l’oppression des blancs. Pendant plusieurs décennies la politique japonaise a oscillé entre ces deux directions, et dans une certaine mesure certain éléments de ce débat sont toujours présent aujourd’hui dans le débat autour de la politique étrangères du Japon. Au final, les deux options justifiaient la politique colonial du Japon.

Cette politique impérialiste avait des modalités particulières mais au final n’avait rien d’original. Le discours allemands sur la “sonderweg” et demande insistante d’”une place au soleil” ressemble beaucoup aux discours japonais avec à la racine le même sentiment s’insécurité politique et économique. Cette quête devait amener le Japon en Chine. Suite à la guerre russo-japonaise en 1905 Japon prend la place de la Russie en Mandchourie. Tokyo acquiert alors le joyau le plus précieux de son empire colonial. La politique chinoise du gouvernement japonais va désormais être guidée par une obsession: assurer le contrôle définitif de cette région et ces précieuses ressources naturelles. Mais il y a un problème, depuis la fin de la première guerre mondiale, la politique des grandes puissances coloniales est en train de changer. L’heure n’est plus à l’exploitation de la Chine et les ambitions japonaises en Mandchourie ne sont pas vues avec sympathie. En 1931 a lieu le célèbre incident de Moukden puis en 1932 est crée le Mandchoukouo, état fantoche qui sert de paravent à la domination japonaise sur le nord de la Chine. Le problème évidemment est que le nouveau gouvernement de la Chine réunifié de Tchang Kaï-check n’était absolument pas disposé à abandonner une si grande et précieuse partie du territoire chinois. Quand aux grandes puissances, elles n’étaient pas tellement mieux disposées vis à vis des ambitions japonaises. Pour régler ce problème insoluble, Tokyo eu une réponse assez classique: l’escalade. En 1937, c’est la guerre, l’armée japonaise envahie la Chine. Mais comme il arrive bien souvent, la guerre ne produit pas le résultat politique espéré et les forces japonaises se retrouvent entrainées toujours plus loin vers le sud pour tenter de briser la volonté chinoise et la couper de ses soutiens extérieurs.

La seconde guerre mondiale et l’effondrement des puissances coloniales d’Europe continentale offrent deux opportunités. La première est analogue à celle qui s’est offerte au Japon pendant la première guerre mondiale, choisir entre les Alliés ou l’Allemagne et s’emparer des colonies de l’adversaire pendant qu’il est occupé à l’ouest. Cette politique avait offert sur un plateau le pacifique centrale au Japon pendant grande guerre. La deuxième c’est de continuer l’isolement des armées chinoises en prenant le contrôle de l’Indochine à la faveur de l’affaiblissement français. Le problème dans les deux cas était l’hostilité des Etats-Unis. C’était hostilité avait été constante durant les années 30 et les actions japonaises au début des années 40 alors la faire monter d’un cran.

Parce que le Japon se trouvait embourbé depuis 3 ans en Chine, l’invasion de l’Indochine était très tentante. Par ailleurs, au cours des années 30, la scène politique japonaise était de plus en plus radicale. Le Japon avait fait son choix, le club “blanc” avait montré aux cours des 20 années qui avaient suivies la Grande Guerre qu’il ne voulait pas du Japon, du moins c’était ainsi qu’on l’interprétait. L’alternative était tracée. Puisque la grande lutte raciale entre les peuples blancs et asiatiques était inévitable, le Japon devait naturellement en prendre la tête et constituer un  grand bloc économique et politique asiatique dans les territoires libérés de la domination coloniale blanche.

Lorsqu’ après l’invasion de l’Indochine les Etats-Unis, l’Australie et la Grande-Bretagne imposèrent un embargo sur les matières premières, le Japon était au pied du mur. C’était 30 ans de politique chinoise qu’il l’avait amené à cet instant.  Accepter de reculer n’était pas une option acceptable, pas dans un monde où l’impérialisme et le contrôle des ressources étaient sensés assurer la survie du Japon. Bien des choix possibles auraient pu être fait mais dans une certaine mesure c’est le grand programme de l’ère Meiji: ‘”nation riche, armée puissante” qui avait amené le Japon en Indochine et aux portes du pétrole indonésien.  Autant dire que faire machine arrière relevait de l’impossible.

Alors il ne restait plus qu’à jouer un coup de dés. Les japonais étaient tout à fait conscients de leur infériorité. C’est bien pour cela que la marine impériale avait constamment mis l’accent sur la qualité des hommes et du matériel. L’Amiral Isoroku Yamamoto, commandant en chef de la flotte combinée, avait prévenue à l’avance. Il ne pouvait garantir qu’un an et pas au-delà. A partir de là, le calcul est simple à comprendre. Il faut frapper vite et très fort en privant les américains des moyens d’intervenir et en s’emparant le plus vite possible des objectifs. Le problème était que la stratégie globale reposait sur deux piliers: le premier était que les forces japonaises auraient de la chance, beaucoup de chance; le deuxième était que le gouvernement américain serait suffisamment malléable pour accepter une défaite.

Et la chance, les japonais en eurent beaucoup. En quelques mois ils s’assurent le contrôle de l’Asie du sud-est et frappe un grand coup à Pearl Harbour qui se déroula dans des conditions inespérés.

Mais ils n’en ont pas eu assez. Oui, l’aéronavale japonaise a porté un coup très dur sans aucune perte significative à Pearl Harbour. Mais derrière les chiffres et la surprise, l’opération est en réalité un échec. Les porte-avions n’ont pas été détruit, pas plus que les dépôts de carburant de sorte que la flotte peut toujours opérer à partir d’Hawaï. Même en ce qui concerne les grandes unités cuirassés, la situation n’était pas si dramatique car plusieurs d’entre eux purent être récupérées. Toutes les opérations ne pouvaient pas se dérouler aussi merveilleusement bien que l’attaque de Pearl Harbour. A chaque bataille, il fallait non seulement gagner mais obtenir des résultats décisifs. Le plan japonais en réalité commença à dérailler avant le célèbre tournant de Midway. En mai 42, la bataille de la mer de Corail fut le premier grand échec stratégique. Non seulement les japonais perdaient un porte-avions pour des gains insuffisants (un porte-avions américains) mais en plus l’objectif stratégique qu’était la prise de Port Moresby n’est pas atteint. L’isolement de l’Australie n’est pas réussi. La deuxième étape est évidemment Midway qui se passe de commentaire. La flotte japonaise est anéantie. Encore une fois la même logique est à l’œuvre, les américains peuvent se permettre de perdre. Pas les japonais qui auront beaucoup plus de mal à remplacer leurs pertes en pilotes et en navires. Le coup de grâce est donné avec l’échec de Guadalcanal. Là encore, il s’agit d’isoler l’Australie, pont d’envol d’une éventuelle reconquête américaine. C’est un échec avec là encore de pertes importantes pour les japonais.

Le grand problème militaire était que pour le pari japonais réussisse tout devait se dérouler comme prévue sans le moindre accros. Or dès le premier jour de la guerre ce ne fut pas le cas. Chaque échec, chaque navire ou pilotes perdus avaient une valeur bien plus lourde pour les forces japonaises que les forces américaines.

Pourtant, et si le pari avait réussi ? Et si tout avait marché comme prévue. Et si à Pearl Harbour les porte-avions de l’US Navy avaient été détruit (peut être avec des pertes japonaises) ? Et si les dépôts de carburant avaient brûlé contraignant la flotte à opérer depuis San Francisco ? Si Port Moresby avait été pris ? Et si enfin, Midway au lieu d’être un désastre c’était solder par un succès ouvrant la porte d’Hawaï (ce qui était possible aussi)? Et si après Midway, les japonais avaient tout de même réussie à l’emporter à Guadalcanal et dans les îles Salomon ?

C’est là qu’entre en scène le deuxième pilier de la stratégie japonaise. Il fallait Washington puisse accepter l’échec. Et pourquoi pas ? Si tout par un caprice divin s’était déroulé comme prévue, qu’aurait bien pu faire le gouvernement américain. L’Australie isolé par la barrière des îles du pacifique sud, l’US Navy repoussé à San Francisco avec plusieurs porte-avions perdus, Hawaï menacé ? La guerre aurait sans doute continué mais son issue aurait sans doute été bien différente. Il aurait fallu affecter des moyens considérables au théâtre pacifique, subir des pertes encore plus lourdes, se battre encore plus longtemps. Et finalement peut être accepter un compromis.

La décision d’entrer en guerre était un pari très risqué mais les dirigeants japonais, mis au pied du mur, ont considéré qu’ils n’avaient pas d’autres choix que de le prendre. Il est tentant de dire qu’il s’agissait d’une folie, pourtant un examen de la première année de la guerre du pacifique montre l’énorme rôle de la chance. La victoire et la défaite se sont souvent jouées à très peu de chose. L’histoire est pleine de ces miracles qui n’auraient jamais du avoir lieu.

Le désarmement nucléaire a refait surface ces derniers temps, pourtant les discussions donnent la désagréable impression d’isoler le nucléaire du contexte politique. De faire comme si le désarmement n’était qu’une question de contrôle, de vérifiabilité sans s’intéresser aux intérêts politiques des parties en présence.

Dès la fin de la seconde guerre mondiale et la démonstration de l’efficacité dévastatrice de la bombe A, la question du contrôle des technologies nucléaires s’est posés. En 1946, les Etats-Unis proposèrent avec le plan Baruch de placer la technologie nucléaire sous le contrôle de l’ONU et de détruire toute les armes atomiques. Ce fut un échec entre autre attribuable au manque de crédibilité de l’ONU dominé par les américains vis à vis des soviétiques. Question éminemment politique s’il en est. Ces derniers se chargèrent bien vite de mettre fin au monopole américains. Trois ans après Hiroshima, le 29 Août 1949, la première bombe atomique soviétique explose. La mécanique de la prolifération est en marche, si les soviétiques ont pu progresser si vite, c’est grâce à l’espionnage. A peine quelques années après sa naissance, la bête est déjà incontrôlable.

Si Washington ne pouvait pas empêcher les soviétiques d’avoir la bombe, alors il fallait au moins garder le monopole à l’ouest. En fait, il était d’autant plus important de garder le monopole  à l’ouest que l’URSS allait au cours des années 50 enfin être à même de frapper les USA directement. Il faut garder le contrôle de l’escalade et accepter des puissances nucléaires autonomes en Europe  va à l’encontre de cet objectif. Encore une fois se fut un échec, les Etats-Unis devront s’accommoder des bombes britanniques et surtout françaises. Le problème devient de plus en plus difficile avec le développement des applications civiles du nucléaire qui encore plus complexe le problème de la diffusion des technologies. En 1964, la Chine rejoint le club des puissances nucléaires.

Pourquoi tant d’intérêts pour ces armes? Pourquoi ces investissements colossaux? Parce que l’arme nucléaire apporte une rupture quantitative sans précédent. Là où les alliés devaient utiliser plusieurs milliers de bombardier et déverser des tonnes de bombes, un seul avion, une seule arme suffit désormais.  En rendant possible et économique la destruction totale d’un pays, l’anéantissement instantanée d’une armée, la Bombe altère radicalement tout les calculs  politiques et  militaire. Désormais, comme le démontrera la crise de Suez en 1956, il y a les puissances nucléaires et les autres. Le prestige attaché à la possession de ces armes, l’assurance qu’elles donnent contre une attaque mettant en cause la survie même de l’Etat justifient leur acquisition.

Pourtant, alors que la prolifération incontrôlée pouvait sembler inévitable, le traité de non prolifération signé en 1968 vient freiner le mouvement. Il limite à cinq le nombre de puissances nucléaires officielles et organise  un régime de contrôle de la technologie nucléaire. Malgré ses faiblesses, il a plus ou moins réussie, la plupart des signataires n’ayant pas franchie le seuil nucléaire. Mais aujourd’hui le monde doit tout de même compter avec 8 puissances nucléaires certaines plus le cas ambigu de la Corée du Nord. Le traité a été violé par trois Etats: la Corée du Nord, l’Iran et la Lybie.

Pourquoi alors que 189 Etats ont signés le traité de non-prolifération, d’autres trouvent intérêt à acquérir des armes nucléaires? C’est évidemment que le contexte politique joue un rôle primordial, c’est le premier constat. Il peut être intéressant pour les Etats de jouer la carte de la coopération. Pourquoi en effet se lancer dans une ruineuse aventure si il n’existe pas de menaces immédiates, qu’aucun autre pays n’est doté de ces armes dans la région considérée, qu’il n’y a pas d’aspiration au  leadership régional, que la puissance économique et militaire  relative du pays dans le monde exclue l’entrée dans le club des grandes puissances globales? Dans ces conditions signés le traités et s’engager avec ses voisins deviens intéressant. L’adhésion permet à la fois de bénéficier de  transferts de technologies et de développer les applications civiles et de garantir que les voisins feront de même.

A l’inverse si comme le gouvernement de la République Islamique d’Iran vous vous sentez menacés aux frontières et entouré d’ennemie, que vous aspirez à devenir la puissance dominante dans votre région où il existe déjà une puissance nucléaire hostile, et qu’en bonus le programme nucléaire renforce le prestige du régime à l’extérieur mais aussi à l’intérieur, l’équation change.  Si comme l’Afrique du Sud durant l’apartheid vous êtes isolés au niveau international, entouré d’adversaires en Afrique australe il est intéressant d’acheter une assurance, si les conditions politiques changent, ce calcul coût/bénéfice change aussi et le programme est abandonné.

Deuxième constat, si la Chine en 1964 pouvait obtenir la Bombe, si la Corée du nord peut aujourd’hui faire du chantage avec cette arme, si l’Afrique du Sud soumis à un embargo international pouvait tout de même arriver à un stade avancé dans son programme, il est douteux qu’on puisse véritablement empêcher un Etat qui le désire d’acquérir l’arme nucléaire. Il est possible d’en augmenter le coût en  mettant des obstacles, en sanctionnant les comportements jugés répréhensibles (mais par qui?) et donc d’altérer un peu le calcul coût-bénéfice. Mais ces cinquante dernières années ont amplement démontré qu’il était possible de persévérer sur  le chemin du nucléaire dans les pires conditions.

Par conséquent, il paraît assez vain de discuter du désarmement nucléaire en vase clos, en refusant de considérer le contexte politique plus large. Un véritable désarmement ne peut s’obtenir qu’en altérant les variables fondamentales du calcul politique. Il n’est pas surprenant que le pays qui dispose de la force militaire la plus écrasante entame le refrain du désarmement nucléaire, en toute logique ce n’est pas l’intérêt de ces rivaux qui eux modernise leurs arsenaux pour faire face à cette supériorité. Les grandes puissances craignent le pouvoir égalisateur de l’atome, au contraire tous ceux qui se sont insatisfait ou placé dans une situation qu’ils jugent intolérables veulent se pouvoir. Le désarmement nucléaire pour avoir une chance d’aboutir doit donc nécessairement prendre place dans une architecture globale de la sécurité mondiale qui prend en compte les intérêts des uns et des autres. L’actualité le confirme avec les allusions périodiques à un « grand bargain » entre les Etats-Unis et l’Iran qui redéfinirait intégralement les relations entre les deux pays. Le nucléaire ne cessera jamais d’être politique.

Lectures du jour

novembre 2, 2009

Si par hasard vous mettez la main sur le DSI de Novembre 2009 , ce qui est tout de même par principe fortement recommandé,  lisez l’article du capitaine de corvette Olivier Buard.  Il s’agit d’une analyse de la célèbre bataille de Qadesh qui opposa les égyptiens au hittites. Dans le genre “rien de nouveau sous le soleil”, c’est un article merveilleux.  Avec pour conclusion: “les réponses aux problèmes stratégiques actuels et futurs ne sont pas à inventer, mais simplement à retrouver”. Le future est écrit dans le passé.

Autre article tout à fait intéressant sur les voies maritimes arctiques dans le numéro de novembre-décembre 2009 de Diplomatie. Il donne un aperçue plus réaliste de l’avenir du mythique passage du nord-ouest qui en fait ne sera pas si facile que ça à utiliser.

Dépression Afghane

octobre 28, 2009

 

Démission, révélations embarrassantes( ou peut être pas, la question est en débat), même les plus conservateurs semblent changer d’avis, le tout avec les discussions de l’administration Obama qui commencent à ressembler à des hésitations (les termes du débat sont connus depuis plusieurs mois, mettre autant de temps à prendre une décision ou au moins donner une indication c’est suspect), autant d’indicateurs qui donnent l’impression que quelque soit la situation sur le front extérieur, le front intérieur se porte mal, très mal. Argument central du camp “anti-escalade”(vocabulaire passablement chargé, utiliser “escalade” vous place tout de suite dans le camps des anti): la coalition n’a pas les moyens de ses ambitions. Peut être ont-ils raison.

Mais le plus étrange c’est la vitesse à laquelle le débat a changé, il y a quelque mois, le président Obama déclarait que l’Afghanistan était une priorité, et les grands quotidiens approuvaient en cœur. Aujourd’hui c’est l’engagement en Afghanistan qui est remis en question.

Michael Semple, un spécialiste parle pendant 90 minutes, à voir.

Jean-Dominique Merchet sur le blog secret défense, rappelle l’existence d’un manuel de l’US Army intitulé “Money as a Weapon System”. Selon lui, on ne devrais donc pas être surpris outre mesure par le versement supposé d’argent par les forces italiennes à un groupe armée pas très bien identifié pour obtenir le calme dans leur région de responsablité.

Peut être…mais il paraît difficile de se servir ce manuel pour soutenir cette thèse. Il n’est pas nécessaire de lire intégralement le manuel pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas vraiment de prendre des valises pleines de billets verts et de les donner sans autres formes de procès à des individus armés en échange d’un calme relatif. Il est manifeste à la lecture qu’il s’agit d’une affaire relativement bureaucratisé et contrôlé. L’argent sert à financer des milices et des forces armées régulières locales ainsi qu’ à financer des projets de développement locaux ou indemniser des victimes.

Pour être plus concret, prenons l’exemple du “réveil” d’Al-Anbar qui a fait couler beaucoup d’encre. En  2007, des “tribus” sunnites irakiennes de la province irakienne d’Al Anbar, à l’ouest de Bagdad, finisse par se lasser de l’extrémisme violent d’Al-Qaida. Les américains profitent de l’occasion et un accord est trouvé. Les américains vont financer et armer une milice appelé tout d’abord Concerned Local Citizen, puis Son of Iraq.  Ces miliciens assurent  la sécurité de leur quartier en coopération étroite avec l’armée américaine et sous l’autorité de leur émir ou tout autre figure locale. Contrairement à l’image commune, il ne s’agit pas de distribuer des armes et de l’argent à tout va. Les américains profitent de l’occasion pour mettre en place un système de contrôle de la population. Chaque volonté est identité et a un fiche biométrique , les officiers américains s’assurent régulièrement de la destination de l’argent. Bref, cette une affaire qui sur le plan technique est très contrôlé qui s’inscrit dans une stratégie militaire et un mouvement politique d’ensemble. C’est un résumé bref et très imprécis mais c’est l’idée, pour plus d’informations, il faut fouiller dans les archives de l’irremplaçable En Vérité.

Bref, les bonnes pratiques identifiés dans le manuel “Money as a Weapon System” n’ont sans doute que peu de chose en commun avec les activités supposés de nos alliés italiens. Là, nous avons à faire semble-t’il à une forme de racket. Le groupe armée X avec un degré de nuisance significatif est payé pour qu’il se tienne tranquille. S’agit-il de taliban? d’un autre groupe?  Peu importe, il s’agit d’un simple accord. Il n’y a priori aucun processus politique, ni même de stratégie d’ensemble derrière cela. Si un groupe a été effectivement  payé, on peut même s’interroger sur la rationalité de cette action. En effet, le groupe en question  peut exiger plus sachant qu’il est position de force et atteindre patiemment, accumuler des ressources: argent, armes, forces morale et politiques. Bref, financer des groupes armés anti-coalition ou en tout cas à la loyauté  douteuse sans avoir les moyens des contrôler ou de les marginaliser à terme est suicidaire.

World Affairs Journal publie un article tout à fait passionnant sur l’histoire de la doctrine de contre-insurrection aux Etats-Unis.

Et puisqu’il en est question, parlons un peu du World Affairs Journal.C’est une revue refondée en Janvier 2008 et  consacrée comme sont nom l’indique aux questions internationales qui a aujourd’hui sept numéros. Les articles sont d’excellentes qualités et valent  le temps de lecture.

En voilà des très intéressants:

Drunken Nation: Russia’s Depopulation Bomb, sur la situation démographique de la Russie et ses causes.

Cuban Days: The Inscrutable Nation, article saisissant sur Cuba.

Trapped by History: France and its jews, si, si, il arrive affectivement qu’un américain soit capable d’écrire quelque chose d’intéressant sur la France.

Not so huddled masses: Multiculturalism and Foreign Policy,  sur les communautés d’immigrants et leur influence sur la politique étrangère américaine.

Il y en a surement beaucoup d’autres qui mériteraient d’être signalé mais le temps manque explorer le reste.

McChrystal à l’IISS

octobre 7, 2009

Le général McChrystal parle à l’IISS: claire et efficace.

Tsahal

octobre 6, 2009

Récemment lu Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne, de Pierre Razoux. C’est un livre agréable à lire et tout simplement passionnant.  Pierre Razoux chronique la naissance des forces armées israélienne du début du XXeme siècle à 2008 avec un détour par la tradition biblique.C’est une lecture hautement recommandable avec quelques informations surprenantes, saviez vous que la guerre de six jours trouve sans doute sa cause dans la volonté de Nasser de provoquer  une attaque afin d’avoir un bon prétexte pour détruire le  centre de recherche nucléaire israélien de Dimona? Qu’en 1956, pendant l’affaire de Suez, des avions français avaient été déployé en Israël pour protéger son espace aérien? Que Shimon Peres a joué un rôle clef dans la naissance du programme nucléaire israélien?

Débat AGS: L’Asie

octobre 4, 2009

L’Asie, c’est le thème du mois. Si ce thème a été choisi c’est en partie parce que la République Populaire de Chine fêtait en ce début Octobre, le 60eme anniversaire de sa fondation. Dors et déjà, un biais apparait. En effet, le terme Asie fait bien souvent référence à l’Extrême-Orient ou, pour utiliser une expression moins désuète mais plus ennuyeuse, l’Asie de l’est. L’Asie en sens propre est un continent, mais un continent si vaste, si divers géographiquement et culturellement qu’il est difficile de lui trouver une unité. Avec 29% des masses émergés et 60% de la population mondiale, c’est incontestablement le continent le plus important mais aussi le plus contrasté. Quoi de commun entre la Sibérie et le Moyen-Orient, entre les steppes d’Asie Centrale et l’Himalaya ? Bien peu de choses en réalités, climat, relief, économie, culture sont souvent totalement différent. On préfère la plupart du temps parler d’espaces régionaux aux frontières flous : Moyen-Orient, Asie Centrale, Asie du Sud, Asie de l’Est, etc.

Tous ces ensembles régionaux forment alors des univers géopolitiques spécifiques et relativement isolés les uns des autres. Ainsi, la Chine reste peu présente au Moyen-Orient. Inversement, l’Iran n’a que peu de poids dans la relation entre le Japon et la Chine. Dans le même ordre d’idée, il est question de la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient et que celle-ci n’a pratiquement pas d’impact sur son pendant en Asie de l’Est. Il n’y a pas de liens entre les deux  et il n’est jusqu’ici venu à l’idée de personne de lier les deux. Si par exemple, des négociateurs américains et chinois liaient le règlement de la question Taïwanaise au problème des sanctions contre l’Iran, il y aurait peut être un petit début d’unification des espaces géopolitiques. Ce n’est pour l’instant pas le cas.

En revanche, on peut considérer que peut être deux espaces régionaux sont en cours d’unification. Il s’agit de l’Asie du Sud et de l’Asie de l’Est, elle-même subdivisé en deux sous-ensembles : l’Asie du Nord-est et l’Asie du Sud-est. L’Asie du sud, c’est essentiellement le sous-continent indien avec toutefois l’eternel interrogation sur le cas Afghan : Asie centrale ou Asie du Sud ? Voir même grand Moyen-Orient ? L’Afghanistan montre alors que si ces ensembles forment des cadres fondamentaux pour la réflexion géopolitique, ils ne constituent certainement pas des limites absolues. L’Asie de l’Est, c’est deux espaces à la fois proches et différents. L’Asie du Sud-est est-elle distincte de l’Asie du nord-est ? L’existence de l’ASEAN tendrait à prouver que oui, mais la force des liens avec la Chine et le Japon permet d’en douter. Ces deux grands espaces que sont donc la partie orientale de l’Asie et sa partie méridionale ont pendant plusieurs siècles séparé par l’Himalaya, il y eu bien entendu des échanges, mais faire le voyage de la Chine jusqu’en Inde n’a jamais été simple. Les moines bouddhistes en savent quelque chose. Mais depuis le XXeme siècle s’est en train de changer et ce mouvement s’accélère en ce début de XXIeme siècle. L’élément central est la rivalité Inde-Chine. Celle-ci conduit la Chine à franchir la barrière de l’Himalaya pour soutenir le Pakistan et l’Inde à s’aventurer en Asie du Sud-est. L’initiative quadrilatérale rapprochant le Japon, l’Inde, l’Australie et les Etats-Unis peut être considérée comme une nouvelle étape de ce processus aussi limitée soit-elle.

Aujourd’hui « plusieurs Asies », demain une seule avec la monté en puissance des titans asiatiques et la mondialisation? Pour combien de temps encore pourra t’on parler du Moyen-Orient tout en ignorant la Chine et l’Inde ? Le peut-on encore ? A travers les différents sujets abordés durant ce thème du mois, nous aurons l’occasion d’apprécier à la fois les petites « Asies » particulières mais aussi la « Grande Asie ». Le thème du mois est ouvert, tout le monde est invité à participer.